Un devoir est une obligation morale, alors que la mémoire est d’abord une faculté qui s’exerce spontanément : on ne commande pas à un souvenir. Le sujet interroge donc la possibilité et la légitimité d’une injonction portant sur le rapport collectif au passé.
Peut-on être moralement obligé de se souvenir, et qui pourrait légitimement prescrire ce souvenir ?
Le plan en trois parties
Oui : certaines mémoires sont dues, parce que les victimes ont droit à n’être pas effacées
- Le rescapé écrit pour ceux qui n’ont pas pu témoigner : la transmission répond à une dette envers les morts.Primo Levi, Si c’est un homme
- Les lieux de mémoire institués manifestent qu’une société se reconnaît obligée à l’égard de son passé.Pierre Nora, Les lieux de mémoire
- Faire échec au totalitarisme suppose de maintenir vivant le souvenir de ce qu’il a rendu possible.Arendt, Les origines du totalitarisme
Mais un devoir de mémoire peut devenir une contrainte stérile, voire une falsification
- Une mémoire imposée, monumentale, paralyse la vie au lieu de l’instruire.Nietzsche, Seconde considération inactuelle
- La commémoration officielle fige une version du passé et écarte les mémoires concurrentes.Halbwachs, La mémoire collective
- Le progrès célébré par les récits publics peut masquer les ruines qu’il accumule.Walter Benjamin, Thèses sur le concept d’histoire
Le devoir n’est pas de se souvenir, mais de rendre justice au passé
- Le devoir de mémoire se laisse mieux formuler comme un devoir de justice envers ce qui a eu lieu.Ricœur, La mémoire, l’histoire, l’oubli
- L’histoire critique, parce qu’elle établit les faits, est la condition d’une mémoire qui oblige sans mentir.Hegel, La raison dans l’histoire
- Le pardon, qui suppose la reconnaissance des faits, libère l’avenir sans effacer ce qui fut commis.Arendt, Condition de l’homme moderne
Une loi peut-elle prescrire ce que l’on doit se rappeler sans se substituer au travail de l’historien ?