Le texte procède par élimination : il cherche un bien que l'on veuille toujours pour lui-même et jamais en vue d'autre chose. La thèse est que le bonheur est cette fin dernière, et qu'il consiste dans l'activité propre de l'homme, non dans un état passif.
Le bonheur est-il une satisfaction que l'on reçoit, ou une activité que l'on exerce ?
Le plan en trois parties
Premier moment : la recherche d'une fin qui ne renvoie à aucune autre
- Toute action vise un bien, mais la plupart des biens sont voulus en vue d'autre chose : la richesse pour ce qu'elle permet.Aristote, Éthique à Nicomaque, I
- Une régression à l'infini rendrait le désir vain : il faut donc une fin ultime, voulue pour elle-même.Aristote, Éthique à Nicomaque, I
- Le nom de cette fin fait l'accord de tous, mais sa définition les divise aussitôt : plaisir, honneur ou contemplation.Aristote, Éthique à Nicomaque, I
Deuxième moment : le bonheur défini par la fonction propre de l'homme
- Le texte cherche ce que l'homme fait que nul autre vivant ne fait : ni croître, ni sentir, mais penser et délibérer.Aristote, Éthique à Nicomaque, I
- Le bonheur est alors l'exercice accompli de cette activité rationnelle, conforme à l'excellence qui lui convient.Aristote, Éthique à Nicomaque, I
- Contre l'assimilation du bonheur au plaisir, l'activité vertueuse est en elle-même agréable : le plaisir couronne l'acte sans le fonder.Épicure, Lettre à Ménécée
Troisième moment : les conditions d'une vie heureuse et leur fragilité
- Une hirondelle ne fait pas le printemps : le bonheur exige une vie entière, non un moment réussi.Aristote, Éthique à Nicomaque, I
- Des biens extérieurs restent nécessaires, ce qui expose le bonheur à la fortune et interdit de le confondre avec la sagesse stoïcienne.Épictète, Manuel
- On peut objecter que le bonheur ainsi conçu reste l'affaire d'une élite de loisir : Alain répondra qu'il se veut et s'apprend.Alain, Propos sur le bonheur
Une vie heureuse peut-elle dépendre de circonstances que nous ne maîtrisons pas sans cesser d'être notre œuvre ?