Thème 6 — Axe 1 : produire et diffuser des connaissances
Alphabétisation des femmes du XVIe siècle à nos jours, la radioactivité de 1896 aux années 1950 (spécialité HGGSP de Tle)
À propos de cette page
Ce cours de spécialité HGGSP en terminale sur « Thème 6 — Axe 1 : produire et diffuser des connaissances » suit le programme officiel de spécialité HGGSP de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Produire et diffuser des connaissances : les notions du thème, XVIe-XVIIIe siècle : lire pour son salut, XIXe-début XXe siècle : l'école des filles devient une affaire d'État, Depuis 1945 : l'alphabétisation des femmes, un enjeu mondial. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en spécialité HGGSP.
4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.
Document 1 — Signer son acte de mariage en France, 1686-1876
Facile
Tableau statistique construit à partir d'une enquête administrative de la fin du XIXe siècle · D'après l'enquête du recteur Louis Maggiolo (1877-1879), exploitée par François Furet et Jacques Ozouf, <i>Lire et écrire. L'alphabétisation des Français de Calvin à Jules Ferry</i>, Paris, Éditions de Minuit, 1977 (valeurs arrondies).
L'enquête est menée à la fin des années 1870, au moment où les républicains préparent les grandes lois scolaires. Elle est redécouverte et exploitée un siècle plus tard par l'histoire quantitative.
Période des mariages
Hommes qui signent leur acte de mariage
Femmes qui signent leur acte de mariage
1686-1690
29 %
14 %
1786-1790
47 %
27 %
1872-1876
78 %
66 %
Méthode de l'enquête : à la demande de Louis Maggiolo et avec l'appui du ministère de l'Instruction publique, des milliers d'instituteurs relèvent, dans les registres paroissiaux puis d'état civil de leur commune, la proportion des époux qui ont signé leur acte de mariage plutôt que d'y apposer une croix.
Lecture : entre 1686 et 1690, 14 % des femmes qui se marient en France signent leur acte de mariage.
En analysant le document, en le confrontant à vos connaissances, vous montrerez ce qu'il révèle des progrès et des limites de l'alphabétisation des femmes en France, de la fin du XVIIe à la fin du XIXe siècle.
Présentez le document : origine des données, méthode, auteurs de l'exploitation.
Décrivez l'évolution de la part des femmes qui signent et comparez-la à celle des hommes (écart en points et rapport).
À l'aide de vos connaissances, expliquez les progrès observés en distinguant les acteurs.
Montrez les limites de cet indicateur pour mesurer l'alphabétisation des femmes.
Voir la réponse rédigée
1. Ce tableau statistique est construit à partir de l'enquête lancée à la fin des années 1870 par Louis Maggiolo, ancien recteur, avec l'appui du ministère de l'Instruction publique. Des milliers d'instituteurs ont relevé, commune par commune, la proportion d'époux capables de signer leur acte de mariage. Les données ont été exploitées par les historiens François Furet et Jacques Ozouf dans Lire et écrire (1977), ouvrage fondateur de l'histoire quantitative de l'alphabétisation. L'enquête est elle-même datée : elle naît au moment où la République prépare les lois scolaires, et les historiens rappellent que Maggiolo voulait aussi montrer que l'instruction n'avait pas attendu la Révolution.
2. La part des femmes qui signent progresse fortement : 14 % vers 1686-1690, 27 % un siècle plus tard, 66 % vers 1872-1876, soit une multiplication par près de cinq en moins de deux siècles, contre moins de trois pour les hommes (de 29 % à 78 %). L'écart en points se creuse au XVIIIe siècle (de 15 à 20 points) puis se réduit nettement au XIXe (12 points). Le rapport entre femmes et hommes, lui, se rapproche sans cesse de l'égalité : 0,48 vers 1690, 0,57 vers 1790, 0,85 vers 1875. Les femmes rattrapent donc les hommes, lentement avant 1789, rapidement au XIXe siècle.
3. Les progrès de l'époque moderne doivent beaucoup à l'Église de la Réforme catholique : après le concile de Trente (1545-1563), des congrégations comme les Ursulines ou les Filles de la Charité (1633) ouvrent des « petites écoles » de filles pour enseigner le catéchisme. Au XIXe siècle, l'État prend le relais par la loi : la loi Falloux (1850) impose une école de filles dans les communes de plus de 800 habitants, la loi Duruy (1867) dans celles de plus de 500. Les familles jouent aussi leur rôle : savoir lire et compter devient utile pour le commerce, la gestion du ménage, l'émigration vers la ville. Le tableau montre ainsi que les lois Ferry (1881-1882) parachèvent un mouvement déjà très avancé : 66 % des femmes signent avant l'obligation scolaire.
4. L'indicateur est commode, car il couvre toute la France sur deux siècles, mais il est fragile. Signer son nom n'est pas savoir écrire un texte ; surtout, beaucoup de femmes apprenaient à lire sans apprendre à écrire, si bien que le tableau sous-estime la lecture féminine. Les moyennes nationales masquent de fortes inégalités : entre le nord-est et le sud-ouest de la ligne Saint-Malo–Genève, entre villes et campagnes, entre milieux sociaux. Enfin, seuls les époux sont comptés, et le document ne dit rien du reste du monde, alors que le programme invite à comparer, par exemple, avec la Suède luthérienne, où presque toutes les femmes lisent dès la fin du XVIIIe siècle.
Bilan. Le document montre une alphabétisation féminine réelle, ancienne et en rattrapage, portée successivement par l'Église, les familles et l'État ; il invite aussi à se méfier d'une mesure qui confond savoir lire et savoir signer.
Ce que cette analyse apprend — Lire un tableau en calculant à la fois des écarts en points et des rapports, puis critiquer la façon dont les chiffres ont été produits.
Document 2 — Jules Ferry et l'égalité d'éducation (1870)
Moyen
Discours politique (extraits) · Jules Ferry, « De l'égalité d'éducation », conférence prononcée à la salle Molière, Paris, 10 avril 1870.
En avril 1870, à la fin du Second Empire, Jules Ferry est un jeune député républicain de l'opposition. Il s'adresse à un public parisien acquis aux idées républicaines et laïques, lors d'une conférence publique.
« Je me suis fait un serment : entre toutes les nécessités du temps présent, entre tous les problèmes, j'en choisirai un auquel je consacrerai tout ce que j'ai d'intelligence, tout ce que j'ai d'âme, de cœur, de puissance physique et morale : c'est le problème de l'éducation du peuple. »
[Ferry explique ensuite que l'inégalité d'éducation entretient l'inégalité entre les classes sociales, puis consacre une partie de sa conférence à l'éducation des femmes. Il constate qu'il y a aujourd'hui « une barrière entre la femme et l'homme, entre l'épouse et le mari », parce que les filles sont élevées par l'Église et les garçons dans la culture moderne.]
« Les évêques le savent bien : celui qui tient la femme, celui-là tient tout, d'abord parce qu'il tient l'enfant, ensuite parce qu'il tient le mari. […] C'est pour cela que l'Église veut retenir la femme, et c'est aussi pour cela qu'il faut que la démocratie la lui enlève ; […] il faut que la femme appartienne à la Science, ou qu'elle appartienne à l'Église. »
En analysant le document, en le confrontant à vos connaissances, vous montrerez en quoi l'éducation des filles devient, à la fin du XIXe siècle, un enjeu politique, et vous en mesurerez les limites.
Présentez le document en le replaçant dans son contexte.
Quelles raisons Ferry donne-t-il pour instruire les filles ?
Montrez, à l'aide de vos connaissances, comment ce programme est appliqué après 1879.
Quelles sont les limites de cette conception de l'égalité d'éducation ?
Voir la réponse rédigée
1. Ce document est un extrait de la conférence « De l'égalité d'éducation » prononcée par Jules Ferry à la salle Molière, à Paris, le 10 avril 1870. Ferry est alors un jeune député républicain d'opposition au Second Empire. Son discours est un texte de combat, destiné à un public républicain : il ne décrit pas l'école telle qu'elle est, il annonce un programme. Ferry deviendra ministre de l'Instruction publique en 1879 et pourra l'appliquer.
2. Ferry fait de l'éducation « du peuple » la priorité absolue de son engagement, comme le montre le vocabulaire solennel du « serment ». Pour les filles, son argument est d'abord familial : l'inégalité d'instruction crée « une barrière » entre époux, qui ne partagent ni la même culture ni les mêmes idées. Mais l'argument décisif est politique : selon lui, l'Église, par les femmes, contrôle l'éducation des enfants et l'opinion des maris ; la formule « celui qui tient la femme, celui-là tient tout » en fait un enjeu de pouvoir. D'où l'alternative finale : la femme doit appartenir « à la Science » ou « à l'Église ». Instruire les filles, c'est donc enraciner la République.
3. Devenu ministre, Ferry et ses alliés appliquent ce programme. La loi Camille Sée (21 décembre 1880) crée des lycées publics de jeunes filles, et l'École normale supérieure de Sèvres (1881) forme leurs professeures. Les lois Ferry du 16 juin 1881 et du 28 mars 1882 rendent l'école primaire gratuite, obligatoire de 6 à 13 ans pour les filles comme pour les garçons, et laïque : l'instruction religieuse sort des programmes. La loi Goblet (1886) confie l'enseignement public à un personnel laïque. L'État remplace ainsi peu à peu les congrégations, qui scolarisaient jusque-là une large part des filles.
4. Le document a ses limites. L'égalité d'éducation n'est pas l'égalité des droits : les Françaises n'obtiendront le droit de vote qu'en 1944, et Ferry veut surtout faire des femmes des épouses et des mères républicaines. Les lycées de jeunes filles de 1880 n'enseignent pas le latin et ne préparent pas au baccalauréat : il faut attendre 1924 pour l'alignement des programmes. L'opposition entre « la Science » et « l'Église » est aussi une construction polémique : l'Église a largement contribué à l'alphabétisation des filles, puisque 66 % des Françaises signent déjà leur acte de mariage vers 1872-1876. Enfin, le discours ne concerne que la France, alors que le mouvement touche au même moment l'Angleterre (1870) ou le Japon (1872).
Bilan. Le texte montre comment, en France, l'instruction des filles devient un enjeu de la lutte entre la République et l'Église ; il révèle aussi une égalité limitée, pensée au service du régime plus que de l'émancipation des femmes.
Ce que cette analyse apprend — Distinguer dans un discours politique l'argument affiché, l'objectif réel et ce que l'auteur passe sous silence.
Document 3 — Le premier Conseil de physique Solvay (Bruxelles, 1911)
Moyen
Photographie de groupe (document iconographique) · Photographie de Benjamin Couprie, premier Conseil de physique Solvay, hôtel Métropole, Bruxelles, 30 octobre-3 novembre 1911 (archives des Instituts internationaux de physique et de chimie Solvay).
En 1911, Marie Curie vient d'échouer à l'Académie des sciences (janvier) ; elle reçoit en novembre, pendant ou juste après le congrès, l'annonce de son second prix Nobel, alors qu'une partie de la presse française l'attaque sur sa vie privée. Le Conseil Solvay est le premier d'une série de rencontres qui réunissent l'élite de la physique mondiale.
Description : photographie officielle en noir et blanc, prise dans une salle de l'hôtel Métropole. Une vingtaine d'hommes en costume sombre, la plupart barbus ou moustachus, posent devant un tableau et des tentures. Une partie est assise autour d'une table couverte de papiers, les autres se tiennent debout derrière.
À droite de la table, Marie Curie, en robe sombre, seule femme de la photographie, est penchée sur un document qu'elle examine avec le mathématicien Henri Poincaré. Autour d'eux, on reconnaît notamment le Néerlandais Hendrik Lorentz, qui préside les séances, l'industriel belge Ernest Solvay, organisateur et financeur de la réunion, les Allemands Max Planck, Walther Nernst et Arnold Sommerfeld, le Français Jean Perrin, le Britannique d'origine néo-zélandaise Ernest Rutherford ; debout, vers la droite, le jeune Albert Einstein (32 ans) et Paul Langevin.
Thème du congrès : « La théorie du rayonnement et les quanta ». Les participants sont invités personnellement ; leurs communications et leurs débats sont publiés ensuite.
En analysant le document, en le confrontant à vos connaissances, vous montrerez ce que cette photographie révèle du fonctionnement de la communauté scientifique au début du XXe siècle et de la place qu'y occupent les femmes.
Présentez le document : auteur, date, lieu, circonstances.
En quoi montre-t-il une communauté scientifique internationale ? Quels en sont les acteurs ?
Que révèle-t-il de la place de Marie Curie et, plus largement, des femmes de science ?
Quelles précautions faut-il prendre avec une photographie officielle de ce type ?
Voir la réponse rédigée
1. Ce document est la photographie officielle du premier Conseil de physique Solvay, prise par le photographe Benjamin Couprie à l'hôtel Métropole de Bruxelles, lors de la réunion tenue du 30 octobre au 3 novembre 1911. Le congrès est organisé et financé par l'industriel belge Ernest Solvay, qui a fait fortune dans la production de soude, et présidé par le physicien néerlandais Hendrik Lorentz. Il porte sur « la théorie du rayonnement et les quanta », question brûlante de la physique du moment.
2. La photographie montre une communauté scientifique internationale : on y voit des Allemands (Planck, Nernst, Sommerfeld), des Français (Poincaré, Perrin, Langevin, Marie Curie), un Néerlandais (Lorentz), un Britannique d'origine néo-zélandaise (Rutherford), un jeune physicien alors professeur à Prague (Einstein). Ils partagent une langue savante, des revues, des débats : les papiers sur la table et le tableau rappellent que la science se construit par la discussion entre pairs. Trois acteurs apparaissent : les savants eux-mêmes, le mécène industriel qui finance, et, en arrière-plan, les universités et académies qui les emploient. Ce modèle de rencontres par invitation se poursuit avec les conseils de 1913, 1921, 1927 et 1933, qui accompagnent la naissance de la physique quantique et nucléaire.
3. Marie Curie est la seule femme sur une vingtaine de participants : sa présence témoigne de sa reconnaissance exceptionnelle (Nobel de physique 1903, chaire de la Sorbonne depuis 1906, Nobel de chimie 1911), mais son isolement révèle l'exclusion générale des femmes de la communauté scientifique. La même année, l'Académie des sciences lui a refusé un fauteuil, et une campagne de presse l'attaque pour sa liaison supposée avec Paul Langevin, présent sur la photographie. Sa place au premier rang, en discussion avec Poincaré, montre qu'elle est traitée en égale par ses pairs ; mais il faudra attendre 1962 pour qu'une femme, Marguerite Perey, entre comme correspondante à l'Académie des sciences.
4. Une photographie officielle est une mise en scène : les participants posent, choisissent leur place et leur attitude, et l'image veut donner l'image d'une élite unie et sérieuse. Elle ne montre ni les désaccords scientifiques, ni les rivalités nationales qui éclateront en 1914, ni les techniciens, préparateurs et étudiants sans qui les laboratoires ne fonctionnent pas. Elle a aussi été construite en icône a posteriori : on la regarde aujourd'hui parce qu'Einstein et Curie y figurent, ce qui renforce le récit des « grands savants » isolés.
Bilan. Le document illustre la communauté scientifique internationale de la Belle Époque, portée par des savants et des mécènes, et la place à la fois exceptionnelle et isolée d'une femme dans ce monde d'hommes.
Ce que cette analyse apprend — Décrire précisément une image, identifier ses acteurs, puis la critiquer comme une construction et non comme un reflet neutre.
Document 4 — Du bien et du mal des découvertes : Pierre Curie (1905) et Albert Einstein (1939)
Difficile
Deux documents d'époque : une conférence scientifique et une lettre politique (extraits) · Document 1 : Pierre Curie, conférence Nobel prononcée à Stockholm le 6 juin 1905. Document 2 : Albert Einstein, lettre au président Franklin D. Roosevelt, Peconic (Long Island, États-Unis), 2 août 1939, rédigée avec Leo Szilard (traduction).
En 1905, Pierre Curie reçoit à Stockholm, avec retard, la consécration du Nobel de 1903, à l'époque où le radium fascine l'opinion. En août 1939, quelques mois après l'interprétation de la fission et à la veille de la guerre, Einstein, réfugié aux États-Unis depuis 1933, signe une lettre préparée avec le physicien hongrois exilé Leo Szilard ; elle est remise à Roosevelt le 11 octobre 1939.
Document 1 — Pierre Curie, 1905. [Après avoir présenté les propriétés du radium, Pierre Curie évoque ses effets sur les êtres vivants et les dangers qu'il présente.] Il admet que « dans des mains criminelles le radium puisse devenir très dangereux », et ajoute qu'« on peut se demander si l'humanité a avantage à connaître les secrets de la nature, si elle est mûre pour en profiter ». [Il rappelle l'exemple des explosifs d'Alfred Nobel, qui ont permis de grands travaux mais servent aussi à la guerre.] Il conclut : « Je suis de ceux qui pensent, avec Nobel, que l'humanité tirera plus de bien que de mal des découvertes nouvelles. »
Document 2 — Albert Einstein, 1939. [Einstein écrit au président des États-Unis après avoir pris connaissance des travaux récents de Fermi et Szilard aux États-Unis et de Joliot en France.] Il annonce qu'« il pourrait devenir possible de déclencher une réaction nucléaire en chaîne dans une grande masse d'uranium » et que des bombes « d'un type nouveau », « extrêmement puissantes », pourraient ainsi être construites. [Il signale que les meilleurs gisements d'uranium se trouvent au Congo belge, propose que l'administration maintienne un contact permanent avec les physiciens qui travaillent sur la réaction en chaîne et finance leurs recherches. Il note enfin que l'Allemagne a interrompu la vente de l'uranium des mines tchécoslovaques qu'elle contrôle.]
En analysant ces deux documents, en les confrontant à vos connaissances, vous montrerez comment la recherche sur la radioactivité passe, entre 1905 et 1939, d'une question morale posée par un savant à un enjeu stratégique pour les États.
Présentez les deux documents et leurs auteurs, en insistant sur leurs destinataires.
Quelle question Pierre Curie pose-t-il en 1905, et quelle réponse y apporte-t-il ?
Qu'est-ce qui a changé en 1939 dans la science et dans son rapport aux États ? Appuyez-vous sur le document 2 et sur vos connaissances.
Confrontez les deux documents : quelles sont leurs limites et que devient, après 1939, l'optimisme de Pierre Curie ?
Voir la réponse rédigée
1. Le premier document est un extrait de la conférence Nobel de Pierre Curie, prononcée à Stockholm le 6 juin 1905 devant l'Académie royale des sciences de Suède : c'est un savant qui parle à des savants, en conclusion d'un exposé sur le radium. Le second est une lettre d'Albert Einstein, datée du 2 août 1939, adressée au président Franklin D. Roosevelt ; elle a été préparée par Leo Szilard, qui a sollicité la signature d'Einstein pour son prestige. Le destinataire change tout : en 1905, la science s'adresse à elle-même ; en 1939, elle s'adresse au chef d'un État.
2. Pierre Curie pose une question morale : la connaissance des « secrets de la nature » est-elle un bien si l'humanité n'est pas « mûre » pour l'utiliser ? Il connaît les dangers du radium, qui brûle la peau (il l'a expérimenté sur lui-même), et imagine son usage « criminel ». Mais sa réponse est optimiste : comme Alfred Nobel, dont les explosifs ont servi aux grands travaux comme à la guerre, il pense que l'humanité « tirera plus de bien que de mal » de la science. Cet optimisme s'appuie sur les premiers succès de la curiethérapie et sur une conception de la science ouverte : les Curie n'ont pas breveté l'extraction du radium.
3. En 1939, la physique a franchi une étape : la découverte de la fission par Hahn et Strassmann (Berlin, décembre 1938), interprétée par Meitner et Frisch, puis les travaux de Joliot, Halban et Kowarski à Paris montrent que la réaction en chaîne est possible. Le danger n'est plus individuel, il devient militaire : Einstein parle de bombes « extrêmement puissantes ». La lettre montre aussi que le savoir devient géopolitique : l'uranium est une ressource stratégique (Congo belge, mines tchécoslovaques contrôlées par l'Allemagne depuis mars 1939), et la recherche doit être financée et suivie par l'État. Roosevelt crée dès octobre 1939 un comité consultatif sur l'uranium ; en 1942, le projet Manhattan mobilise environ 130 000 personnes, sous le secret, et aboutit à Hiroshima et Nagasaki en août 1945.
4. Les deux documents ont leurs limites. Pierre Curie parle en 1905, dans l'enthousiasme d'une découverte récente, sans imaginer la physique du noyau ; son optimisme est aussi celui d'un lauréat qui défend l'utilité de ses travaux. La lettre d'Einstein est un texte d'alerte, écrit par des exilés qui craignent l'Allemagne nazie : elle exagère peut-être l'avance allemande, et Einstein, pacifiste, ne participera pas au projet Manhattan et exprimera ensuite des regrets. Confrontés, les documents montrent le basculement : la question morale de 1905 devient une question politique, tranchée par les États. Après 1945, des savants tentent de reprendre la parole : Joliot est révoqué du CEA en 1950 pour son engagement pacifiste, Einstein signe en 1955 le manifeste Russell-Einstein, qui aboutit aux conférences Pugwash (1957).
Bilan. Entre 1905 et 1939, la radioactivité passe du laboratoire au bureau présidentiel : la production du savoir échappe en partie aux savants et devient un enjeu de puissance pour les États.
Ce que cette analyse apprend — Confronter deux documents éloignés dans le temps pour mesurer un changement, en critiquant le point de vue de chaque auteur.
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