« Le même » peut signifier identique numériquement, comme un objet qui persiste, ou identique qualitativement, comme un caractère inchangé. Le sujet oppose l’évidence vécue d’être soi et le fait qu’aucune de mes qualités, corporelles ou psychiques, ne soit restée la même.
Qu’est-ce qui fait que je demeure le même à travers un changement qui n’épargne rien de ce que je suis ?
Le plan en trois parties
Rien en moi ne demeure : le changement est total
- Le moi n’est qu’un faisceau de perceptions qui se succèdent : aucune impression constante n’y correspond.Hume, Traité de la nature humaine
- Aucune substance ne se maintient par sa propre force d’un instant à l’autre.Descartes, Méditations métaphysiques
- Vivre, c’est changer sans cesse : la durée ne laisse rien identique à soi.Bergson, L’Évolution créatrice
Pourtant je me reconnais : la mémoire assure la continuité du sujet
- L’identité personnelle s’étend aussi loin que la conscience peut remonter dans ses actions passées.Locke, Essai sur l’entendement humain
- Le passé se conserve tout entier et pèse dans chaque décision : je suis l’ensemble de mon histoire.Bergson, Matière et mémoire
- Même ce que j’ai oublié continue d’agir en moi : l’identité inclut ce dont je ne me souviens pas.Freud, Études sur l’hystérie
Je ne suis pas le même par substance mais par fidélité : l’identité se tient, elle ne se constate pas
- L’identité narrative n’est pas la permanence d’une chose mais la cohérence d’un récit que l’on reprend.Ricœur, Soi-même comme un autre
- Tenir une promesse, c’est se rendre identique à soi dans l’avenir : l’identité est un engagement.Arendt, Condition de l’homme moderne
- L’existence précède l’essence : je ne suis pas le même, je me fais le même en assumant ce que j’ai été.Sartre, L’existentialisme est un humanisme
Si l’identité tient à une promesse plutôt qu’à une substance, que devient celui qui ne peut plus se souvenir de l’avoir faite ?