La fidélité suppose une correspondance entre le souvenir et ce qui a eu lieu, donc un modèle auquel se conformer. Or le passé n’est plus accessible que par la mémoire elle-même, ce qui rend la vérification impossible de l’intérieur.
Le souvenir est-il la reproduction du passé, ou sa reconstruction par un présent qui a ses propres intérêts ?
Le plan en trois parties
La mémoire prétend rendre présent ce qui a eu lieu : c’est sa vocation
- Le souvenir pur conserve intégralement le passé, que la perception présente vient seulement actualiser.Bergson, Matière et mémoire
- Le passé subsiste dans l’âme comme présent du passé : c’est en elle qu’on le mesure et le retrouve.Augustin, Confessions, XI
- La mémoire involontaire restitue une sensation ancienne avec une vivacité que le récit volontaire n’atteint pas.Proust, Du côté de chez Swann
Mais elle déforme : elle sélectionne, arrange et obéit à des cadres qui lui sont extérieurs
- Nos souvenirs sont reconstruits dans des cadres sociaux : nous nous rappelons avec et par les groupes auxquels nous appartenons.Halbwachs, Les cadres sociaux de la mémoire
- Le refoulement écarte de la conscience ce qui la menace : la mémoire est déjà un tri motivé.Freud, Études sur l’hystérie
- Les commémorations construisent des lieux de mémoire qui fixent une version du passé plus qu’ils ne le restituent.Pierre Nora, Les lieux de mémoire
La fidélité de la mémoire est une tâche, garantie par la critique historique et le témoignage
- La mémoire vise la vérité du passé sans la posséder : la fidélité est une visée, corrigée par l’histoire.Ricœur, La mémoire, l’histoire, l’oubli
- Le témoin sait sa mémoire faillible et c’est pourquoi il en écrit les conditions : la lucidité fait la fiabilité.Primo Levi, Les naufragés et les rescapés
- Aucune mémoire ne conserve tout : l’oubli fait partie du travail par lequel un passé devient racontable.Nietzsche, Seconde considération inactuelle
Une mémoire qui se sait faillible n’est-elle pas plus fidèle qu’une mémoire qui se croit exacte ?