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L'explication de texte philosophique

Maîtriser l’épreuve de l’explication de texte au baccalauréat de philosophie (Terminale générale)

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L'explication de texte philosophique

Fiche méthode : les étapes de l’épreuve, de la lecture à la discussion

(Philosophie Terminale · Méthode : l’explication de texte)

La démarche pour tout texte

1. Je lis deux fois sans rien écrire. J’entoure les connecteurs (or, donc, mais, car, ainsi), je souligne les couples de mots opposés et je formule la thèse en une phrase, sans le vocabulaire du texte.

2. Je repère la thèse et son adversaire, puis les mouvements du texte.

3. Je rédige l’introduction : thème en question, thèse, enjeu, annonce des mouvements.

4. J’explique mouvement par mouvement, je glisse une discussion courte à la fin, puis je conclus : thèse établie, geste décisif, question laissée ouverte par le texte.

Le réflexe — tout ce que j’affirme doit pouvoir être justifié par une expression du texte : je montre ce qu’il soutient, contre qui, et par quels gestes.

Cas 1 · Repérer la thèse

Réflexe — je précise le thème en un rapport, je cherche la phrase où l’auteur parle en son nom, puis l’adversaire qu’il combat ; j’écris « L’auteur soutient que » sans reprendre ses mots.

Exemple. Rousseau, sur le droit du plus fort (Du contrat social, livre I).

Thème : non pas « la force », mais le rapport de la force et du droit.

Adversaire : une expression reçue, et ceux qui la défendent, comme Grotius, dont Rousseau dit au chapitre précédent que sa « plus constante manière de raisonner est d’établir toujours le droit par le fait ».

Thèse : l’auteur soutient qu’une puissance physique ne peut jamais produire une obligation morale : céder à la force est un acte de nécessité, non de volonté, si bien que le « droit du plus fort » est une contradiction dans les termes.

Attention — « l’auteur se demande si » transforme un texte qui tranche en texte qui hésite : l’auteur ne se demande rien, il affirme contre quelqu’un.

Cas 2 · Découper le texte en mouvements

Réflexe — je coupe aux ruptures logiques et je titre chaque bloc par une action de l’auteur, jamais par « il parle de ».

Exemple. Hume, sur l’habitude et la croyance en la causalité (Enquête sur l’entendement humain).

1. Il constate que nulle expérience ne livre le lien nécessaire : nous voyons une bille en heurter une autre, jamais la nécessité qui les unit.

2. Il explique notre attente par l’habitude : la répétition constante de la conjonction produit en nous une transition de l’imagination.

3. Il mesure la portée de ce scepticisme : l’habitude reste le guide de la vie et ne rend pas l’expérience inutile.

Lus à la suite : constat négatif → origine de la croyance → portée. Les titres forment un raisonnement.

Attention — « lignes 1 à 4 : il introduit ; lignes 5 à 9 : il développe » convient à n’importe quel texte : un découpage n’est pas un métrage.

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Cas 3 · Rédiger l’introduction

Réflexe — quatre éléments dans l’ordre : le thème en question, la thèse précédée de l’opinion qu’elle vise, l’enjeu (l’alternative que le texte refuse), l’annonce des mouvements.

Exemple. Spinoza, sur l’illusion du libre arbitre (Lettre à Schuller).

Thème en question : la conscience de vouloir suffit-elle à prouver que nous sommes libres ?

Thèse : contre l’opinion qui tient le sentiment de vouloir pour la preuve de la liberté, l’auteur soutient que les hommes se croient libres parce qu’ils ont conscience de leurs désirs mais ignorent ce qui les détermine.

Enjeu : le texte refuse l’alternative entre libre arbitre et contrainte : est libre ce qui agit par la seule nécessité de sa nature. La liberté n’est plus l’absence de cause, mais un certain rapport entre l’être et sa cause.

Annonce : l’auteur définit d’abord la liberté par la nécessité interne, explique ensuite l’illusion par l’ignorance des causes, puis l’illustre par l’image de la pierre lancée avant d’en tirer la portée éthique.

Attention — ni accroche par une citation extérieure, ni biographie, ni « nous verrons si » : une introduction d’explication n’est pas celle d’une dissertation.

Cas 4 · Expliquer un mouvement

Réflexe — citer court, élucider le mot qui porte le sens et ce qu’il écarte, reformuler dans une autre langue, justifier la place de l’idée dans le raisonnement.

Exemple. Épictète, Manuel : « Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais leurs opinions sur les choses. »

Citer court : « leurs opinions ».

Élucider : l’opinion est ici le jugement porté sur l’événement ; le mot écarte l’idée que l’émotion serait produite par les choses elles-mêmes.

Reformuler : l’émotion est une opinion. L’exemple de la mort le montre : l’événement est indifférent, seule la représentation que nous en formons est terrible.

Justifier : sans ce moment, la partition entre ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas n’aurait qu’un intérêt théorique ; il montre que tout trouble naît d’un jugement, donc qu’il peut être corrigé.

Attention — Épictète ne nie pas la douleur : il en déplace la cause pour en déplacer le remède. Et un paragraphe qui ne contient rien que le texte ne dise pas est de la paraphrase.

Cas 5 · La discussion

Réflexe — je localise le point fragile, je formule l’objection dans sa force avec un auteur nommé, je cherche la réponse que le texte permet, puis je dis ce qui reste.

Exemple. Pascal, sur le divertissement (Pensées).

Point fragile : la thèse selon laquelle nous fuyons moins l’ennui que la pensée de notre misère vaut-elle pour toute activité ?

Objection : Alain, dans les Propos sur le bonheur, tient qu’une activité aimée n’est pas une fuite mais la forme même du bonheur.

Réponse du texte : le chasseur aussi croit vouloir le lièvre ; Pascal montre que nous nous trompons doublement, sur ce que nous cherchons et sur les raisons de notre agitation. Aimer une activité ne prouve donc pas qu’elle ne divertit pas.

Ce qui reste : une activité choisie et aimée est-elle encore un divertissement au sens de Pascal ?

Attention — « tout le monde n’est pas d’accord » ou un nom d’auteur sans thèse ne sont pas des objections ; la discussion reste courte et ne quitte pas le texte.

Les pièges

  • La paraphrase : de longues citations suivies de « autrement dit », sans aucune définition.
  • La dissertation déguisée : plan en trois parties, accroche par citation, problématique personnelle.
  • La récitation de cours : des auteurs absents du texte convoqués dès l’introduction.
  • L’avis personnel (« à mon avis, c’est vrai aujourd’hui ») au lieu d’une objection nommée suivie de la réponse du texte.
  • Prêter une formule à la mauvaise source : « nous sommes ce que nous faisons de manière répétée » est de Will Durant résumant Aristote, non d’Aristote.

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