Le présent se définit comme ce qui est maintenant, mais dès qu’on le saisit il est déjà passé, ce qui menace sa consistance. La question oppose l’évidence vécue du présent et son impossibilité logique comme point sans épaisseur.
Le présent est-il l’unique temps réel, ou une limite insaisissable entre deux non-êtres ?
Le plan en trois parties
Le présent semble le seul temps réel : le passé n’est plus, l’avenir n’est pas encore
- Le passé n’est plus et l’avenir n’est pas encore : seul l’instant présent peut prétendre à l’existence.Augustin, Confessions, XI
- Nous ne possédons que l’instant : perdre le présent, c’est perdre tout ce que nous avons.Marc Aurèle, Pensées pour moi-même
- La sagesse consiste à jouir du présent plutôt que d’attendre un bonheur toujours différé.Épicure, Lettre à Ménécée
Mais un présent sans épaisseur n’existe pas davantage que le reste
- Si l’instant est un point sans durée, il ne peut rien contenir : le présent s’évanouit dès qu’on le mesure.Aristote, Physique, IV
- Nous ne tenons jamais le présent : notre pensée l’a toujours déjà quitté pour le souvenir ou l’espérance.Pascal, Pensées
- Aucune substance ne dure d’elle-même d’un instant à l’autre : la continuité demande une cause extérieure.Descartes, Méditations métaphysiques
Le présent existe comme épaisseur vécue, tissée de rétention et d’attente
- Il y a trois présents dans l’âme : le présent du passé, le présent du présent, le présent de l’avenir.Augustin, Confessions, XI
- La conscience retient ce qui vient de s’écouler et anticipe ce qui vient : le maintenant a une largeur.Husserl, Leçons pour une phénoménologie de la conscience intime du temps
- La mélodie prouve l’épaisseur du présent : entendre une phrase musicale, c’est tenir ensemble ce qui se succède.Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience
Si le présent n’a d’épaisseur que dans une conscience, faut-il dire que le temps passe, ou que nous passons ?