« Séparés » peut signifier être d'une autre nature, ou seulement être distincts sans cesser d'appartenir au même ensemble. La question engage donc à la fois une thèse sur l'homme et une thèse sur ce que l'on nomme nature.
L'homme est-il un être d'exception, arraché à l'ordre naturel par la culture, ou une partie de la nature qui s'imagine à part ?
Le plan en trois parties
La culture semble nous arracher à la nature
- Le propre de l'homme est la perfectibilité : il se transforme là où l'animal répète son espèce.Rousseau, Discours sur l'origine de l'inégalité
- Nous fabriquons un monde durable d'objets qui s'interpose entre nous et le cycle naturel.Arendt, Condition de l'homme moderne
- La science moderne fait de la nature un objet étendu et mesurable, face à un sujet pensant.Descartes, Méditations métaphysiques
Mais nous ne cessons jamais d'appartenir à la nature
- Rien n'échappe à l'ordre des causes : l'homme n'est pas un empire dans un empire.Spinoza, Éthique
- Nos besoins, nos maladies et nos normes vitales nous inscrivent dans le vivant.Canguilhem, Le Normal et le Pathologique
- Le corps propre est notre ancrage : nous percevons le monde du dedans, pas en survol.Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception
La séparation est une construction dont il faut faire l'histoire
- Le grand partage entre nature et culture est une ontologie particulière, non une évidence universelle.Descola, Par-delà nature et culture
- La technique moderne, en traitant la nature comme un stock, produit l'illusion d'un vis-à-vis.Heidegger, La Question de la technique
- Reconnaître notre dépendance engage une responsabilité envers les conditions de la vie.Jonas, Le Principe responsabilité
Dire que nous faisons partie de la nature, est-ce un constat ou déjà un programme politique ?