Le sujet ne demande pas si nous luttons contre le temps, mais si la raison approuve ce combat, ce qui engage à la fois l’efficacité et la sagesse. « Lutter contre le temps » recouvre aussi bien la course contre la montre que le refus du vieillissement et de la mort.
Peut-on donner une justification rationnelle à un combat dont l’issue est certaine, ou la raison commande-t-elle ici le consentement ?
Le plan en trois parties
La raison elle-même arme cette lutte : connaître le temps, c’est déjà lui résister
- Mesurer le temps, c’est en faire un nombre maîtrisable : la raison transforme l’écoulement en grandeur calculable.Aristote, Physique, IV
- La science suppose un temps uniforme et mesurable, condition de toute prévision et donc de toute maîtrise.Newton, Principes mathématiques
- Prolonger la vie et retarder la maladie sont des fins rationnelles que la médecine poursuit légitimement.exemple scientifique
Mais il est déraisonnable de combattre ce qui ne dépend pas de nous
- La sagesse distingue ce qui dépend de nous de ce qui n’en dépend pas : le cours du temps relève du second.Épictète, Manuel
- La crainte de la mort, moteur de cette lutte, repose sur une erreur de raisonnement : la mort n’est rien pour nous.Épicure, Lettre à Ménécée
- Vouloir arrêter la durée, c’est vouloir figer la vie : la raison ne peut souhaiter la mort de ce qu’elle prétend sauver.Bergson, L’Évolution créatrice
La raison ne commande ni la guerre ni la capitulation, mais l’usage juste du temps
- Le sage n’allonge pas sa vie, il cesse de la perdre : la raison porte sur l’emploi, non sur la durée.Sénèque, De la brièveté de la vie
- Connaître les choses sous l’aspect de l’éternité libère des passions tristes que le temps inspire.Spinoza, Éthique, V
- Vouloir l’éternel retour de son existence est l’épreuve rationnelle d’une vie qui ne fuit plus le temps.Nietzsche, Le Gai Savoir
Entre la révolte de l’homme qui refuse de vieillir et la sérénité du sage, où passe exactement la frontière du raisonnable ?