Craindre, c’est anticiper un mal, ce qui suppose que la mort en soit un pour celui qui meurt. Or la mort, comme terme du temps vécu, n’est jamais éprouvée par le sujet qui la redoute.
La mort est-elle un mal pour celui qui meurt, ou seulement pour la conscience qui l’anticipe ?
Le plan en trois parties
La crainte de la mort est irrationnelle
- La mort n’est rien pour nous : quand nous sommes, elle n’est pas ; quand elle est, nous ne sommes plus.Épicure, Lettre à Ménécée
- La sagesse est une méditation de la vie et non de la mort : la crainte n’ajoute rien qu’un mal présent.Spinoza, Éthique, IV
- Ce qui arrive selon la nature ne saurait être un mal : mourir est dans l’ordre.Marc Aurèle, Pensées pour moi-même
Mais l’angoisse devant la mort n’est pas une erreur de calcul
- L’angoisse ne porte pas sur un objet mais révèle la finitude : elle n’est pas réductible à une crainte mal informée.Heidegger, Être et Temps
- La mort d’autrui est un fait irréversible qui laisse le survivant devant un manque sans remède.Jankélévitch, La mort
- Nous nous divertissons précisément pour ne pas penser à notre condition mortelle : la fuite prouve la force du mal.Pascal, Pensées
Ce qu’il faut craindre, ce n’est pas de mourir, c’est de n’avoir pas vécu
- Ce n’est pas que la vie soit courte, c’est que nous en perdons la plus grande part.Sénèque, De la brièveté de la vie
- L’épreuve de l’éternel retour demande si l’on pourrait vouloir revivre sa vie : c’est le vrai critère.Nietzsche, Le Gai Savoir
- Promettre, transmettre, laisser une œuvre : l’humain répond à la mortalité par des institutions qui durent.Arendt, Condition de l’homme moderne
L’homme qui ne craint plus la mort est-il devenu sage, ou a-t-il seulement cessé de tenir à quelque chose ?