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Produire et diffuser des connaissances
La société de la connaissance et la communauté scientifique, les grandes étapes de l’alphabétisation des femmes dans le monde du XVI<sup>e</sup> siècle à nos jours, et la recherche sur la radioactivité de 1896 aux années 1950.
À propos de cette page
Introduction : la connaissance, ses producteurs et sa circulation
Une notion, sa portée et ses débats
Peter Drucker lance l’expression dans The Age of Discontinuity (1969) ; dès 1962, l’économiste Fritz Machlup mesurait l’« industrie de la connaissance » aux États-Unis. La notion devient un objectif politique : le Conseil européen de Lisbonne (mars 2000) veut faire de l’Union « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde ». Elle est aussi discutée. Beaucoup d’information ne fait pas une société savante : la connaissance suppose d’interpréter, de relier, d’apprendre. Le savoir reste très inégalement partagé : des centaines de millions d’adultes ne savent toujours pas lire. Enfin, l’UNESCO, dans son rapport « Vers les sociétés du savoir » (2005), emploie le pluriel pour souligner la diversité des savoirs. On n’applique donc pas la notion sans précaution au XVIe siècle, où l’on parle plutôt de diffusion de l’écrit.
De la communauté savante à la communauté scientifique
À l’époque moderne, les savants forment une « République des lettres » : correspondances, voyages, livres et académies (Royal Society à Londres en 1660, Académie royale des sciences à Paris en 1666), avec le latin puis le français comme langue commune. On y trouve des amateurs éclairés et des érudits de toutes disciplines. Au XIXe siècle naît une communauté scientifique professionnelle et spécialisée : chercheurs rémunérés, laboratoires, revues (les Comptes rendus de l’Académie des sciences paraissent chaque semaine depuis 1835), congrès internationaux, prix Nobel à partir de 1901. Une découverte n’existe que lorsqu’elle est publiée, discutée et reproduite par les pairs.
Le sociologue Robert Merton décrit en 1942 les normes de cette communauté : partage des résultats (une fois publiés, ils appartiennent à tous), universalisme (un résultat se juge sur ses preuves, quelle que soit l’origine de son auteur), désintéressement (on cherche pour la connaissance, non pour son profit), scepticisme organisé (rien n’est admis sans vérification par les pairs). Thomas Kuhn fait en 1962 de la communauté scientifique l’acteur des « révolutions scientifiques ». Mais cette communauté n’est pas homogène : elle a ses hiérarchies, ses rivalités nationales et ses exclusions, à commencer par celle des femmes.
Les acteurs et les modalités de la circulation
- Production et diffusion sont liées : une société ne produit des savants que si elle forme des lecteurs ; la diffusion des savoirs dépend à son tour de ceux qui la financent.
- Les acteurs : les Églises (lecture de la Bible, écoles des congrégations), les États (lois scolaires, laboratoires publics, secret militaire), les savants eux-mêmes, les mécènes et les entreprises (l’industriel Ernest Solvay), les organisations internationales (UNESCO, CERN).
- Les modalités : l’école et le livre ; la lettre puis la revue ; le congrès ; la mobilité des savants (Rutherford passe de la Nouvelle-Zélande à Cambridge, Montréal puis Manchester ; Marie Skłodowska quitte Varsovie pour Paris en 1891) ; la vulgarisation, qui explique au grand public un savoir déjà établi : Fontenelle écrit ses Entretiens sur la pluralité des mondes (1686) pour une marquise, Camille Flammarion publie l’Astronomie populaire (1880), et le radium fascine la presse dès 1903.
- Deux jalons qui se répondent : l’un porte sur l’accès au savoir le plus élémentaire (lire, écrire), l’autre sur la production du savoir le plus pointu (la physique de l’atome). Dans les deux cas, les femmes sont d’abord tenues à l’écart, puis conquièrent leur place, et les États interviennent de plus en plus.
| Mots à ne pas confondre | La différence |
|---|---|
| Société de l’information / société de la connaissance | L’information est une donnée qui circule ; la connaissance suppose de l’interpréter, de la relier et de l’apprendre. |
| Économie / société de la connaissance | L’économie de la connaissance est la dimension productive (recherche, innovation, formation) ; la société de la connaissance englobe aussi l’accès, la citoyenneté et la culture. |
| Communauté savante / communauté scientifique | La communauté savante réunit des érudits et des amateurs de toutes disciplines ; la communauté scientifique est professionnelle et spécialisée. |
| Institution / communauté | Une université ou le CNRS sont des institutions ; la communauté est le réseau des chercheurs qui les traverse et dépasse les frontières. |
| Publication / vulgarisation | La publication s’adresse aux pairs et soumet un résultat à leur critique ; la vulgarisation explique un savoir établi à des non-spécialistes. |
« Le CERN est la communauté scientifique de la physique européenne. » → imprécis : le CERN est une institution ; la communauté, ce sont les chercheurs de nombreux pays qui y travaillent, publient et se critiquent.
Phrase de copie : « De la République des lettres aux congrès de physique, la connaissance circule de plus en plus vite ; mais elle reste produite par une minorité et ne profite qu’à ceux qui savent lire : produire et diffuser vont de pair. »
Réflexe — devant un savoir, je pose trois questions : qui le produit, comment il circule, qui y a accès.
Attention — « société de la connaissance » est une notion de la fin du XXe siècle : je ne l’emploie pas sans précaution pour l’époque moderne, et je ne confonds pas une masse d’informations avec une connaissance partagée.
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XVIe-XVIIIe siècle : lire pour son salut
Rappel. Luther, Calvin et le concile de Trente ont été étudiés en 5e : les réformes religieuses en Europe. Ici, on regarde ce que les Réformes changent pour l’accès des femmes à l’écrit.
La Réforme protestante : lire pour son salut
Si le salut passe par l’Écriture seule, chaque fidèle doit pouvoir lire la Bible dans sa langue : Luther publie le Nouveau Testament en allemand en 1522, la Bible complète en 1534. Dans À la noblesse chrétienne de la nation allemande (1520), il souhaite une école de filles dans chaque ville ; en 1524, il demande aux conseillers des villes allemandes d’ouvrir des écoles. Genève sous Calvin, l’Écosse de Knox (1560) suivent la même voie.
La Suède, cas limite. La loi ecclésiastique de 1686 impose que chaque fidèle sache lire le catéchisme ; les pasteurs vérifient lors d’examens annuels dans les foyers. À la fin du XVIIIe siècle, la grande majorité des Suédois et des Suédoises savent lire — beaucoup moins écrire.
La Réforme catholique : des écoles de filles
Le concile de Trente (1545-1563) veut des fidèles instruits de leur foi. Des congrégations féminines ouvrent des « petites écoles » de filles pour enseigner le catéchisme : les Ursulines, fondées à Brescia en 1535 par Angèle Merici et présentes en France dès la fin du XVIe siècle, puis les Filles de la Charité de Vincent de Paul et Louise de Marillac (1633). À Saint-Cyr, Louis XIV fonde en 1686, à la demande de Mme de Maintenon, une maison d’éducation pour jeunes filles nobles ; Fénelon publie De l’éducation des filles (1687), qui les destine au gouvernement du foyer.
Lire n’est pas écrire : mesurer l’alphabétisation
On apprend d’abord aux filles à lire ; l’écriture, jugée inutile ou dangereuse pour elles, vient plus tard ou jamais. Pour mesurer ce progrès, les historiens utilisent l’enquête du recteur Louis Maggiolo (1877-1879) : des milliers d’instituteurs ont relevé, dans les registres paroissiaux puis d’état civil de leur commune, la part des époux qui ont signé leur acte de mariage plutôt que d’y tracer une croix. François Furet et Jacques Ozouf l’exploitent dans Lire et écrire (1977) : ils montrent une alphabétisation ancienne, antérieure aux lois Ferry, portée par la demande des familles autant que par l’offre scolaire. Les contrastes régionaux sont forts : au nord-est d’une ligne Saint-Malo–Genève, repérée dès les années 1820 par le baron Charles Dupin, on sait bien davantage lire et écrire.
L’indicateur a ses limites : signer n’est pas savoir écrire un texte, et une femme qui ne signe pas peut savoir lire. Il sous-estime donc la lecture féminine. Il ne compte que les époux et ne dit rien des écarts entre villes et campagnes ou entre milieux sociaux.
| Mots à ne pas confondre | La différence |
|---|---|
| Alphabétisation / scolarisation | L’alphabétisation est l’acquisition de la lecture et de l’écriture ; la scolarisation est le fait d’être inscrit dans une école. On a longtemps appris à lire hors de l’école (famille, paroisse), et l’on peut être scolarisé sans maîtriser l’écrit. |
| Lire / signer / écrire | Trois capacités distinctes : beaucoup de femmes de l’époque moderne lisent sans savoir écrire ; signer son nom n’est qu’un indice. |
| Écart en points / rapport | L’écart est une différence (part des hommes − part des femmes) ; le rapport (part des femmes ÷ part des hommes, appelé indice de parité) vaut 1 quand l’égalité est atteinte. Les deux peuvent évoluer en sens différents. |
« Les protestants ont alphabétisé les femmes, les catholiques s’y sont opposés. » → faux : la Réforme catholique ouvre elle aussi des écoles de filles, par les congrégations ; les deux Réformes font de la lecture un moyen d’instruire les fidèles.
Phrase de copie : « À l’époque moderne, les femmes accèdent à la lecture pour prier et apprendre le catéchisme ; l’écriture leur reste longtemps refusée, si bien que les signatures au mariage mesurent mal ce qu’elles savent. »
Réflexe — devant un chiffre d’alphabétisation, je me demande ce qu’il mesure (lire, signer, écrire), pour qui (hommes, femmes, région, milieu) et qui l’a produit.
Attention — confondre alphabétisation et scolarisation est la faute la plus fréquente du jalon ; et un écart en points qui grandit ne prouve pas un recul des femmes : je calcule aussi le rapport.
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XIXe-début du XXe siècle : l’école des filles, affaire d’État
Rappel. Les lois scolaires et la place des femmes au XIXe siècle ont été vues en 4e : les conditions féminines au XIXe siècle. Ici, on les replace dans une histoire longue et mondiale de l’accès au savoir.
Des principes à la loi (1791-1867)
Condorcet défend en 1791-1792 une instruction commune aux deux sexes ; Olympe de Gouges (1791) et Mary Wollstonecraft (Défense des droits de la femme, 1792) réclament l’égalité intellectuelle. Ces projets restent sans effet immédiat. La loi Guizot (1833) impose une école de garçons par commune ; une ordonnance de 1836 organise les écoles de filles sans les rendre obligatoires. La loi Falloux (15 mars 1850) oblige les communes de plus de 800 habitants à entretenir une école de filles, la loi Duruy (10 avril 1867) abaisse le seuil à 500. L’enseignement des filles reste largement confié aux congrégations. En 1861, Julie-Victoire Daubié est la première femme bachelière, à Lyon.
Le moment républicain (1870-1924)
Le 10 avril 1870, salle Molière à Paris, le jeune député républicain Jules Ferry prononce une conférence « De l’égalité d’éducation ». Pour lui, l’éducation des filles est un combat contre l’influence de l’Église sur les familles : « Les évêques le savent bien : celui qui tient la femme, celui-là tient tout, d’abord parce qu’il tient l’enfant, ensuite parce qu’il tient le mari. […] il faut que la femme appartienne à la Science, ou qu’elle appartienne à l’Église. »
- La loi Camille Sée (21 décembre 1880) crée des lycées publics de jeunes filles, sans latin et sans préparation au baccalauréat ; l’École normale supérieure de Sèvres (1881) forme leurs professeures.
- Les lois Ferry (16 juin 1881 et 28 mars 1882) rendent l’école primaire publique gratuite, l’instruction primaire obligatoire de 6 à 13 ans pour les deux sexes et l’enseignement public laïque. La loi Goblet (1886) confie l’enseignement public à un personnel laïque : l’État remplace peu à peu les congrégations.
- Une égalité limitée : l’égalité d’éducation n’est pas l’égalité des droits (les Françaises n’obtiennent le droit de vote qu’en 1944), et Ferry veut surtout des épouses et des mères républicaines. Il faut attendre le décret Bérard (1924) pour que l’enseignement secondaire des filles prépare au même baccalauréat que celui des garçons.
Ailleurs, le même mouvement
Les États qui se modernisent scolarisent aussi les filles : loi scolaire anglaise de 1870, code scolaire japonais de 1872 (ouvert aux filles), États-Unis où l’école publique commune se généralise au XIXe siècle. Les universités s’entrouvrent : Zurich accueille des étudiantes dès les années 1860 ; Madeleine Brès devient en 1875 la première Française docteure en médecine. L’historienne Françoise Mayeur (L’Éducation des filles en France au XIXe siècle, 1979) a montré le rôle des congrégations et le caractère longtemps distinct, et moins ambitieux, de l’instruction féminine.
| Mots à ne pas confondre | La différence |
|---|---|
| Instruction obligatoire / école obligatoire | La loi de 1882 rend l’instruction obligatoire, pas l’école : l’instruction peut être donnée en famille. |
| Gratuite / obligatoire / laïque | Trois mots, trois objets : l’école primaire publique est gratuite (1881) ; l’instruction primaire est obligatoire (1882) ; l’enseignement public est laïque (1882). |
| Égalité d’éducation / égalité des droits | Ferry réclame la première pour les filles, pas la seconde : les femmes restent privées du droit de vote jusqu’en 1944. |
« En 1880, les filles accèdent aux mêmes études secondaires que les garçons. » → faux : les lycées de jeunes filles n’enseignent ni le latin ni le programme du baccalauréat ; l’égalité des programmes vient bien plus tard.
Phrase de copie : « En une trentaine d’années, l’État français fait de l’école des filles une obligation des communes, puis de l’instruction une obligation pour toutes ; il prend ainsi le relais des congrégations, dans une rivalité ouverte avec l’Église. »
Réflexe — devant une loi scolaire, je dis ce qu’elle impose, à qui (communes, familles, État), pour quel public (garçons, filles), et ce qu’elle ne change pas encore.
Attention — faire commencer l’alphabétisation des filles avec Jules Ferry est un contresens : les lois de 1881-1882 parachèvent, elles n’inaugurent pas. Et c’est l’instruction qui devient obligatoire, pas la fréquentation d’une école.
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XXe-XXIe siècle : l’alphabétisation des femmes, un enjeu mondial
Des campagnes d’État
Le décret soviétique de décembre 1919 ordonne la liquidation de l’analphabétisme ; la Turquie adopte l’alphabet latin en 1928 ; la Chine lance des campagnes massives dans les années 1950 ; Cuba proclame 1961 « année de l’alphabétisation » et annonce avoir ramené l’analphabétisme sous les 4 %. Les États issus de la décolonisation héritent d’une alphabétisation très faible, surtout chez les femmes. Alphabétiser, pour ces régimes, c’est moderniser l’économie et former des citoyens fidèles au pouvoir.
Un droit universel et des objectifs communs
- Un droit proclamé : l’article 26 de la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948) affirme : « Toute personne a droit à l’éducation. » L’UNESCO, créée en novembre 1945 et installée à Paris, fait de l’alphabétisation une priorité ; elle la définit en 1958 comme la capacité de lire et d’écrire, en le comprenant, un texte simple sur sa vie quotidienne, et célèbre chaque 8 septembre, depuis 1967, la Journée internationale de l’alphabétisation. La Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (1979) consacre dans son article 10 l’égalité d’accès à l’éducation.
- Des objectifs internationaux : la conférence de Jomtien (Thaïlande, 1990) lance l’« Éducation pour tous », confirmée au forum de Dakar (2000) ; les objectifs du Millénaire pour le développement (2000) visent la parité filles-garçons ; les objectifs de développement durable (2015) font de l’éducation de qualité (ODD 4) et de l’égalité des sexes (ODD 5) des engagements pour 2030. Ce sont des engagements des États à l’ONU, sans contrainte juridique.
Une égalité inachevée
Les inégalités se concentrent en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud. Pauvreté, mariages précoces, conflits et idéologies freinent l’accès des filles : enlèvement de 276 lycéennes à Chibok (Nigeria) par Boko Haram en 2014 ; attentat contre Malala Yousafzai au Pakistan en 2012 (prix Nobel de la paix en 2014) ; exclusion des Afghanes du secondaire (2021) puis de l’université (décembre 2022) par les talibans. En France, le mot illettrisme apparaît à la fin des années 1970, dans les travaux de l’association ATD Quart Monde, pour nommer une difficulté que la scolarisation universelle n’a pas fait disparaître. Paradoxe contemporain : dans la plupart des pays, les femmes sont désormais majoritaires parmi les étudiants, mais restent minoritaires dans les écoles d’ingénieurs et la recherche en sciences dures.
| Mots à ne pas confondre | La différence |
|---|---|
| Analphabétisme / illettrisme | L’analphabétisme est la situation d’une personne qui n’a jamais appris à lire et à écrire ; l’illettrisme celle d’une personne scolarisée qui ne maîtrise pas assez l’écrit pour la vie courante. |
| Droit / objectif | Le droit à l’éducation est proclamé (1948) ; les objectifs (2000, 2015) fixent des échéances aux États, sans sanction. |
| Parité / égalité | La parité compte les inscrits (autant de filles que de garçons à l’école) ; l’égalité porte aussi sur ce qu’ils apprennent et sur leurs débouchés. |
« Depuis les ODD, l’alphabétisation est obligatoire dans tous les pays du monde. » → faux : les ODD sont des engagements politiques des États, sans contrainte juridique ; le droit à l’éducation est proclamé, il n’est pas partout appliqué.
Phrase de copie : « Depuis 1945, l’alphabétisation des femmes est devenue un objectif mondial porté par l’ONU et l’UNESCO ; elle progresse fortement, mais se heurte encore à la pauvreté, aux guerres et aux régimes qui refusent l’école aux filles. »
Réflexe — sur la période récente, je donne un ordre de grandeur mondial, une région où l’écart persiste et un exemple daté de résistance à l’éducation des filles.
Attention — le jalon dit « dans le monde » et « à nos jours » : une copie qui s’arrête en France en 1882 n’en traite qu’un tiers. Il faut l’UNESCO, les campagnes, les objectifs internationaux et les inégalités actuelles.
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1896-1914 : la radioactivité, une découverte collective
Une chaîne de découvertes (1895-1903)
Fin 1895, Wilhelm Röntgen (Würzburg) découvre les rayons X, produits par un tube électrique. En février-mars 1896, Henri Becquerel, professeur au Muséum, montre que les sels d’uranium impressionnent une plaque photographique sans exposition à la lumière : le rayonnement est spontané. En 1897, Marie Skłodowska-Curie, née à Varsovie en 1867, installée à Paris depuis 1891, choisit ces « rayons uraniques » comme sujet de thèse. Elle mesure leur intensité avec l’électromètre mis au point par Pierre et Jacques Curie, et montre en avril 1898 que le thorium émet aussi (l’Allemand Gerhard Schmidt l’a publié juste avant elle).
Dans un hangar de l’École de physique et chimie de la rue Lhomond, les Curie traitent de la pechblende venue de Joachimsthal (Bohême). Ils annoncent le polonium (juillet 1898), puis, avec le chimiste Gustave Bémont, le radium (décembre 1898), confirmé par la spectroscopie d’Eugène Demarçay. Rutherford, au laboratoire Cavendish de Cambridge, distingue les rayons alpha et bêta (article publié en 1899, quand il enseigne déjà à Montréal) ; Paul Villard identifie les rayons gamma à Paris (1900) ; Rutherford et Soddy montrent en 1902-1903 que les atomes radioactifs se transforment.
Une communauté internationale, une femme d’exception
- Consécration : le Nobel de physique 1903 est partagé entre Becquerel et les deux Curie ; Marie Curie reçoit seule celui de chimie en 1911. Veuve en 1906, elle reprend la chaire de Pierre à la Sorbonne, première femme à y enseigner.
- Des normes communes : le congrès de Bruxelles (1910) adopte le « curie » comme unité ; Marie Curie prépare l’étalon international du radium, déposé à Sèvres en 1913. Son laboratoire accueille des étrangers, dont des femmes comme la Norvégienne Ellen Gleditsch ; Vienne ouvre un institut du radium en 1910.
- Des mécènes : en 1911, l’industriel belge Ernest Solvay réunit à ses frais, à l’hôtel Métropole de Bruxelles, une vingtaine de physiciens invités, sous la présidence du Néerlandais Hendrik Lorentz, sur « la théorie du rayonnement et les quanta » (Planck, Rutherford, Poincaré, Perrin, Langevin, le jeune Einstein). Marie Curie est la seule femme de la photographie officielle. La même année, l’Académie des sciences lui refuse un fauteuil (janvier 1911) et une partie de la presse l’attaque sur sa vie privée.
- Une science ouverte, des applications rapides : les Curie ne brevettent pas leur procédé d’extraction. Le radium est vite utilisé contre les cancers (curiethérapie) et produit industriellement dès 1904. L’Institut du radium, fondé en 1909 par l’Université de Paris et l’Institut Pasteur, est achevé en juillet 1914.
Le récit héroïque, nourri par la biographie Madame Curie écrite par sa fille Ève (1938), isole des génies. Les historiens des sciences insistent au contraire sur les collectifs (laboratoires, techniciens, chimistes, fabricants d’instruments), les financements (État, universités, industriels comme Solvay) et la circulation des résultats.
| Mots à ne pas confondre | La différence |
|---|---|
| Rayons X / radioactivité | Les rayons X sont produits par un tube électrique ; la radioactivité est une propriété spontanée de certains éléments (uranium, thorium, radium). |
| Découvrir un rayonnement / découvrir un élément / expliquer le phénomène | Becquerel observe le rayonnement (1896) ; les Curie découvrent deux éléments et nomment le phénomène (1898) ; Rutherford et Soddy l’expliquent (1902-1903). |
« Le premier Conseil de physique de 1911 montre que la science est l’affaire des seuls savants. » → incomplet : la rencontre est financée par un industriel, les participants sont payés par des universités et des académies ; la photographie officielle ne montre ni les techniciens ni les préparateurs.
Phrase de copie : « De Becquerel aux Curie et à Rutherford, la radioactivité naît d’une chaîne de travaux qui se lisent et se répondent d’un pays à l’autre : c’est une découverte collective, que la publication rapide et les congrès rendent internationale. »
Réflexe — pour chaque découverte, je nomme qui, où, quand, avec quels moyens, et comment le résultat a été publié et reconnu.
Attention — attribuer la découverte de la radioactivité à Marie Curie seule est une erreur classique ; réduire la radioactivité à la bombe en est une autre : elle est aussi médecine, industrie et science fondamentale.
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1914-années 1950 : de l’atome à l’arme, les États entrent en scène
Rappel. Le modèle de l’atome (noyau, électrons, neutron) a été étudié en 3e : la structure de l’atome.
La science dans la guerre (1914-1933)
Pendant la Grande Guerre, Marie Curie équipe une vingtaine de voitures radiologiques, les « petites Curies », et environ 200 postes fixes. La science se nationalise : manifeste des 93 intellectuels allemands (octobre 1914), exclusion des savants des pays vaincus du Conseil international de recherches (1919-1926). En 1921, des Américaines offrent à Marie Curie un gramme de radium grâce à une souscription, remis par le président Harding. Rutherford réalise la première transmutation artificielle (1919), James Chadwick découvre le neutron (1932). En janvier 1934, Irène et Frédéric Joliot-Curie découvrent la radioactivité artificielle : on sait désormais fabriquer des radioéléments (Nobel de chimie 1935). En 1936, Irène devient sous-secrétaire d’État à la Recherche scientifique du Front populaire, l’une des trois premières femmes membres d’un gouvernement français.
De la fission à la bombe (1933-1945)
Les lois antisémites allemandes de 1933 puis l’Anschluss (1938) poussent à l’exil Einstein, puis Lise Meitner, réfugiée en Suède. En décembre 1938, Hahn et Strassmann observent à Berlin l’apparition de baryum dans de l’uranium bombardé ; Meitner et son neveu Frisch l’interprètent comme une « fission » du noyau (Nature, février 1939). À Paris, Joliot, Hans Halban et Lew Kowarski montrent que la fission libère des neutrons : la réaction en chaîne est possible ; ils déposent des brevets en mai 1939. Le 2 août 1939, Einstein alerte le président Roosevelt. Le CNRS est créé le 19 octobre 1939.
Le projet Manhattan (1942-1946) mobilise environ 130 000 personnes, sous le secret. Enrico Fermi obtient à Chicago la première réaction en chaîne contrôlée (2 décembre 1942) ; les bombes d’Hiroshima et de Nagasaki (6 et 9 août 1945) font, selon les estimations, de 100 000 à plus de 200 000 morts d’ici la fin de 1945. Le physicien Alvin Weinberg (1961) puis Derek de Solla Price (1963) nomment Big Science ce passage de la « petite science » de laboratoire aux programmes géants financés par les États, dont le projet Manhattan est la matrice.
Entre secret et coopération (1945-1957)
- Le secret : la loi McMahon (1er août 1946) interdit aux États-Unis de partager leurs secrets atomiques, même avec leurs alliés. La France crée le CEA (18 octobre 1945) ; la pile Zoé diverge le 15 décembre 1948. Joliot, haut-commissaire, est révoqué en avril 1950 pour son engagement communiste et pacifiste (appel de Stockholm).
- La coopération : discours « Atoms for Peace » d’Eisenhower (1953), CERN fondé par douze États européens (1954), manifeste Russell-Einstein (1955), conférences Pugwash, où des savants de l’Est et de l’Ouest se rencontrent, et Agence internationale de l’énergie atomique (1957).
- La place des femmes : l’historienne Margaret Rossiter nomme en 1993 « effet Matilda » la minimisation des contributions féminines : le Nobel de chimie 1944 récompense Otto Hahn seul, non Lise Meitner. Marguerite Perey, découvreuse du francium (1939), formée à l’Institut du radium, n’est élue qu’en 1962 première femme correspondante de l’Académie des sciences.
| Mots à ne pas confondre | La différence |
|---|---|
| Radioactivité artificielle / fission | La radioactivité artificielle (1934) rend radioactif un noyau stable bombardé ; la fission (1938) divise un noyau lourd en deux noyaux plus légers. |
| Fission / réaction en chaîne | La fission est l’événement ; la réaction en chaîne est son enchaînement par les neutrons libérés, contrôlé (réacteur) ou explosif (bombe). |
| Effet Matilda / effet Matthieu | L’effet Matilda efface les contributions des femmes ; l’effet Matthieu (Merton, 1968) accorde toujours plus de reconnaissance aux savants déjà célèbres, quel que soit leur sexe. |
| Big Science / petite science | Le laboratoire des Curie en 1898 réunit quelques personnes dans un hangar ; la Big Science mobilise des milliers de personnes, des machines coûteuses et des fonds publics. |
« Après 1945, les savants perdent toute parole sur l’usage de leurs découvertes. » → à nuancer : certains la reprennent contre les États, par des manifestes et des rencontres entre savants des deux blocs, au risque d’être sanctionnés.
Phrase de copie : « En moins de dix ans, de la fission de 1938 à la création du CEA, l’atome devient un enjeu d’État : la recherche se fait secrète, massive et financée par les gouvernements, et la question de son usage échappe en partie aux savants. »
Réflexe — après 1938, je cherche toujours l’État derrière la découverte : qui finance, qui garde le secret, qui décide de l’usage.
Attention — la fission n’est pas une découverte des Curie : elle est observée à Berlin et interprétée par Meitner et Frisch ; Joliot montre ensuite que la réaction en chaîne est possible. Et l’on ne déborde pas sur l’axe 2 : le renseignement et les transferts de technologie relèvent d’un autre chapitre.
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Pour aller plus loin
La suite du thème. Le renseignement américain et soviétique pendant la guerre froide, puis l’Inde, ses étudiants et les transferts de technologie, sont étudiés dans La connaissance, enjeu politique et géopolitique ; l’objet conclusif, le cyberespace, conflictualité et coopération, a son propre chapitre. Méthodes : la dissertation et l’étude critique de documents.
Sujets de dissertation, avec un plan en une ligne. Les deux premiers ont été donnés au baccalauréat.
- « Les États face à l’enjeu de la connaissance depuis la deuxième partie du XXe siècle » (centres étrangers, 2021, sujet de remplacement) : I. diffuser, l’instruction comme politique d’État (article 26, UNESCO, campagnes, Jomtien, ODD) ; II. produire, la recherche au service de la puissance (CEA et pile Zoé, course aux savoirs de la guerre froide, stratégie de Lisbonne) ; III. contrôler, entre protection, restriction et coopération (loi McMahon, talibans, CERN et AIEA).
- « La coopération scientifique depuis la fin du XIXe siècle : acteurs, enjeux, limites » (centres étrangers, 2024) : le plan est développé dans la fiche méthode.
- « L’alphabétisation des femmes dans le monde, du XVIe siècle à nos jours : étapes et acteurs » : I. lire pour son salut (Réformes, Suède) ; II. l’État scolarise les filles (Falloux, Duruy, Ferry, Angleterre, Japon) ; III. un objectif mondial inachevé (UNESCO, ODD, inégalités actuelles).
- « Religions et alphabétisation des femmes, du XVIe au XIXe siècle » : I. un moteur, lire pour croire ; II. un moteur limité, lire sans écrire (Fénelon, enquête Maggiolo) ; III. au XIXe siècle, une concurrence avec l’État (congrégations, Ferry 1870).
- « Scolariser les filles : un combat politique, du XIXe siècle à nos jours » : I. un enjeu de régime (Ferry contre l’Église) ; II. un instrument de modernisation (URSS, Cuba, droit universel) ; III. un combat inachevé (Malala, Chibok, talibans).
- « La radioactivité, de 1896 aux années 1950 : une aventure scientifique collective ? » : I. des découvertes en chaîne (1896-1903) ; II. une communauté internationale (Solvay, Institut du radium, Joliot-Curie) ; III. du collectif savant au collectif d’État (fission, Manhattan, CEA).
- « Les femmes dans la communauté scientifique, de la découverte de la radioactivité aux années 1950 » : I. des pionnières dans un monde d’hommes (Marie Curie, Académie 1911) ; II. des laboratoires plus ouverts (Gleditsch, Irène Joliot-Curie, Perey) ; III. une reconnaissance inégale (effet Matilda, 1962).
- « Science et pouvoir politique : la recherche sur la radioactivité de 1896 aux années 1950 » : I. une science de savants et de mécènes ; II. la science mobilisée (petites Curies, CNRS) ; III. l’État maître du savoir, et ses limites (Manhattan, CEA, révocation de Joliot, Pugwash).
- « Produire et diffuser des connaissances : quels acteurs, du XVIe siècle à nos jours ? » : I. Églises et savants, premiers acteurs ; II. l’affirmation de l’État (école publique, recherche publique) ; III. une pluralité d’acteurs aujourd’hui (organisations internationales, société civile, entreprises).
- « Peut-on parler d’une société de la connaissance aujourd’hui ? » : I. une notion fondée (Drucker, Lisbonne, alphabétisation massive) ; II. une société inégale (750 millions d’exclus de l’écrit, recherche concentrée) ; III. une notion à mettre au pluriel (UNESCO 2005, savoir sous tension).
- « La circulation des savants et des savoirs, de la fin du XIXe siècle aux années 1950 » : I. une circulation libre et savante (revues, congrès, mobilité) ; II. une circulation contrainte (guerres, exclusions, exil) ; III. une circulation encadrée (secret, loi McMahon, CERN).
- Notions : société de la connaissance (Drucker, 1969 ; stratégie de Lisbonne, 2000 ; « sociétés du savoir » de l’UNESCO, 2005), notion discutée ; communauté savante (République des lettres, Royal Society 1660, Académie des sciences 1666) puis communauté scientifique professionnelle, qui valide par la publication et la critique des pairs (normes de Merton, 1942) ; acteurs (Églises, États, savants, mécènes, organisations internationales) et modalités (école, revue, congrès, mobilité, vulgarisation).
- Lire pour son salut (XVIe-XVIIIe siècle) : Réforme protestante (Luther 1520-1534, Suède 1686) et Réforme catholique (Ursulines 1535, Filles de la Charité 1633, Saint-Cyr 1686) ; les filles lisent plus qu’elles n’écrivent ; enquête Maggiolo : 14 % des mariées signent vers 1690, 27 % vers 1790.
- L’école des filles, affaire d’État (XIXe siècle) : lois Falloux (1850) et Duruy (1867), loi Camille Sée (1880), lois Ferry (1881-1882 : gratuité, instruction obligatoire de 6 à 13 ans, laïcité), décret Bérard (1924) ; 66 % des Françaises signent déjà vers 1872-1876 : Ferry parachève ; même mouvement en Angleterre (1870) et au Japon (1872).
- Un enjeu mondial (XXe-XXIe siècle) : campagnes d’État (URSS 1919, Turquie 1928, Cuba 1961) ; droit à l’éducation (article 26, 1948), UNESCO (1945), Jomtien (1990), ODD 4 et 5 (2015) ; plus de 85 % d’adultes alphabétisés, mais environ 750 millions d’exclus de l’écrit, aux deux tiers des femmes (Chibok 2014, Malala 2012, Afghanes 2021-2022).
- La radioactivité, découverte collective (1896-1914) : Becquerel (1896), les Curie (polonium et radium, 1898), Rutherford et Soddy (1902-1903) ; Nobel 1903 et 1911, chaire de la Sorbonne (1906), congrès de Bruxelles (1910), Conseil Solvay (1911) ; science ouverte (pas de brevet), curiethérapie, Institut du radium (1909-1914).
- De l’atome à l’arme (1914-années 1950) : science nationalisée (petites Curies, manifeste des 93), radioactivité artificielle (1934), fission (1938-1939), CNRS (1939), projet Manhattan (1942-1946) et Big Science, CEA (1945), loi McMahon (1946) ; coopération (CERN 1954, Pugwash et AIEA 1957) ; effet Matilda (Meitner, Nobel 1944 au seul Hahn).
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’une société de la connaissance ?
Une société où produire, diffuser et utiliser des savoirs devient la première source de richesse et de pouvoir. L’expression est popularisée par Peter Drucker en 1969, reprise par l’Union européenne (stratégie de Lisbonne, 2000) et discutée : l’information n’est pas la connaissance, et l’UNESCO parle en 2005 de « sociétés du savoir » au pluriel.
Pourquoi les Réformes religieuses ont-elles fait progresser l’alphabétisation des femmes ?
Parce que chaque fidèle doit pouvoir lire la Bible (Luther) ou connaître sa foi (concile de Trente) : écoles protestantes, loi suédoise de 1686, congrégations catholiques comme les Ursulines. Mais on apprend aux filles à lire bien plus qu’à écrire : vers 1690, 14 % des Françaises signent leur acte de mariage.
Les lois Ferry ont-elles alphabétisé les Françaises ?
Elles ont parachevé un mouvement déjà engagé : les lois Falloux (1850) et Duruy (1867) imposaient des écoles de filles aux communes, et 66 % des Françaises signaient déjà leur acte de mariage vers 1872-1876. Les lois de 1881-1882 rendent l’école primaire publique gratuite, l’instruction obligatoire de 6 à 13 ans et l’enseignement public laïque.
Où en est l’alphabétisation des femmes dans le monde aujourd’hui ?
Plus de 85 % des adultes du monde savent lire, contre à peine plus de la moitié vers 1950, grâce aux campagnes d’État et aux objectifs de l’ONU (Jomtien 1990, ODD 2015). Mais environ 750 millions d’adultes ne sont pas alphabétisés, dont près des deux tiers de femmes, surtout en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud.
Pourquoi la radioactivité est-elle une découverte collective ?
Parce qu’elle naît d’une chaîne de travaux qui se lisent et se répondent : Becquerel observe le rayonnement de l’uranium (1896), les Curie découvrent le polonium et le radium (1898), Rutherford et Soddy expliquent la transformation des atomes (1902-1903). Publications, prix Nobel, congrès et mécènes comme Ernest Solvay organisent cette communauté internationale.
Comment les États se sont-ils emparés de la recherche sur l’atome ?
Après la découverte de la fission (1938-1939), la réaction en chaîne rend possible une arme : Einstein alerte Roosevelt, la France crée le CNRS (1939), les États-Unis lancent le projet Manhattan (1942-1946), la France le CEA (1945). La recherche devient secrète et géante, avant que les années 1950 cherchent la coopération (CERN 1954, AIEA 1957).
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