« Échapper au temps » signifie ne pas subir l’usure, la mode ni l’oubli, donc prétendre à une forme d’intemporalité. Or l’œuvre est un objet matériel daté, produit dans une culture, exposé à la destruction comme à l’incompréhension des siècles suivants.
L’œuvre d’art transcende-t-elle son époque, ou ne survit-elle qu’en changeant de sens au fil du temps ?
Le plan en trois parties
L’œuvre semble traverser les siècles intacte : elle survit à son monde
- L’Iliade nous touche encore alors que la société qui l’a produite a disparu : la forme survit à son contexte.exemple littéraire
- L’art arrache l’instant au flux : il fixe une durée pure que la mémoire ordinaire laisserait s’écouler.Bergson, La pensée et le mouvant
- La mémoire involontaire, que l’œuvre suscite, restitue le passé hors du temps chronologique.Proust, Le Temps retrouvé
Mais l’œuvre est datée : elle appartient à son époque et son sens change avec elle
- L’art ne remplit plus pour nous la fonction spirituelle qu’il avait chez les Grecs : il est pour nous chose du passé.Hegel, Cours d’esthétique
- La reproduction technique détruit l’aura, c’est-à-dire l’ancrage unique de l’œuvre dans un ici et maintenant.Walter Benjamin, L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique
- Le musée arrache les œuvres à leur usage d’origine et leur donne un sens que leurs auteurs ignoraient.Malraux, Le musée imaginaire
L’art ne sort pas du temps : il le travaille et le rend habitable
- L’œuvre ne survit que parce que des générations la reprennent : sa permanence est une transmission, non une éternité.Arendt, La crise de la culture
- L’œuvre inscrit dans une matière ce que l’oubli emporterait : elle est un lieu de mémoire institué.Pierre Nora, Les lieux de mémoire
- Ce que l’art rend possible, c’est une reprise du passé dans un récit présent, donc une mémoire vivante.Ricœur, Temps et récit
Faut-il alors dire que nous conservons les œuvres, ou que ce sont elles qui nous conservent une mémoire commune ?