Attribuer au temps une action destructrice suppose qu’il soit une cause, alors qu’il n’est peut-être que la forme dans laquelle les causes agissent. Le sujet oppose l’évidence de l’usure universelle et l’existence de choses qui durent, voire s’accroissent avec le temps.
Le temps est-il par lui-même une puissance de destruction, ou seulement le milieu où se produisent destructions et créations ?
Le plan en trois parties
Tout ce qui est dans le temps se défait
- Le temps est le nombre du mouvement, et tout mouvement éloigne une chose de son état antérieur.Aristote, Physique, IV
- Ce qui a été ne revient jamais : l’irréversible est la forme même de la perte.Jankélévitch, L’irréversible et la nostalgie
- La vie est un manque toujours renaissant que la durée n’apaise pas.Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation
Mais le temps est aussi ce qui fait mûrir, apprendre et créer
- La durée est invention continue de formes imprévisibles : elle produit plus qu’elle n’use.Bergson, L’Évolution créatrice
- Le passé se conserve intégralement et s’accroît : rien de ce qui a été vécu n’est aboli.Bergson, Matière et mémoire
- L’histoire est le devenir d’une raison qui se réalise : le temps y construit autant qu’il défait.Hegel, La raison dans l’histoire
Le temps n’est pas une cause : il est la forme sous laquelle nous subissons ce qui arrive
- Le temps est forme a priori de la sensibilité : accuser le temps, c’est prendre une condition pour un agent.Kant, Critique de la raison pure
- Il n’est pas une substance mais l’ordre des successions : ce sont les choses qui agissent, pas lui.Leibniz, Correspondance avec Clarke
- Ce qui dure dépend de ce que les hommes instituent : monuments, lois et récits résistent parce qu’on les entretient.Pierre Nora, Les lieux de mémoire
Quand nous accusons le temps, n’accusons-nous pas ce que nous n’avons pas su entretenir ?