« Peut-on » recouvre ici une possibilité psychologique et une permission morale : le sujet joue sur ces deux sens. Le bonheur, satisfaction durable de l'existence entière, est en jeu dans son rapport à autrui, que celui-ci soit un obstacle, un moyen ou une condition.
Le bonheur est-il une affaire strictement personnelle, ou le malheur d'autrui l'entame-t-il en fait comme en droit ?
Le plan en trois parties
Le bonheur semble une affaire privée
- Le bonheur dépend de ce qui dépend de nous : nul n'est responsable du sort général.Épictète, Manuel
- La suppression des désirs vains et l'amitié choisie suffisent à l'ataraxie, sans réforme du monde.Épicure, Lettre à Ménécée
- Le bonheur est un idéal de l'imagination, variable selon chacun : il n'a pas de mesure commune.Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs
Mais le malheur d'autrui atteint et accuse mon bonheur
- La pitié est un sentiment naturel qui nous rend le malheur d'autrui immédiatement sensible.Rousseau, Discours sur l'origine de l'inégalité
- Le visage d'autrui m'assigne une responsabilité que ma tranquillité ne peut pas congédier.Levinas, Totalité et Infini
- Un bonheur bâti sur l'exploitation du travail d'autrui repose sur une injustice, non sur un mérite.Marx, Le Capital
Un bonheur lucide inclut le souci des autres
- L'homme est un animal politique : sa vie accomplie se déploie dans une cité, non dans l'isolement.Aristote, Éthique à Nicomaque
- Des institutions justes conditionnent la possibilité pour chacun de mener une vie bonne.Rawls, Théorie de la justice
- La joie partagée augmente la puissance d'agir de chacun : le bonheur d'autrui sert le mien.Spinoza, Éthique
Se rendre malheureux du malheur des autres, est-ce déjà les aider ?