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La technique
Thème « L’existence humaine et la culture » — programme de Terminale, voies générale et technologique
À propos de cette page
La technique : de l'outil au système technicien
Le mythe de Prométhée, raconté dans le Protagoras, donne la définition la plus ancienne : l'homme naît « nu, sans chaussures, sans couvertures, sans armes », et la technique compense ce défaut originel. Elle n'est pas un luxe ajouté à une nature complète, mais la condition de survie d'un vivant sans milieu propre. Bergson traduit cette intuition dans le vocabulaire de la biologie : l'intelligence est « la faculté de fabriquer des objets artificiels, en particulier des outils à faire des outils » — d'où le nom d'homo faber, que l'espèce mériterait mieux que celui d'homo sapiens.
Encore faut-il ne pas réduire la technique aux objets. André Leroi-Gourhan rappelle que l'outil n'existe que dans le geste qui le rend efficace : un biface sans la chaîne opératoire qui le manie n'est qu'un caillou. La technique est donc d'abord une extériorisation de la mémoire et du geste, prolongée par l'écriture puis par la machine.
| Degré | Qui porte l'initiative | Exemple |
|---|---|---|
| Outil | La main, qui fournit l'énergie et la direction | Le marteau, la houe |
| Machine | Une énergie extérieure ; l'homme surveille et alimente | Le métier à tisser mécanique |
| Automate | Le dispositif, qui corrige lui-même son fonctionnement | Le thermostat, la chaîne robotisée |
Jacques Ellul soutient que cet enchaînement a changé de nature au XXe siècle : les techniques ne forment plus une collection de moyens, mais un système qui constitue notre milieu et n'obéit qu'à son propre critère, l'efficacité. Gilbert Simondon répond que le mal vient moins des machines que de notre ignorance : « la culture s'est constituée en système de défense contre les techniques », et l'on ne domine pas ce qu'on refuse de comprendre. La vraie réponse à l'aliénation technique serait donc une culture technique.
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Maîtriser la nature ou l'arraisonner ? Descartes contre Heidegger
Le projet moderne se formule en deux phrases. Bacon : « on ne peut commander à la nature qu'en lui obéissant » — la connaissance des lois est la condition de la puissance. Descartes, dans la sixième partie du Discours de la méthode, annonce une science pratique qui nous rendrait « comme maîtres et possesseurs de la nature ». Le mot comme est capital : Descartes ne promet pas une souveraineté absolue, mais une maîtrise limitée, subordonnée à la santé et au bien commun.
Heidegger conteste le sens même de ce projet. « L'essence de la technique n'est absolument rien de technique » : la technique moderne n'est pas un ensemble d'outils plus puissants, c'est une manière de dévoiler le réel qui le somme de se livrer comme fonds disponible. Le vieux moulin à vent se livrait au vent sans en stocker l'énergie ; la centrale hydroélectrique, elle, transforme le fleuve en réserve d'énergie, et le Rhin devient l'appareil d'un paysage à touristes. C'est ce qu'il nomme l'arraisonnement : le danger n'est pas que les machines nous échappent, c'est que nous ne puissions plus rien rencontrer autrement que comme ressource — y compris nous-mêmes, devenus « ressources humaines ».
Hans Jonas tire la conséquence pratique. Parce que la technique donne désormais à nos actes une portée irréversible et planétaire, l'éthique du prochain ne suffit plus ; il faut un impératif nouveau : « agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d'une vie authentiquement humaine sur terre ». À l'optimisme du progrès, il oppose une heuristique de la peur : dans le doute, donner l'avantage au pronostic le plus sombre.
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L'homme dépassé par ses machines ? Honte prométhéenne et responsabilité
L'automate, dernier degré du tableau qui va de l'outil à la machine, pose une question que l'outil ne posait pas : celle d'une puissance qui dépasse ceux qui l'ont conçue.
Günther Anders décrit le versant psychologique de l'automatisation avec la honte prométhéenne : devant la perfection de ses propres produits, l'homme a honte d'être né plutôt que fabriqué, imparfait, mortel, lent. Bergson, plus sobrement, constatait déjà que le corps de l'humanité s'était démesurément agrandi, et que « le corps agrandi attend un supplément d'âme ».
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Les pièges qui coûtent des points au bac
• Confondre technique et technologie : la technologie est le discours sur les techniques, la science des procédés ; parler de « la technologie » quand le sujet dit « la technique » fait perdre le programme de vue.
• Faire de Descartes un apprenti sorcier : il écrit « comme maîtres et possesseurs », et son but déclaré est la médecine, non la domination.
• Juger la technique neutre puis s'arrêter là : « ce n'est pas la technique, c'est l'usage » est un début de réflexion, pas une conclusion — Heidegger et Ellul existent précisément pour contester cette neutralité.
• Oublier le verbe du sujet : « peut-on » interroge la possibilité et la permission, « faut-il » l'obligation, « suffit-il » la condition suffisante. Le plan dépend de ce verbe.
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- Technique : compensation d'un défaut de nature (Platon), faculté de faire des outils à faire des outils (Bergson), système autonome (Ellul), objet à comprendre plutôt qu'à craindre (Simondon).
- Descartes : « comme maîtres et possesseurs de la nature » ; Heidegger : la technique arraisonne le réel en fonds disponible ; Jonas : nouvelle éthique pour une puissance irréversible.
- Anders : devant la perfection de ses produits, l'homme éprouve une « honte prométhéenne » ; Bergson : « le corps agrandi attend un supplément d'âme ».
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la technique en philosophie ?
C’est l’ensemble des procédés réglés et transmissibles, et des objets qui les incorporent, par lesquels l’homme agit efficacement sur le réel. Le mythe de Prométhée, dans le Protagoras de Platon, en donne la définition la plus ancienne : l’homme naît « nu, sans chaussures, sans couvertures, sans armes », et la technique compense ce défaut. Bergson en fait le propre de l’intelligence, d’où le nom d’homo faber.
Quelle différence entre un outil, une machine et un automate ?
Avec l’outil, la main fournit l’énergie et la direction, comme pour le marteau. Avec la machine, l’énergie vient de l’extérieur et l’homme se borne à surveiller et alimenter, comme pour le métier à tisser mécanique. L’automate corrige lui-même son fonctionnement, comme le thermostat ; Ellul soutient qu’au XXe siècle l’enchaînement des techniques est devenu un système qui constitue notre milieu.
Que veut dire Descartes par « maîtres et possesseurs de la nature » ?
Dans la sixième partie du Discours de la méthode, Descartes annonce une science pratique qui nous rendrait « comme maîtres et possesseurs de la nature ». Le mot « comme » marque une comparaison et une limite, non une souveraineté absolue, et le but déclaré est la conservation de la santé. Heidegger conteste le projet lui-même : la technique moderne arraisonne le réel, le somme de se livrer comme fonds disponible.
Qu’est-ce que la honte prométhéenne ?
Günther Anders nomme ainsi la honte qui s’empare de l’homme devant la perfection des choses qu’il a lui-même fabriquées : il a honte d’être né plutôt que fabriqué, imparfait, mortel, lent. Bergson constatait déjà que le corps de l’humanité s’était démesurément agrandi, et que « le corps agrandi attend un supplément d’âme ». La question posée est celle d’une puissance qui dépasse ceux qui l’ont conçue.
Quelle différence entre technique et technologie ?
La technologie est le discours sur les techniques, la science des procédés ; la technique est l’ensemble des procédés eux-mêmes. Parler de « la technologie » quand le sujet dit « la technique » fait perdre le programme de vue. La technique est l’une des sept notions de la voie technologique, où l’on attend des exemples concrets : outils, objets connectés, machines de production.
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