« Revivre » suggère une répétition de l’expérience passée, comme si le temps se rejouait, alors que le souvenir est un acte présent portant sur ce qui n’est plus. La tension tient à ce que le souvenir a l’intensité d’un vécu tout en se sachant image.
Le souvenir répète-t-il l’expérience passée, ou en est-il seulement la représentation présente ?
Le plan en trois parties
Se souvenir semble faire revivre : la mémoire restitue une expérience avec son affect
- La saveur retrouvée ressuscite tout un monde disparu avec une force que l’intelligence ne produit pas.Proust, Du côté de chez Swann
- Le passé se conserve en droit tout entier, prêt à s’actualiser dans une perception présente.Bergson, Matière et mémoire
- Le traumatisme se répète comme s’il avait lieu maintenant : la revivance est une réalité clinique.Freud, Études sur l’hystérie
Mais le souvenir est un acte présent : il vise le passé comme absent
- Ce qui existe, c’est un présent du passé : le souvenir est dans l’âme, non dans un temps rejoué.Augustin, Confessions, XI
- La rétention distingue la conscience du souvenir de la perception : le passé est visé comme écoulé.Husserl, Leçons pour une phénoménologie de la conscience intime du temps
- L’irréversible rend le retour impossible en principe : on ne peut revivre ce qui, par définition, a eu lieu une fois.Jankélévitch, L’irréversible et la nostalgie
Se souvenir, c’est reprendre le passé dans un présent qui lui donne un sens nouveau
- La mémoire est un travail de reprise qui transforme ce dont elle se souvient : on ne revit pas, on reconfigure.Ricœur, La mémoire, l’histoire, l’oubli
- Le rappel s’effectue dans des cadres collectifs présents : se souvenir, c’est raconter aujourd’hui avec les autres.Halbwachs, La mémoire collective
- Dans le savoir comme réminiscence, se souvenir c’est apprendre : la mémoire produit du nouveau.Platon, Ménon
Si chaque rappel modifie ce dont il se souvient, la mémoire conserve-t-elle le passé ou le fabrique-t-elle peu à peu ?