Attendre, c’est être présent à un temps qui ne nous appartient pas encore, dans une passivité au moins apparente. Le sujet oppose l’attente comme temps mort et l’attente comme forme d’un rapport actif à l’avenir.
L’attente est-elle une soustraction de temps à notre vie, ou une manière proprement humaine d’habiter la durée ?
Le plan en trois parties
Attendre, c’est subir un temps qu’on ne remplit pas
- Ce n’est pas la vie qui est courte, c’est que nous la laissons filer en attentes inutiles.Sénèque, De la brièveté de la vie
- Attendre de vivre, c’est ne jamais vivre : l’espérance dérobe le présent.Pascal, Pensées
- Une société accélérée traite toute attente comme un coût à éliminer : d’où l’exaspération des files et des retards.Hartmut Rosa, Accélération
Mais l’attente est une structure de la conscience du temps
- L’attente est l’un des trois présents : sans elle, aucun avenir ne serait visé.Augustin, Confessions, XI
- La protention accompagne toute perception : attendre n’est pas s’absenter, c’est anticiper.Husserl, Leçons pour une phénoménologie de la conscience intime du temps
- Exister, c’est se projeter vers des possibles : l’attente est la forme ordinaire du projet.Sartre, L’Être et le Néant
Il y a des attentes qui font vivre et des attentes qui font manquer sa vie
- Le désir bien réglé attend ce qui peut être obtenu et jouit du présent : l’attente devient plaisir.Épicure, Lettre à Ménécée
- La maturation demande du temps : la durée fait la qualité de ce qui advient, on ne hâte pas une œuvre.Bergson, L’Évolution créatrice
- Tenir une promesse suppose une attente commune : c’est l’attente instituée qui fonde la confiance.Arendt, Condition de l’homme moderne
Celui qui n’attend plus rien est-il enfin libre de son temps, ou n’a-t-il simplement plus d’avenir ?