Ressources · 6ᵉ · Philosophie
Le travail
Thème « L’existence humaine et la culture » — notion de la voie générale, programme de Terminale
Le travail
Fiche méthode : dissertation et explication de texte
(Philosophie Terminale · Notion : le travail (voie générale))
La démarche pour tout sujet sur le travail
1. J’analyse les termes. Je dis en quel sens le sujet prend le travail : la peine subie, la production d’un objet, ou l’emploi rémunéré. Je repère aussi le verbe de l’énoncé : « peut-on » interroge la possibilité et la permission, « faut-il » l’obligation.
2. Je formule le problème. Deux réponses défendables s’opposent, souvent la contrainte subie et l’activité qui forme ; je les écris sous la forme d’une question qui les met en tension.
3. Je construis trois moments. Chaque auteur entre pour répondre au précédent, et chaque partie naît d’une difficulté laissée par la précédente.
4. Je conclus. Bilan, réponse explicite au problème, ouverture.
Cas 1 · Problématiser un sujet sur le travail
Réflexe — je cherche ce que l’énoncé tient pour évident, puis la thèse du chapitre qui le contredit.
Exemple. « Le travail n’est-il qu’une contrainte ? »
Le « ne… que » ne demande pas si le travail est contraignant, ce qui est évident, mais si la contrainte épuise sa définition. D’un côté, travailler, c’est d’abord obéir au besoin, au prix d’un effort qu’on n’a pas choisi. De l’autre, Kant fait de cette contrainte une condition de l’humanité : « l’homme est le seul animal qui soit voué au travail », et l’habitude de faire ce qui coûte est la forme première de la liberté.
Problème : le travail se réduit-il à la contrainte que le besoin fait peser sur l’homme, ou porte-t-il une valeur que cette contrainte même rend possible ?
Attention — le repère obligation / contrainte décide du sujet : la contrainte est une force extérieure à laquelle on cède, l’obligation un devoir qu’on reconnaît. Subit-on le travail, ou se l’impose-t-on ?
Cas 2 · Construire le plan
Réflexe — le plan de secours : ce que le travail est en fait, ce qu’il ne peut pas être sans perdre la personne, ce qu’il devient comme institution historique.
Exemple. « Le travail est-il une marchandise comme les autres ? »
I. Le travail s’échange comme une marchandise : sa valeur se fixe sur un marché, et la division du travail en fait un facteur de production (Smith) ; le travail fonde même la propriété, puisque « le travail de son corps et l’ouvrage de ses mains » sont le bien propre de chacun (Locke).
II. Mais ce qui s’échange ne se sépare pas de la personne : vendre sa force de travail, c’est louer un temps de vie, et dans ce travail vendu l’ouvrier « ne s’affirme pas mais se nie » (Marx, Manuscrits de 1844).
III. La valeur accordée au travail est elle-même historique : une éthique religieuse en a fait une vocation, et la contrainte a survécu à la foi (Weber). Le statut du travail relève donc d’une décision collective, que le marché ne règle pas seul.
Attention — le repère abstrait / concret donne la transition de I à II : l’employeur achète une force de travail abstraite, mais c’est un travailleur concret qui la fournit.
1 / 2
Cas 3 · Mobiliser un auteur
Réflexe — thèse exactement attribuée, puis argument, puis exemple analysé, puis limite qui fait avancer le devoir.
Exemple. Utiliser Nietzsche dans une partie qui critique l’éloge du travail.
Thèse : dans Aurore (§ 173, « Les louangeurs du travail »), Nietzsche ne demande pas si le travail est pénible, mais à qui profite son éloge : l’activité du matin au soir, « c’est là la meilleure police ».
Argument : un homme occupé sans relâche consomme sa force nerveuse ; il ne réfléchit ni ne rêve, et l’éloge du travail le tient en bride mieux qu’aucune loi, sans qu’aucun complot l’ait décidé.
Exemple analysé : une journée entièrement réglée n’a besoin d’aucune censure pour que rien d’imprévu n’y soit pensé.
Limite : pour Kant, la discipline du travail est justement ce qui arrache l’homme à la dépendance de ses inclinations. La partie suivante peut partir de là : toute contrainte n’asservit pas, encore faut-il savoir laquelle forme.
Attention — Nietzsche ne fait pas l’éloge de la paresse : il retourne la question, et demande ce qu’un éloge unanime du travail rend impossible.
Cas 4 · Expliquer un texte sur le travail
Réflexe — je dégage la thèse du texte, la thèse qu’il combat, puis j’explique chaque concept dans l’ordre du texte.
Exemple. Simone Weil : « Il faut répéter mouvement après mouvement à une cadence qui, étant plus rapide que la pensée, interdit de laisser cours […] même à la rêverie. »
Thèse : ce n’est pas le travail qui avilit, mais le travail sans pensée : la cadence imposée dépossède l’ouvrier de son attention, donc de lui-même.
Thèse combattue : l’idée que tout travail forme celui qui l’accomplit, quelles que soient ses conditions (on peut la rapprocher de Hegel).
Concepts à expliquer : « cadence » : le rythme vient du dehors et ne laisse aucun intervalle où la pensée pourrait se loger ; « plus rapide que la pensée » : ce n’est pas d’abord la fatigue qui détruit, c’est le temps ; « rêverie » : même le dernier refuge de l’esprit est occupé par un geste qui ne demande pas d’attention.
Attention — Weil parle d’expérience : agrégée de philosophie, elle s’est fait embaucher en 1934 comme ouvrière sur presse. Elle ne conclut pas à la suppression du travail manuel : fait à un rythme qu’on gouverne, il serait au cœur d’une vie spirituelle.
Cas 5 · Éviter les contresens
Réflexe — avant d’écrire une thèse, je vérifie qu’elle ne tombe pas dans le contresens classique sur l’auteur.
Exemple. Trois contresens fréquents.
L’aliénation chez Marx n’est pas la fatigue : c’est un rapport de dépossession, à l’égard du produit, de l’activité, des autres hommes et de soi-même. Elle ne se corrige pas par une prime.
Hegel et Marx ne disent pas la même chose : Hegel décrit une formation de la conscience, Marx une puissance humaine que l’organisation capitaliste retourne contre celui qui l’exerce.
Smith n’est pas un simple apologiste de la division du travail : au livre V, il reconnaît que l’homme qui répète toute sa vie quelques opérations simples devient « aussi stupide et aussi ignorant qu’il soit possible à une créature humaine de le devenir ».
Les pièges
- Discuter les trois sens du travail à la fois sans le savoir : la peine, la production et l’emploi ne se recouvrent pas.
- Appeler « travail » toute activité : il y manque parfois la contrainte et la production, et Arendt distingue le travail de l’œuvre et de l’action.
- Présenter la valeur travail comme universelle : Weber montre qu’elle est un héritage daté, et savoir d’où elle vient permet de demander si nous devons la garder.
- Chercher la notion de travail en voie technologique : elle n’y figure pas.
Ce document est la propriété intellectuelle de Ben, professeur particulier (benprofparticulier.fr), protégée par le Code de la propriété intellectuelle (art. L. 111-1 et L. 122-4). Il est mis à disposition pour un usage personnel de révision. Toute reproduction, diffusion, mise en ligne ou revente, totale ou partielle, sans autorisation écrite est interdite et constitue une contrefaçon (art. L. 335-2).
2 / 2
Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.
Soutien scolaire à Marseille · Cours particuliers au collège · Aide aux devoirs