Une connaissance suppose une prétention à la vérité, vérifiable et justifiable, alors que le souvenir se donne d’abord comme une évidence intime. Le sujet interroge donc le statut épistémique du souvenir, entre témoignage et illusion.
Le souvenir peut-il prétendre au vrai, ou doit-il toujours être relayé par une enquête extérieure ?
Le plan en trois parties
Le souvenir est notre accès premier au passé
- Le passé n’existe que comme présent du passé dans l’âme : la mémoire est le seul organe du révolu.Augustin, Confessions, XI
- Le souvenir pur conserve le passé et peut s’actualiser fidèlement dans une image.Bergson, Matière et mémoire
- Dans le Ménon, apprendre est se ressouvenir : le savoir lui-même est décrit comme mémoire.Platon, Ménon
Mais le souvenir n’a pas les garanties d’une connaissance
- L’esprit associe et reconstruit : la vivacité d’une image ne prouve pas sa conformité au passé.Hume, Traité de la nature humaine
- Le rappel obéit à des cadres sociaux qui sélectionnent et modifient ce que nous croyons nôtre.Halbwachs, Les cadres sociaux de la mémoire
- Ce qui est refoulé revient déformé : le souvenir peut être l’écran d’un passé qu’il cache.Freud, Études sur l’hystérie
Le souvenir devient connaissance lorsqu’il est soumis à la critique
- L’histoire vérifie, croise, date : elle ne remplace pas la mémoire mais la rend digne de foi.Ricœur, La mémoire, l’histoire, l’oubli
- Le témoin méthodique explicite ses conditions d’observation et ses lacunes : c’est ce qui fait sa valeur.Primo Levi, Les naufragés et les rescapés
- La rétention distingue le souvenir de l’imagination : la phénoménologie fonde la prétention du souvenir au vrai.Husserl, Leçons pour une phénoménologie de la conscience intime du temps
Si le témoignage doit être vérifié, que reste-t-il de la parole de celui qui a vu ce que nul document n’atteste ?