S’engager, c’est lier sa volonté future par une parole présente, ce qui suppose une constance de soi que le temps ne garantit pas. Le sujet oppose l’impossibilité de connaître ce que l’on sera et la nécessité sociale de la promesse.
Comment un être changeant peut-il légitimement promettre ce qu’il ne maîtrise pas ?
Le plan en trois parties
S’engager semble présomptueux : nous ne disposons pas de notre avenir
- Le moi change sans cesse : promettre suppose une permanence dont l’expérience ne fournit pas la preuve.Hume, Traité de la nature humaine
- L’avenir n’est ni tout à fait à nous ni tout à fait hors de nous : nul ne peut en disposer d’avance.Épicure, Lettre à Ménécée
- Aucune prévision ne clôt l’imprévisible de l’action : ce que je serai demain reste ouvert.Bergson, L’Évolution créatrice
Mais l’homme est l’animal qui peut promettre
- La promesse crée des îlots de prévisibilité dans l’océan de l’incertitude humaine.Arendt, Condition de l’homme moderne
- Se rendre capable de répondre de soi suppose une mémoire de la volonté, conquise contre l’oubli.Nietzsche, Généalogie de la morale
- Le contrat et la loi supposent que des sujets puissent être tenus par leur parole dans la durée.exemple juridique
S’engager ne consiste pas à prédire mais à faire exister une identité dans le temps
- La fidélité à la parole donnée maintient le soi même quand le caractère change : c’est le maintien de soi.Ricœur, Soi-même comme un autre
- La liberté n’est pas de rester le même mais de choisir ce que l’on fera de ce que l’on devient.Sartre, L’existentialisme est un humanisme
- L’identité personnelle se mesure à la conscience qui répond de ses actes, avant et après.Locke, Essai sur l’entendement humain
Une société qui n’exigerait plus qu’on tienne parole aurait-elle encore un avenir commun ?