06 29 33 79 32 Je réserve ici
Spécialité HGGSP Terminale

Ressources · Terminale · Spécialité HGGSP

Thème 5 — Axe 2 : le changement climatique, approches historique et géopolitique

Climat en Europe du Moyen Âge au XIXe siècle, Sommets de la Terre et COP, les États-Unis et l'environnement (spécialité HGGSP de Tle)

À propos de cette page
Ce cours de spécialité HGGSP en terminale sur « Thème 5 — Axe 2 : le changement climatique, approches historique et géopolitique » suit le programme officiel de spécialité HGGSP de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Le climat a une histoire : sources et fluctuations, du Moyen Âge au XIXe siècle, Subir, interpréter, s'adapter : les sociétés européennes face aux crises climatiques, Du savoir à l'alerte : la science du climat (1824-1988), Des Sommets de la Terre à Kyoto : naissance d'une gouvernance mondiale du climat (1972-2005). Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en spécialité HGGSP.

4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.

Document 1 — Un hiver du Petit Âge glaciaire vu par Bruegel

Facile

Peinture (huile sur bois) · Pieter Bruegel l'Ancien, Chasseurs dans la neige, huile sur bois, 117 × 162 cm, 1565, Vienne, Kunsthistorisches Museum.

Pieter Bruegel l'Ancien (vers 1525-1569), grand peintre des Pays-Bas espagnols, réalise cette œuvre en 1565, pendant l'une des phases les plus froides du Petit Âge glaciaire. Le tableau est destiné à un collectionneur privé et reprend la tradition des « travaux des mois » des calendriers illustrés.

Description du tableau. Le paysage est vu d'une hauteur. Au premier plan à gauche, trois chasseurs rentrent, courbés, suivis d'une meute de chiens fatigués ; l'un d'eux porte sur son épaule un renard, maigre prise. Leurs pas s'enfoncent dans une neige épaisse. Tout près, devant une auberge dont l'enseigne pend à demi décrochée, des villageois entretiennent un feu en plein air ; une femme traverse un pont en portant un fagot. En contrebas, dans la vallée, des étangs gelés sont couverts de petites silhouettes qui patinent et jouent sur la glace ; la roue d'un moulin à eau est prise par les glaces. Les toits du village sont blancs, les arbres nus ; des corbeaux sont posés sur les branches et un oiseau traverse un ciel gris-vert. À l'horizon se dressent des sommets escarpés et enneigés, qui n'existent pas dans le paysage plat des Flandres.

L'œuvre appartient à une série de tableaux consacrés aux moments de l'année (cinq sont conservés), commandée par Nicolaes Jongelinck, riche marchand d'Anvers, pour orner sa demeure.

En analysant le document, en le confrontant à vos connaissances, vous montrerez ce que ce tableau révèle des sociétés européennes face au Petit Âge glaciaire, et quelles sont ses limites comme source pour l'histoire du climat.

  1. Présentez le document : nature, auteur, date, commanditaire et destination.
  2. Relevez les signes d'un hiver rigoureux et ceux de l'adaptation de la société au froid.
  3. Replacez l'œuvre dans la chronologie du Petit Âge glaciaire.
  4. Quelles sont les limites de ce tableau pour l'historien du climat ?
Voir la réponse rédigée

1. Présentation. Ce document est une peinture à l'huile sur bois de Pieter Bruegel l'Ancien, Chasseurs dans la neige, datée de 1565 et conservée au Kunsthistorisches Museum de Vienne. Elle appartient à une série sur les moments de l'année commandée par le marchand anversois Nicolaes Jongelinck pour sa demeure : c'est une œuvre d'art destinée à un particulier fortuné, non un relevé météorologique. Elle est peinte au cœur du Petit Âge glaciaire, pendant l'une de ses phases les plus froides (vers 1560-1600).

2. Un hiver rigoureux, une société qui s'en accommode. Tout dit la dureté de la saison : neige épaisse où s'enfoncent les chasseurs, arbres nus, ciel bas, étangs et moulin pris par la glace. La chasse est maigre (un seul renard) et les chiens épuisés : l'hiver est un temps de pénurie, où le moulin arrêté ne peut plus moudre le grain. Mais la société s'organise : on entretient un feu devant l'auberge, une femme rapporte du bois, et les villageois ont fait des étangs gelés un espace de circulation et de jeu. Le froid n'est pas seulement subi, il est intégré à la vie collective.

3. Confrontation avec les connaissances. L'œuvre coïncide avec une phase froide du Petit Âge glaciaire : l'hiver 1564-1565 est réputé l'un des plus rudes du siècle dans l'Europe du Nord-Ouest, et les glaciers alpins avancent vers leur maximum de 1600-1640. D'autres crises suivent : minimum de Maunder (1645-1715), famine de 1693-1694, Grand Hiver de 1709. Les scènes de patinage deviennent d'ailleurs un genre de la peinture hollandaise au début du XVIIe siècle, avec Hendrick Avercamp : la société s'approprie ces hivers dans sa culture.

4. Limites. Un tableau n'est pas un thermomètre. Bruegel compose un paysage idéal : les montagnes n'existent pas en Flandre, et la scène reprend la tradition des « travaux des mois », où février est déjà enneigé dans les Très Riches Heures du duc de Berry (vers 1411-1416), bien avant la phase froide de la fin du XVIe siècle. L'œuvre dit donc la perception de l'hiver et le goût d'une élite marchande plus qu'une température. Pour l'historien du climat, elle ne vaut que croisée avec des indicateurs réguliers : dates des vendanges, cernes des arbres, chroniques, prix du grain.

Bilan. Le tableau illustre un moment du Petit Âge glaciaire et la capacité d'adaptation d'une société rurale, mais il reste une source indirecte et construite, à confronter à des séries chiffrées.

Ce que cette analyse apprend — Une image n'est pas une mesure : on la présente, on la décrit, on la confronte à la chronologie, puis on dit ce qu'elle révèle de la perception du climat plutôt que du climat lui-même.

Document 2 — La courbe du CO₂ et les étapes de la diplomatie climatique

Moyen

Tableau statistique · D'après NOAA Global Monitoring Laboratory, « Trends in Atmospheric Carbon Dioxide », moyennes annuelles de la station de Mauna Loa (Hawaï), données consultées en 2024 ; valeur préindustrielle d'après GIEC, sixième rapport d'évaluation, groupe de travail I, 2021.

Les mesures de Mauna Loa, lancées en 1958 par le chimiste américain Charles David Keeling, forment la plus longue série continue de CO₂ atmosphérique ; elles sont aujourd'hui publiées par l'agence américaine NOAA. Le tableau les met en regard des grandes étapes de la gouvernance mondiale du climat.

AnnéeConcentration de CO₂ dans l'atmosphère (ppm, valeur arrondie)Étape de la diplomatie climatique
Vers 1750≈ 280Période préindustrielle (d'après les carottes de glace)
1959≈ 316Première année complète de mesures de Charles David Keeling (commencées en 1958)
1972≈ 327Conférence de Stockholm, création du PNUE
1992≈ 356Sommet de la Terre de Rio, convention-cadre sur les changements climatiques
1997≈ 363Protocole de Kyoto (COP3)
2009≈ 387Conférence de Copenhague (COP15)
2015≈ 401Accord de Paris (COP21)
2023≈ 421COP28 de Dubaï, premier bilan mondial de l'accord de Paris

ppm : parties par million, soit le nombre de molécules de CO₂ pour un million de molécules d'air sec.

En analysant le document, en le confrontant à vos connaissances, vous montrerez que la diplomatie climatique n'a pas, jusqu'ici, infléchi l'accumulation du CO₂ dans l'atmosphère, et vous en expliquerez les raisons.

  1. Présentez le document, puis calculez la hausse de la concentration entre la période préindustrielle et 2023 et comparez son rythme avant et après 1992.
  2. Confrontez l'évolution de la concentration aux étapes de la diplomatie climatique.
  3. À l'aide de vos connaissances, expliquez pourquoi les accords n'ont pas infléchi la courbe.
  4. Quelles sont les limites de ce document ?
Voir la réponse rédigée

1. Présentation et lecture. Ce tableau statistique, construit d'après les mesures de la station de Mauna Loa publiées par la NOAA et d'après les carottes de glace pour la période préindustrielle, met en regard la concentration de CO₂ dans l'atmosphère et les grandes étapes de la diplomatie climatique. La concentration passe d'environ 280 ppm vers 1750 à 421 ppm en 2023, soit une hausse d'environ 50 % (421 ÷ 280 ≈ 1,5). Le rythme s'accélère : environ 40 ppm en 33 ans entre 1959 et 1992, soit 1,2 ppm par an ; environ 65 ppm en 31 ans entre 1992 et 2023, soit 2,1 ppm par an.

2. Une diplomatie sans effet visible sur la courbe. Chaque étape de la gouvernance mondiale du climat (Stockholm en 1972, Rio en 1992, Kyoto en 1997, Copenhague en 2009, Paris en 2015, Dubaï en 2023) correspond à une concentration plus élevée que la précédente. L'accumulation s'accélère même après Rio, alors que la convention signée en 1992 fixe pour objectif de « stabiliser » les concentrations de gaz à effet de serre. Entre l'accord de Paris et le premier bilan mondial, en huit ans, la concentration gagne encore 20 ppm.

3. Explications. D'abord, le CO₂ est un stock : il reste très longtemps dans l'atmosphère, si bien que la concentration augmente tant que les émissions ne sont pas ramenées près de zéro ; stabiliser les émissions ne suffit pas. Ensuite, les accords ont été partiels : Kyoto n'imposait d'objectifs qu'aux pays industrialisés, les États-Unis ne l'ont jamais ratifié et le Canada l'a quitté en 2011 ; surtout, la croissance des émergents, la Chine devenant premier émetteur au milieu des années 2000, a plus que compensé les baisses européennes. Enfin, l'accord de Paris repose sur des contributions nationales dont le contenu n'est pas contraignant et dont la somme mène vers un réchauffement de l'ordre de 2,5 à 3 °C : l'écart entre engagements et objectif reste béant.

4. Limites du document. Le tableau mesure une concentration mondiale, pas les émissions de chaque pays : il ne dit rien des responsabilités ni des baisses obtenues par certains États, comme l'Union européenne depuis 1990. Il ne porte que sur le CO₂, sans le méthane. Les valeurs sont arrondies, et la valeur préindustrielle repose sur une autre méthode (les bulles d'air piégées dans la glace). Enfin, la juxtaposition de dates diplomatiques suggère un lien que le document ne démontre pas : il montre un écart entre l'alerte et les résultats, mais ne permet pas de savoir ce qu'aurait été la courbe sans ces accords.

Ce que cette analyse apprend — Lire un tableau, c'est calculer (proportion, rythme) avant d'interpréter, puis distinguer ce que mesure le document (un stock mondial) de ce qu'on voudrait lui faire dire (les responsabilités).

Document 3 — L'accord de Paris : une nouvelle méthode de coopération

Moyen

Texte juridique (traité international) · Accord de Paris, adopté le 12 décembre 2015 lors de la COP21 (Nations unies, CCNUCC), entré en vigueur le 4 novembre 2016 ; articles 2, 4 et 28, texte français officiel.

L'accord est adopté par consensus à Paris, sous la présidence du ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, six ans après l'échec de Copenhague. Il s'adresse aux États parties à la convention-cadre de 1992 et entre en vigueur moins d'un an plus tard.

Article 2. 1. Le présent Accord, en contribuant à la mise en œuvre de la Convention, notamment de son objectif, vise à renforcer la riposte mondiale à la menace des changements climatiques, dans le contexte du développement durable et de la lutte contre la pauvreté, notamment en : a) Contenant l'élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels et en poursuivant l'action menée pour limiter l'élévation de la température à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels, étant entendu que cela réduirait sensiblement les risques et les effets des changements climatiques ; […]

Article 4. […] 2. Chaque Partie établit, communique et actualise les contributions déterminées au niveau national successives qu'elle prévoit de réaliser. Les Parties prennent des mesures internes pour l'atténuation en vue de réaliser les objectifs desdites contributions.
3. La contribution déterminée au niveau national suivante de chaque Partie représentera une progression par rapport à la contribution déterminée au niveau national antérieure et correspondra à son niveau d'ambition le plus élevé possible, compte tenu de ses responsabilités communes mais différenciées et de ses capacités respectives, eu égard aux différentes situations nationales.
4. Les pays développés Parties devraient continuer de montrer la voie en assumant des objectifs de réduction des émissions en chiffres absolus à l'échelle de l'économie. Les pays en développement Parties devraient continuer d'accroître leurs efforts d'atténuation, et sont encouragés à passer progressivement à des objectifs de réduction ou de limitation des émissions à l'échelle de l'économie eu égard aux contextes nationaux différents. […]

Article 28. 1. À l'expiration d'un délai de trois ans à compter de la date d'entrée en vigueur du présent Accord à l'égard d'une Partie, cette Partie peut, à tout moment, le dénoncer par notification écrite adressée au Dépositaire.
2. Cette dénonciation prend effet à l'expiration d'un délai d'un an à compter de la date à laquelle le Dépositaire en reçoit notification, ou à toute date ultérieure pouvant être spécifiée dans ladite notification. […]

En analysant le document, en le confrontant à vos connaissances, vous montrerez que l'accord de Paris fonde une nouvelle méthode de coopération climatique, et vous en mesurerez les limites.

  1. Présentez le document et son contexte.
  2. Quel objectif l'accord fixe-t-il et par quelle méthode entend-il l'atteindre ?
  3. En quoi ce texte rompt-il avec le protocole de Kyoto ?
  4. Montrez les limites de cette méthode, en vous appuyant sur l'article 28 et sur vos connaissances.
Voir la réponse rédigée

1. Présentation. Ce document réunit des extraits de l'accord de Paris, traité international adopté par consensus le 12 décembre 2015 lors de la COP21, sous la présidence française de Laurent Fabius. Il s'inscrit dans le cadre de la convention de Rio (1992) et succède à l'échec de Copenhague (2009), où aucun accord contraignant n'avait pu être conclu. Il a été préparé par l'annonce commune de Barack Obama et Xi Jinping en novembre 2014, qui rallie les deux premiers émetteurs mondiaux.

2. Un objectif commun, des contributions nationales. L'article 2 fixe un objectif de température chiffré : contenir le réchauffement « nettement en dessous de 2 °C » et poursuivre l'effort vers 1,5 °C, seuil défendu par les petits États insulaires. La méthode est inscrite à l'article 4 : chaque État « établit, communique et actualise » sa propre contribution déterminée au niveau national. L'alinéa 3 introduit un mécanisme de progression : chaque contribution doit être plus ambitieuse que la précédente, ce qui suppose un rendez-vous tous les cinq ans et un bilan mondial, tenu pour la première fois en 2023 à Dubaï.

3. Une rupture avec Kyoto. Kyoto (1997) imposait d'en haut des objectifs chiffrés aux seuls pays industrialisés, ce qui avait conduit le Sénat américain à refuser tout traité épargnant les pays en développement. Paris renverse la logique : l'accord est universel et part des engagements nationaux. Le principe des « responsabilités communes mais différenciées » est conservé mais assoupli : l'alinéa 4 demande aux pays développés de « montrer la voie », tandis que les pays en développement sont seulement « encouragés » à se fixer des objectifs globaux. C'est ce compromis qui permet d'associer la Chine, l'Inde et les États-Unis.

4. Des limites visibles dans le texte même. Le vocabulaire est prudent (« devraient », « sont encouragés ») : aucune sanction ne frappe un État qui n'atteint pas sa contribution. L'article 28 permet en outre de quitter l'accord : les États-Unis l'ont utilisé à la lettre. Donald Trump annonce le retrait le 1er juin 2017, mais la notification n'est possible que trois ans après l'entrée en vigueur (4 novembre 2019) et prend effet un an plus tard, le 4 novembre 2020 ; Joe Biden rejoint l'accord en 2021, avant un nouveau retrait décidé en janvier 2025. Enfin, les résultats restent insuffisants : 2024 est la première année civile au-dessus de 1,5 °C et la somme des contributions mène vers un réchauffement de l'ordre de 2,5 à 3 °C. Texte de compromis diplomatique, l'accord de Paris a gagné l'universalité au prix de la contrainte.

Ce que cette analyse apprend — Un texte juridique se lit mot à mot : repérer les verbes (« établit » contre « devraient ») permet de distinguer ce qui oblige de ce qui recommande, puis de confronter la lettre du texte à son application.

Document 4 — La loi de Yellowstone (1872) : inventer la protection de la nature

Difficile

Loi fédérale (document d'époque) · Loi du Congrès des États-Unis « to set apart a certain Tract of Land lying near the Head-waters of the Yellowstone River as a public Park », signée par le président Ulysses S. Grant le 1er mars 1872 (17 Stat. 32) ; extraits, traduction française.

La loi est votée après l'expédition scientifique menée en 1871 par le géologue Ferdinand Hayden, dont les photographies de William Henry Jackson et les esquisses du peintre Thomas Moran convainquent le Congrès. La compagnie ferroviaire Northern Pacific, qui y voit une future destination touristique, soutient le projet ; plusieurs peuples amérindiens (Shoshone, Bannock, Crow) fréquentent alors la région.

[Le territoire décrit, situé dans les territoires du Montana et du Wyoming] est par la présente réservé et soustrait à tout établissement, occupation ou vente en vertu des lois des États-Unis, et consacré et mis à part comme parc public ou lieu d'agrément pour le bénéfice et la jouissance du peuple ; et toute personne qui s'y établira, s'y installera ou en occupera une partie quelconque, sauf dans les cas prévus ci-après, sera considérée comme intruse et en sera expulsée.

Ledit parc public sera placé sous le contrôle exclusif du secrétaire à l'Intérieur, dont le devoir sera, dès que possible, d'établir et de publier les règles et règlements qu'il jugera nécessaires ou appropriés pour son entretien et sa gestion. Ces règlements pourvoiront à la préservation, contre toute atteinte ou spoliation, de tout le bois, des gisements minéraux, des curiosités naturelles ou merveilles se trouvant dans ledit parc, et à leur maintien dans leur état naturel. Le secrétaire pourra, à sa discrétion, accorder des baux à des fins de construction, pour des durées n'excédant pas dix ans, sur de petites parcelles de terrain, aux endroits dudit parc qui exigeront l'édification de bâtiments pour l'accueil des visiteurs ; tout le produit de ces baux et tous les autres revenus tirés du parc seront employés, sous sa direction, à la gestion de celui-ci et à la construction de routes et de chemins cavaliers. Il veillera à empêcher la destruction gratuite des poissons et du gibier se trouvant dans ledit parc, ainsi que leur capture ou leur destruction à des fins de commerce ou de profit. Il fera également expulser toutes les personnes qui y pénétreront indûment après l'adoption de la présente loi […].

En analysant le document, en le confrontant à vos connaissances, vous montrerez que cette loi invente une protection de la nature à l'américaine, et vous en discuterez les ambiguïtés.

  1. Présentez le document et le contexte de son adoption.
  2. Quelle forme de protection la loi instaure-t-elle ?
  3. Pour qui et pour quels usages ce parc est-il créé ?
  4. Discutez les ambiguïtés de cette protection, en confrontant le texte à vos connaissances sur la suite de l'histoire environnementale américaine.
Voir la réponse rédigée

1. Présentation. Ce document est une loi fédérale adoptée par le Congrès des États-Unis et signée par le président Ulysses S. Grant le 1er mars 1872. Elle crée le parc de Yellowstone, dans les territoires du Montana et du Wyoming, qui ne sont pas encore des États : seul le gouvernement fédéral peut donc y légiférer. Elle intervient après l'expédition de Ferdinand Hayden (1871), dont les images spectaculaires ont frappé les parlementaires, en pleine conquête de l'Ouest, alors que la nature est exploitée comme une ressource sans limite (ruée vers l'or, chasse massive du bison).

2. Une protection par soustraction au marché. La loi innove en « réserv[ant] » et en « soustray[ant] » un territoire à « tout établissement, occupation ou vente » : alors que la politique fédérale consiste à distribuer les terres de l'Ouest aux colons, elle en retire une partie du marché. Le secrétaire à l'Intérieur doit assurer la « préservation » du bois, des minéraux et des « merveilles » naturelles et leur « maintien dans leur état naturel ». La faune est aussi protégée contre la chasse « à des fins de commerce ou de profit ». Yellowstone devient ainsi le premier parc national du monde, modèle imité ailleurs, jusqu'au parc de la Vanoise en France (1963).

3. Un parc pour le « peuple » et pour les visiteurs. Le parc est créé « pour le bénéfice et la jouissance du peuple » : il s'agit moins de protéger la nature pour elle-même que de la réserver au plaisir des citoyens. La loi prévoit des baux pour construire des bâtiments « pour l'accueil des visiteurs » et des routes : elle organise un tourisme naissant, que la compagnie Northern Pacific entend desservir. On est plus proche d'un patrimoine national à contempler que d'un sanctuaire.

4. Les ambiguïtés. D'abord, la « nature vierge » que la loi prétend conserver est une construction : les Shoshone, les Bannock ou les Crow fréquentaient la région, et la clause qui fait expulser tout « intrus » servira à les en exclure. L'historien William Cronon a montré en 1995 que l'idée de wilderness efface cette présence amérindienne. Ensuite, la protection est fragile : sans budget ni gardiens, le parc est confié à l'armée de 1886 à 1918, et il faut attendre 1916 pour que naisse le National Park Service. Enfin, la loi n'efface pas le débat entre préservation et exploitation : au début du XXe siècle, John Muir, partisan de la préservation, s'oppose à la conservation utilitaire de Gifford Pinchot, et le barrage de Hetch Hetchy (1913), dans le parc de Yosemite, montre que la protection cède devant les besoins d'une grande ville. Le texte fonde donc une protection pionnière, mais pensée pour une nation blanche et touristique.

Ce que cette analyse apprend — Critiquer un document d'époque, c'est confronter ses mots (« peuple », « état naturel », « intrus ») à ce qu'ils taisent : qui en bénéficie, qui en est exclu.

Bloqué sur ce chapitre ?

Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.

Prof d'histoire-géo à Marseille · Cours particuliers au lycée · Aide aux devoirs