La mémoire est vécue, affective et partiale, alors que l’histoire se veut savoir critique, méthodique et vérifiable. L’expression courante assimile les deux, alors que l’historien commence précisément par se défier des souvenirs.
L’histoire prolonge-t-elle la mémoire collective, ou se constitue-t-elle contre elle ?
Le plan en trois parties
L’histoire paraît prolonger la mémoire collective
- Les souvenirs des individus se forment dans des cadres collectifs : le groupe garde son passé et l’histoire l’écrit.Halbwachs, La mémoire collective
- Les lieux de mémoire sont les points où une nation se raconte : commémorations, archives, monuments.Pierre Nora, Les lieux de mémoire
- Les témoignages des rescapés entrent dans le savoir historique et lui donnent sa chair.Primo Levi, Si c’est un homme
Mais l’histoire se constitue contre la mémoire : elle est une critique des souvenirs
- L’histoire vise la raison à l’œuvre dans les faits, non l’attachement d’un peuple à son image.Hegel, La raison dans l’histoire
- Le récit des vainqueurs se donne pour la mémoire commune : l’historien doit le brosser à rebrousse-poil.Walter Benjamin, Thèses sur le concept d’histoire
- Les rapports de production et les intérêts de classe expliquent des faits que la mémoire nationale efface.Marx, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte
Histoire et mémoire s’obligent mutuellement
- L’histoire instruit la mémoire, la mémoire donne à l’histoire son exigence de justice envers les victimes.Ricœur, La mémoire, l’histoire, l’oubli
- Dans un monde sans tradition assurée, le récit du passé doit être repris et discuté sans garant.Arendt, La crise de la culture
- Sans oubli ni sélection, aucune histoire n’est écrivable : le savoir suppose lui aussi un tri.Nietzsche, Seconde considération inactuelle
Quand un État légifère sur le passé, parle-t-il au nom de l’histoire ou au nom d’une mémoire qu’il choisit ?