L'existence humaine face à la temporalité : permanence, changement et identité personnelle (Terminale, L'existence humaine et la culture)
À propos de cette page
Ce lexique sur « Le temps et la mémoire » en terminale donne les définitions précises dont on a besoin au bac : chaque terme avec ses synonymes, ses antonymes et les distinctions à ne pas manquer. Au programme : Qu'est-ce que le temps ? Le nombre du mouvement ou la forme de l'esprit, Le paradoxe augustinien : trois temps qui n'existent pas, Temps mesuré et durée vécue : Bergson contre la spatialisation, La mémoire : conserver, reconstruire, oublier. Le sens de chaque mot est repris selon l'époque et selon le point de vue des philosophes, parce qu'une définition bien posée ouvre une partie de dissertation. Les repères du programme (légal/légitime, en fait/en droit…) sont expliqués avec l'usage qu'on en fait dans une copie. Lexique gratuit rédigé par un professeur particulier à Marseille pour les élèves de terminale.
Temps
Milieu ordonné et irréversible dans lequel les événements se succèdent, et condition de tout changement ; selon les doctrines, propriété du mouvement ou forme de la sensibilité.
Synonymes
Temporalité — désigne la structure du temps vécu par un sujet, non le temps mesuré par une horloge
Devenir — insiste sur le changement lui-même, alors que le temps est ce dans quoi il se compte
Antonymes
Éternité — n'est pas un temps infiniment long mais l'absence de succession
Instant — s'oppose au temps comme la limite au continu, non comme le faux au vrai
À ne pas confondre
Durée — le temps se compte et se divise, la durée se vit et ne se divise pas sans se dénaturer
Espace — on peut revenir en un même lieu, jamais en un même moment : l'espace est réversible, le temps non
Selon l'époque et le point de vue — Grecs : le temps est cosmique, réglé par la révolution des astres, image mobile de l'éternité (Platon) et nombre du mouvement (Aristote) · Augustin : il se replie dans l'âme qui le mesure · Newton : temps absolu, vrai et mathématique, s'écoulant uniformément · Kant : forme a priori du sens interne · Einstein : le temps dépend du référentiel, il n'y a pas de simultanéité absolue · usage courant : ce qui « passe » et « manque ».
Ce que le mot permet d'écrire — Ouvrir n'importe quel sujet en demandant de quel temps il s'agit : le temps physique, le temps vécu, le temps historique ou le temps de l'existence. Ce partage tient lieu de première distinction sur la quasi-totalité des énoncés de la notion.
Durée
Le temps tel qu'il est éprouvé par une conscience : une succession qualitative dont les moments se pénètrent au lieu de se juxtaposer.
Synonymes
Temps vécu — formulation phénoménologique du même contenu, mais sans la thèse bergsonienne de la création
Antonymes
Temps mesuré — homogène et divisible, alors que la durée est hétérogène et continue
Instantanéité — supprime l'épaisseur qui fait justement la durée
À ne pas confondre
Longueur — la longueur est spatiale : dire qu'une heure est « longue » revient déjà à spatialiser le temps
Selon l'époque et le point de vue — Le mot désigne d'abord, chez les scolastiques et chez Descartes, la persistance d'un être dans l'existence · Bergson en fait en 1889 le concept central de sa philosophie, contre le temps des horloges · Bachelard le conteste au nom de l'instant · aujourd'hui « durée » est redevenu un simple synonyme de laps de temps.
Ce que le mot permet d'écrire — Indispensable dès qu'un sujet oppose le temps de la science et le temps du sujet. Permet d'écrire : « en un premier sens, le temps se mesure ; en un autre sens, il se vit, et ce second sens n'est pas réductible au premier ».
Instant
Limite sans épaisseur entre le passé et l'avenir ; point du temps qui n'a pas de durée propre.
Synonymes
Moment — usage plus lâche : un moment peut durer, l'instant non
Antonymes
Durée — l'instant est ponctuel, la durée continue ; c'est tout le débat Bergson-Bachelard
À ne pas confondre
Présent — le présent est vécu et comporte rétention et protention ; l'instant est une abstraction de la mesure
Selon l'époque et le point de vue — Aristote : l'instant est au temps ce que le point est à la ligne, il le divise sans en être une partie · Augustin y voit le seul temps qui « est », mais sans épaisseur · Kierkegaard en fait le moment de la décision et du saut · Bachelard, en 1932, en fait la seule réalité du temps.
Ce que le mot permet d'écrire — Arme décisive sur « Le présent existe-t-il ? » ou « Faut-il vivre l'instant présent ? » : montrer que l'éloge de l'instant suppose une conception du temps discontinue, qui n'a rien d'évident.
Présent
Le moment actuel, seul temps où quelque chose se donne effectivement, mais dont l'analyse révèle qu'il enveloppe déjà du passé retenu et de l'avenir anticipé.
Synonymes
Actualité — insiste sur l'effectivité, non sur la position temporelle
Antonymes
Passé — n'est plus, mais continue d'agir par la mémoire
Avenir — n'est pas encore, mais oriente déjà l'action par l'attente
À ne pas confondre
Présence — la présence est un mode d'être donné à la perception ; le présent est une position dans la succession
Selon l'époque et le point de vue — Stoïciens : seul le présent nous appartient, le reste n'est plus ou n'est pas encore · Augustin : trois présents, du passé, du présent et de l'avenir · Husserl : le présent vivant comporte rétention et protention · développement personnel contemporain : « vivre l'instant présent », souvent coupé de toute analyse.
Ce que le mot permet d'écrire — Permet de refuser le sujet mal posé : on ne choisit pas entre vivre au présent et se souvenir, puisque le présent lui-même est fait de rétention et d'attente.
Éternité
Mode d'être sans succession ni changement, et non durée infiniment longue.
Synonymes
Intemporalité — neutre, sans la connotation religieuse ou métaphysique de l'éternité
Sempiternité — désigne au contraire une durée sans fin, donc toujours dans le temps
Antonymes
Temporalité — être temporel, c'est être exposé au changement et à la perte
À ne pas confondre
Immortalité — l'immortalité prolonge le temps sans fin, l'éternité en sort
Selon l'époque et le point de vue — Platon : les Idées sont éternelles, le temps sensible n'en est que l'image mobile · théologie médiévale : Dieu est éternel, l'homme temporel · Spinoza : « sentir et éprouver que nous sommes éternels » désigne la connaissance du troisième genre, non une survie · aujourd'hui, l'éternité est surtout invoquée pour parler des œuvres d'art.
Ce que le mot permet d'écrire — Décisif sur « L'art échappe-t-il au temps ? » : distinguer l'œuvre qui dure matériellement, celle qui reste actuelle pour des publics successifs, et une éternité au sens strict qu'aucune œuvre ne peut atteindre.
Devenir
Le changement considéré comme tel : le passage continuel d'un état à un autre, qui interdit de dire d'une chose qu'elle est, sinon en train de cesser d'être ce qu'elle était.
Synonymes
Changement — peut être ponctuel, alors que le devenir désigne un processus sans terme
Antonymes
Être — au sens de la permanence parménidienne : ce qui est ne devient pas
Permanence — ce qui subsiste à travers le changement, comme la substance
À ne pas confondre
Progrès — le devenir n'a pas de direction de valeur ; le progrès en suppose une
Selon l'époque et le point de vue — Héraclite : tout coule, on ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve · Parménide s'y oppose : l'être est, le non-être n'est pas · Aristote sauve le devenir par la puissance et l'acte · Hegel en fait le mouvement même du réel · Nietzsche veut qu'on dise oui au devenir sans lui chercher d'arrière-monde.
Ce que le mot permet d'écrire — Utile pour éviter la platitude « le temps passe » : le vrai problème est de savoir ce qui reste identique dans le changement, donc ce qui permet encore de parler d'une même chose ou d'une même personne.
Irréversibilité
Caractère de ce qui, une fois advenu, ne peut être défait ni recommencé à l'identique.
Synonymes
Irrémédiable — ajoute l'idée de dommage, alors que l'irréversible est neutre
Irrévocable — s'applique à une décision, l'irréversible à un processus
Antonymes
Réversibilité — vraie des équations de la mécanique, fausse de la vie vécue
Répétition — reproduit une forme, jamais l'événement lui-même
À ne pas confondre
Fatalité — l'irréversible porte sur ce qui a eu lieu, la fatalité prétend régler ce qui aura lieu
Selon l'époque et le point de vue — Antiquité : même les dieux ne peuvent faire que ce qui fut n'ait pas été (Agathon, cité par Aristote) · thermodynamique du XIXe siècle : l'entropie donne une flèche au temps physique · Jankélévitch en fait le cœur de la condition temporelle · Arendt y oppose le pardon comme remède humain.
Ce que le mot permet d'écrire — Le levier sur tous les sujets de regret, de pardon ou de nostalgie : si le passé est irréversible, seule sa signification reste modifiable, jamais son existence.
Mémoire
Faculté par laquelle un être conserve, évoque et reconnaît comme passé ce qu'il a vécu ou appris.
Synonymes
Rétention — terme technique de Husserl : la tenue du tout juste passé dans le présent, pas l'évocation d'un lointain
Remémoration — désigne l'acte de rappeler, non la faculté qui le rend possible
Antonymes
Oubli — n'est pas seulement le contraire de la mémoire, il en est la condition de fonctionnement
Amnésie — pathologie de la faculté, non exercice normal de l'oubli
À ne pas confondre
Souvenir — la mémoire est la faculté, le souvenir son contenu singulier
Imagination — toutes deux produisent des images, mais la mémoire les pose comme ayant eu lieu
Selon l'époque et le point de vue — Platon : la mémoire est réminiscence d'un savoir antérieur · Aristote en fait une affection liée au temps, propre aux animaux qui perçoivent la durée · Locke y fonde l'identité personnelle · Bergson distingue mémoire-habitude et souvenir pur · neurosciences contemporaines : la mémoire est plurielle (épisodique, sémantique, procédurale) et reconstructive.
Ce que le mot permet d'écrire — Poser d'emblée l'alternative conservation / reconstruction : c'est elle qui structure toute dissertation sur la fidélité de la mémoire et sur le témoignage.
Souvenir
Représentation d'un événement passé, reconnue comme mienne et située dans le temps.
Synonymes
Réminiscence — un souvenir qui revient sans être cherché, et souvent sans être reconnu comme tel
Antonymes
Anticipation — vise l'avenir avec le même matériau d'images
À ne pas confondre
Trace — la trace est matérielle et présente ; le souvenir est un acte qui l'interprète comme signe d'un passé
Fiction — le souvenir prétend au vrai ; c'est pourquoi un faux souvenir est un problème, une fiction non
Selon l'époque et le point de vue — Aristote : le souvenir est l'image accompagnée de la conscience du temps écoulé · Proust : le souvenir volontaire est sec, le souvenir involontaire restitue le passé « en son essence » · Freud : les souvenirs-écrans masquent ce qu'ils semblent livrer · psychologie expérimentale : le souvenir se reconstruit à chaque rappel et peut être induit.
Ce que le mot permet d'écrire — Sert à distinguer fidélité et vérité : un souvenir sincère peut être faux, ce qui ouvre le partage entre la mémoire du témoin et l'enquête de l'historien.
Oubli
Perte ou indisponibilité d'un souvenir ; par extension, fonction qui trie ce qui n'a plus à servir.
Synonymes
Effacement — suppose une disparition définitive, alors que l'oubli peut n'être qu'une indisponibilité
Antonymes
Commémoration — acte public et volontaire, là où l'oubli est le plus souvent subi
À ne pas confondre
Refoulement — chez Freud, le contenu n'est pas perdu mais maintenu hors conscience, et il agit encore
Pardon — pardonner n'est pas oublier : on ne pardonne bien que ce dont on se souvient exactement
Selon l'époque et le point de vue — Grecs : le Léthé, fleuve de l'oubli, et l'amnistie d'Athènes en 403 av. J.-C., interdiction de « rappeler les malheurs » · Nietzsche : force plastique, condition du bonheur et de l'action · Ricœur : l'oubli de réserve n'est pas l'effacement, c'est la ressource d'une mémoire possible · droit contemporain : prescription, droit à l'oubli numérique.
Ce que le mot permet d'écrire — Empêche l'éloge naïf de la mémoire : sur « Faut-il tout garder en mémoire ? », l'oubli fournit à lui seul l'antithèse, avec Nietzsche et l'amnistie comme appuis.
Réminiscence
Chez Platon, ressouvenir d'un savoir que l'âme possédait avant la naissance ; en général, retour spontané d'un souvenir ancien.
Synonymes
Anamnèse — terme grec, réservé à la doctrine platonicienne et à son usage religieux
Antonymes
Apprentissage — suppose l'acquisition d'un contenu nouveau, que la réminiscence nie
À ne pas confondre
Souvenir ordinaire — la réminiscence platonicienne porte sur des vérités éternelles, non sur un fait vécu
Selon l'époque et le point de vue — Platon, dans le Ménon, fait retrouver à un esclave une propriété géométrique par le seul questionnement · Aristote sépare mémoire et réminiscence, qui est une recherche active · l'âge classique traduit le problème en innéisme (Descartes, Leibniz) contre l'empirisme de Locke.
Ce que le mot permet d'écrire — Sert à montrer que la mémoire n'est pas qu'un magasin : elle peut être présentée comme condition du savoir, ce qui donne une thèse forte sur « Apprendre, est-ce se souvenir ? ».
Histoire
Double sens : la suite des événements humains, et la connaissance méthodique qu'on en produit à partir de documents.
Synonymes
Historiographie — désigne uniquement l'écriture de l'histoire, jamais les événements
Antonymes
Mythe — raconte une origine sans preuve, là où l'histoire s'expose à la réfutation
À ne pas confondre
Mémoire — la mémoire est fidèle et plurielle, l'histoire vise le vrai et se révise
Passé — le passé a eu lieu, l'histoire est le discours qui le reconstruit
Selon l'époque et le point de vue — Hérodote et Thucydide : enquête et témoignage · Hegel : l'histoire universelle est le progrès dans la conscience de la liberté · école des Annales au XXe siècle : histoire des structures et des temps longs contre l'histoire-bataille · Nora : l'histoire succède à une mémoire qui s'est éteinte.
Ce que le mot permet d'écrire — Central sur « La connaissance de l'histoire est-elle utile à l'action présente ? » : distinguer le savoir historique, la leçon morale et l'usage politique du passé.
Identité personnelle
Le fait, pour un sujet, d'être reconnu comme le même à travers le changement et la succession de ses états.
Synonymes
Ipséité — chez Ricœur, le maintien de soi dans la promesse, sans permanence d'une substance
Antonymes
Altérité — n'est pas seulement l'autre que moi, mais aussi l'autre que je suis devenu
À ne pas confondre
Identité numérique (mêmeté) — être un seul et même être, quand l'ipséité est répondre de soi
Personnalité — ensemble de traits observables, alors que l'identité pose une question d'être
Selon l'époque et le point de vue — Locke fonde l'identité sur la conscience et la mémoire · Hume la dissout en un faisceau de perceptions · Kant en fait l'unité formelle du « je pense » · Bergson la loge dans la durée continue · Ricœur la reformule comme identité narrative, tissée du récit que nous faisons de nous.
Ce que le mot permet d'écrire — Le cœur des sujets « Suis-je ce que mon passé a fait de moi ? » : opposer l'identité comme fait constatable et l'identité comme engagement tenu.
Nostalgie
Souffrance mêlée de douceur causée par le sentiment de l'irrévocable : non le regret d'un lieu, mais celui d'un temps perdu.
Synonymes
Regret — porte sur un objet précis qu'on aurait pu garder ; la nostalgie porte sur le passage lui-même
Antonymes
Espérance — même structure affective, tournée vers l'avenir
À ne pas confondre
Mélancolie — état durable sans objet assignable, alors que la nostalgie sait ce qu'elle a perdu
Selon l'époque et le point de vue — Le mot est forgé en 1688 par le médecin Hofer pour un mal des soldats suisses éloignés de leur pays · le romantisme en fait un sentiment esthétique majeur · Jankélévitch montre en 1974 que le nostalgique qui revient au pays découvre que ce n'est pas l'espace mais le temps qui lui manque.
Ce que le mot permet d'écrire — Bon exemple pour l'antithèse des sujets sur le passé : la nostalgie prouve que le passé continue d'agir, et qu'on peut se rendre malade d'un temps qu'on ne peut plus rejoindre.
Devoir de mémoire
Obligation morale et politique de conserver et de transmettre le souvenir de crimes de masse, envers les victimes et pour l'avertissement des vivants.
Synonymes
Travail de mémoire — expression de Ricœur, qui insiste sur un processus critique plutôt que sur une injonction
Antonymes
Amnistie — décision juridique d'effacer l'infraction, qui n'oblige nullement à oublier les faits
À ne pas confondre
Commémoration — rituel public, qui peut satisfaire à peu de frais un devoir dont il détourne
Selon l'époque et le point de vue — L'expression s'impose en France dans les années 1990, autour du procès Papon et de la reconnaissance de la responsabilité de l'État dans la déportation · Primo Levi en donnait déjà le principe en 1947 · Ricœur met en garde, dès 2000, contre les abus de mémoire et plaide pour « une politique de la juste mémoire ».
Ce que le mot permet d'écrire — Permet une troisième partie solide sur les sujets de mémoire collective : reconnaître l'obligation, puis montrer qu'elle ne dispense pas du travail de l'historien et qu'elle peut être instrumentalisée.
Les repères du programme
Ces couples de mots sont les outils qui font les plans : savoir les employer vaut mieux que connaître un auteur de plus.
Objectif / subjectif
Est objectif ce qui vaut indépendamment du sujet qui le perçoit ; subjectif, ce qui dépend de ses conditions de perception ou de ses affects.
Ce qu'il débloque — Il débloque tous les sujets sur la nature du temps, à condition de refuser l'équation naïve subjectif = illusoire.
Exemple — Sur « Le temps m'appartient-il ? », il permet de séparer le temps mesuré par l'horloge, identique pour tous, et la durée vécue, qui varie selon l'attente ou le plaisir, sans que la seconde soit fausse.
Absolu / relatif
Est absolu ce qui existe par soi, sans rapport à autre chose ; relatif, ce qui n'existe que dans un rapport.
Ce qu'il débloque — Il tranche le débat physique sur le temps et empêche de confondre relatif et arbitraire.
Exemple — Sur « Le temps est-il une illusion ? », il permet d'opposer le temps absolu de Newton, s'écoulant uniformément, au temps relatif à un référentiel chez Einstein, sans en conclure que chacun aurait « son » temps à sa guise.
Contingent / nécessaire
Est contingent ce qui est mais aurait pu ne pas être ; nécessaire, ce qui ne peut pas ne pas être.
Ce qu'il débloque — Il permet de traiter l'irréversible sans glisser au fatalisme.
Exemple — Sur « A-t-on à se libérer du passé ? », il permet de dire que l'événement passé était contingent quand il a eu lieu, mais qu'il est devenu nécessaire une fois advenu : c'est son sens, non son existence, qui reste à décider.
Origine / fondement
L'origine est le commencement dans le temps ; le fondement est ce qui justifie en droit, indépendamment de toute date.
Ce qu'il débloque — Il évite la faute qui consiste à expliquer une valeur par son histoire.
Exemple — Sur « Le passé fait-il de nous ce que nous sommes ? », il permet de distinguer l'origine d'une conduite, que la mémoire ou la psychanalyse éclairent, et son fondement, c'est-à-dire ce qui peut la justifier aujourd'hui.
En acte / en puissance
Est en acte ce qui est pleinement réalisé ; en puissance, ce qui peut le devenir sans l'être encore.
Ce qu'il débloque — C'est l'outil aristotélicien qui rend le changement pensable, donc la notion de temps elle-même.
Exemple — Sur « Le devenir est-il intelligible ? », il permet de répondre à Parménide : le gland n'est pas un chêne, mais il l'est en puissance, et le temps est la mesure du passage de l'un à l'autre.
Identité / égalité / différence
L'identité est le fait d'être un seul et même être ; l'égalité un rapport de quantité ou de droit ; la différence, ce qui distingue sans empêcher d'être le même.
Ce qu'il débloque — Il est indispensable dès que le sujet porte sur la permanence d'une personne à travers le temps.
Exemple — Sur « Suis-je le même qu'il y a dix ans ? », il permet de montrer que toutes mes qualités ont changé (différence) sans que cela entame le fait d'être un seul et même sujet, qui répond encore de ses actes (identité).
Essentiel / accidentel
Est essentiel ce sans quoi une chose cesserait d'être ce qu'elle est ; accidentel, ce qui peut changer sans l'affecter.
Ce qu'il débloque — Il permet de trier, dans une vie ou dans une mémoire, ce qui compte et ce qui n'est qu'anecdote.
Exemple — Sur « Faut-il tout garder en mémoire ? », il justifie l'oubli : une mémoire totale, incapable de séparer l'essentiel de l'accidentel, paralyserait l'action, comme le montre Nietzsche.
Universel / particulier
Est universel ce qui vaut pour tous les cas ; particulier, ce qui ne vaut que pour certains.
Ce qu'il débloque — Il sépare l'histoire, qui vise une vérité valable pour tous, et la mémoire, toujours celle d'un groupe.
Exemple — Sur « Y a-t-il un devoir de mémoire ? », il permet d'opposer les mémoires particulières, légitimes mais concurrentes, et l'exigence universelle de vérité que seule l'enquête historique peut porter.
Bloqué sur ce chapitre ?
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