À propos de cette page
Ce cours de spécialité HGGSP en terminale sur « Thème 3 — Axe 1 : histoire et mémoires des conflits » suit le programme officiel de spécialité HGGSP de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Histoire et mémoire : deux rapports au passé, Quand l'État légifère sur le passé : les lois mémorielles, Juillet 1914 : une crise locale devenue guerre européenne, La « question des responsabilités » (1914-1939) : un débat politique. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en spécialité HGGSP.
2 sujets de dissertation traités : l’analyse des termes, la problématique, le plan en trois parties avec ses appuis précis, et surtout l’introduction et la conclusion entièrement rédigées — les deux moments que les copies ratent le plus.
Sujet 1 — Les historiens face aux causes de la Première Guerre mondiale : un débat renouvelé ?
Analyse des termes — « Les historiens » invite à faire l'historiographie : qui écrit, avec quelles sources, dans quel contexte ; « causes » renvoie aux causes profondes et immédiates de la guerre déclenchée en juillet-août 1914 ; « un débat renouvelé ? » demande de mesurer ce qui change (sources, questions, contextes politiques) et ce qui demeure. Bornes : de 1914 aux débats du centenaire (2014).
Problématique — Comment le débat des historiens sur les causes de la Première Guerre mondiale s'est-il renouvelé depuis 1914, et pourquoi ce renouvellement reste-t-il inséparable des enjeux politiques de chaque époque ?
Introduction rédigéeLe 28 juin 1919, dans la galerie des Glaces, l'Allemagne signe un traité dont l'article 231 la déclare, avec ses alliés, responsable de la guerre. Cinq ans jour pour jour après l'attentat de Sarajevo, les vainqueurs croient avoir tranché la question des causes de la Première Guerre mondiale. Elle n'a pourtant jamais cessé d'occuper les historiens. Par causes, on entend à la fois les causes profondes (alliances, rivalités impériales, course aux armements, nationalismes) et les causes immédiates, c'est-à-dire les décisions prises entre l'attentat du 28 juin et les déclarations de guerre du 1er au 4 août 1914. Or, d'une génération à l'autre, les historiens ont disposé de sources nouvelles, posé des questions nouvelles et travaillé dans des contextes politiques différents : de l'entre-deux-guerres, où la question des responsabilités engageait le traité de Versailles, au centenaire de 2014, commémoré dans une Europe réconciliée. Comment le débat des historiens sur les causes de la guerre s'est-il renouvelé depuis 1914, et pourquoi ce renouvellement reste-t-il inséparable des enjeux politiques de chaque époque ? Nous verrons d'abord que, de 1914 à 1939, le débat est placé sous la contrainte des États ; puis que, de 1945 aux années 1980, le consensus de la réconciliation est brisé par la controverse Fischer ; enfin que, depuis les années 1990, le débat s'élargit sans se refermer.
I. 1914-1939 : un débat sous la contrainte des États
- Chaque belligérant écrit d'abord un récit de justification.Livres de couleur publiés dès 1914 : Livre blanc allemand, Livre orange russe, Livre bleu britannique, Livre jaune français (décembre 1914).
- Le verdict des vainqueurs provoque une « guerre des documents ».Article 231 du traité de Versailles (28 juin 1919) ; Kriegsschuldreferat (1919) ; Die Große Politik, 40 volumes (1922-1927) ; réponses britannique (1926-1938) et française (1929-1959).
- Les premiers historiens de métier nuancent le verdict.Pierre Renouvin, Les Origines immédiates de la guerre (1925) ; Sidney Fay (1928), qui répartit les responsabilités ; Jules Isaac, Un débat historique (1933) ; lecture structurelle de Lénine (1916).
II. 1945-années 1980 : du consensus de la réconciliation à la controverse Fischer
- La réconciliation franco-allemande favorise une responsabilité diluée.En 1951, des historiens et enseignants français et allemands s'accordent sur l'idée qu'aucun gouvernement n'a consciemment voulu une guerre européenne en 1914.
- Fritz Fischer renouvelle les sources et la thèse.Griff nach der Weltmacht (1961) : archives inédites, dont le programme du chancelier Bethmann Hollweg du 9 septembre 1914 ; conclusion à une responsabilité majeure de l'Allemagne.
- La controverse devient une affaire politique en République fédérale.Opposition de Gerhard Ritter ; en 1964, le gouvernement fédéral retire son financement à une tournée de Fischer aux États-Unis ; la thèse suggère une continuité entre 1914 et 1939.
III. Depuis les années 1990 : un débat élargi mais toujours ouvert
- Le débat s'internationalise et sort des cadres nationaux.Historial de la Grande Guerre de Péronne (1992), conçu par des historiens français, allemands et britanniques ; manuel d'histoire franco-allemand (premier volume en 2006).
- Christopher Clark passe du « qui ? » au « comment ? ».Les Somnambules (2012, traduction française en 2013) : décisions de toutes les capitales, Belgrade comprise ; Margaret MacMillan, The War That Ended Peace (2013).
- Le centenaire révèle des lectures nationales persistantes.Succès du livre en Allemagne, critiques de Gerd Krumeich et John Röhl ; en Serbie, reproches adressés à Clark et statue de Princip inaugurée à Sarajevo-Est (2014).
Conclusion rédigéeDepuis 1914, le débat sur les causes de la Première Guerre mondiale n'a cessé de se renouveler : par les sources, avec la publication des archives dans les années 1920 puis les documents inédits exploités par Fischer ; par les questions, du « qui ? » de l'article 231 au « comment ? » de Christopher Clark ; par les contextes, du traité de Versailles à la réconciliation franco-allemande et au centenaire. Ce renouvellement n'efface pas une constante : chaque thèse a eu des implications politiques, qu'il s'agisse de contester un traité, d'interroger l'identité de la République fédérale ou de relire le rôle de la Serbie. Le débat reste ouvert, non sur l'existence de responsabilités, mais sur leur hiérarchie. On peut se demander si le débat sur les causes de la Seconde Guerre mondiale, bien moins disputé, ne doit pas cette différence à l'évidence des responsabilités nazies.
Le piège — Réciter les causes de la guerre (alliances, nationalismes) comme en classe de Première au lieu de traiter l'historiographie : le sujet porte sur les historiens et sur l'évolution de leurs thèses.
Sujet 2 — Les mémoires de la guerre d'Algérie en France depuis 1962 : conflits et reconnaissance
Analyse des termes — Le pluriel impose de distinguer les porteurs de mémoire (pieds-noirs rapatriés, harkis, anciens appelés, immigrés algériens et leurs descendants, anciens militants des deux camps) ; « en France » fixe le cadre, sans ignorer l'Algérie ; « conflits » renvoie à la guerre des mémoires, « reconnaissance » aux gestes de l'État. Bornes : de 1962, fin de la guerre, à nos jours.
Problématique — Comment les mémoires de la guerre d'Algérie, longtemps refoulées et concurrentes, ont-elles obtenu une reconnaissance publique en France, et pourquoi cette reconnaissance n'a-t-elle pas mis fin à leurs conflits ?
Introduction rédigéeLe 20 janvier 2021, l'historien Benjamin Stora remet au président de la République un rapport sur les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d'Algérie. Près de soixante ans après la fin du conflit, l'État demande encore à un historien comment apaiser des mémoires restées à vif. La guerre d'Algérie (1954-1962), longtemps désignée comme une suite d'« événements », a laissé en France des mémoires plurielles, portées par des groupes qui ne l'ont pas vécue de la même façon : pieds-noirs rapatriés, harkis, anciens appelés, immigrés algériens et leurs descendants, anciens militants de l'indépendance ou de l'Algérie française. Ces mémoires se sont opposées pour imposer leur récit, leurs dates et leurs victimes, dans ce que Benjamin Stora appelle une « guerre des mémoires » ; l'État, de son côté, est passé de l'oubli organisé à une politique de reconnaissance. Comment les mémoires de la guerre d'Algérie, longtemps refoulées et concurrentes, ont-elles obtenu une reconnaissance publique en France, et pourquoi cette reconnaissance n'a-t-elle pas mis fin à leurs conflits ? Nous verrons d'abord que, de 1962 à la fin des années 1980, ces mémoires sont refoulées et cloisonnées ; puis que les années 1990-2000 sont celles d'un retour du refoulé porté par les historiens et les témoins ; enfin que, depuis 2002, les reconnaissances officielles se multiplient sans apaiser la concurrence des mémoires.
I. 1962-fin des années 1980 : des mémoires refoulées et cloisonnées
- Une guerre sans nom et sans procès.Décrets d'amnistie du 22 mars 1962, lois du 31 juillet 1968 et du 3 décembre 1982 (réintégration des généraux putschistes) ; les textes officiels parlent d'« opérations effectuées en Afrique du Nord ».
- Des mémoires de groupes vécues en marge de la nation.Environ 800 000 pieds-noirs rapatriés en 1962 ; harkis relégués dans des camps (Rivesaltes, Bias) ; anciens appelés souvent silencieux, dont la FNACA (fondée en 1958) défend la date du 19 mars.
- Des événements effacés de la mémoire publique.Répression du 17 octobre 1961 réduite par la version officielle à quelques morts, éclipsée par Charonne (8 février 1962) ; La Bataille d'Alger (1966) ne sort en France qu'en 1971.
II. Années 1990-2000 : le retour du refoulé, porté par les historiens et les témoins
- Historiens et cinéastes brisent le silence.Benjamin Stora, La Gangrène et l'oubli (1991) ; Jean-Luc Einaudi, La Bataille de Paris (1991) ; La Guerre sans nom de Bertrand Tavernier et Patrick Rotman (1992).
- L'État nomme enfin la guerre.Loi du 18 octobre 1999 : l'expression « guerre d'Algérie » remplace celle d'« opérations effectuées en Afrique du Nord ».
- La torture devient une question publique.Témoignage de Louisette Ighilahriz dans Le Monde (juin 2000) ; appel des Douze (31 octobre 2000) ; livre du général Aussaresses (2001), condamné en 2002 ; thèse de Raphaëlle Branche (2001).
III. Depuis 2002 : des reconnaissances officielles qui n'éteignent pas la concurrence des mémoires
- Chaque groupe obtient sa date ou son lieu.Mémorial du quai Branly (5 décembre 2002) ; journée du 5 décembre (décret du 26 septembre 2003) ; hommage aux harkis le 25 septembre (2003) ; 19 mars (loi du 6 décembre 2012), rejeté par des associations de rapatriés et de harkis.
- La loi elle-même devient objet de conflit.Article 4 de la loi du 23 février 2005 sur le « rôle positif » de la présence française outre-mer ; appel « Liberté pour l'histoire » (décembre 2005) ; abrogation de l'alinéa (15 février 2006).
- Des gestes présidentiels, sans repentance.Hollande et le 17 octobre (2012) ; Macron et Maurice Audin (2018), Ali Boumendjel et le pardon aux harkis (2021), loi du 23 février 2022 ; rapport Stora (20 janvier 2021).
Conclusion rédigéeDepuis 1962, les mémoires de la guerre d'Algérie sont passées du silence à la reconnaissance. L'amnistie et le vocabulaire des « événements » les ont d'abord confinées dans des groupes ; les historiens, les cinéastes et les témoins les ont fait revenir dans l'espace public à partir des années 1990 ; l'État les a reconnues par une loi (1999), des dates, des lieux et des gestes présidentiels. Mais cette reconnaissance est restée fragmentée : chaque groupe a obtenu sa date ou sa loi, si bien que la concurrence des mémoires s'est déplacée plutôt qu'éteinte. La commission mixte d'historiens français et algériens annoncée en 2022 pose désormais une autre question : une histoire écrite à deux voix peut-elle aider à construire une mémoire partagée des deux côtés de la Méditerranée ?
Le piège — Raconter la guerre elle-même (1954-1962) au lieu de traiter ses mémoires après 1962, ou parler de « la » mémoire au singulier en oubliant les harkis et les immigrés algériens.