Vivre au présent peut signifier jouir de l’instant sans souci du lendemain, ou bien être pleinement attentif à ce que l’on fait. Selon le sens retenu, la formule désigne une sagesse antique ou une imprévoyance que la morale réprouve.
Vivre au présent est-il l’accomplissement de la sagesse, ou le refus d’une existence qui s’inscrit nécessairement dans la durée ?
Le plan en trois parties
Le présent est le seul temps que nous possédions : y vivre est sage
- L’avenir n’est ni à nous ni tout à fait hors de nous : il faut cueillir le plaisir présent sans l’attendre indéfiniment.Épicure, Lettre à Ménécée
- Nul ne perd d’autre vie que celle qu’il vit : c’est l’instant seul qu’on peut gagner ou manquer.Marc Aurèle, Pensées pour moi-même
- Espérer toujours vivre, c’est ne jamais vivre : le divertissement nous vole le présent.Pascal, Pensées
Mais une vie réduite à l’instant n’est plus une vie humaine
- L’homme n’est humain que parce qu’il peut s’engager pour l’avenir : promettre excède l’instant.Arendt, Condition de l’homme moderne
- Exister, c’est se projeter : un être qui ne vit que le présent n’a pas de possibilités propres.Sartre, L’Être et le Néant
- Sans mémoire du passé, le sujet perd son identité et sa capacité à répondre de lui-même.Locke, Essai sur l’entendement humain
Vivre au présent n’est sage que comme présence, non comme amputation du temps
- Le présent vécu contient déjà le passé retenu et l’avenir attendu : il n’est pas un point isolé.Augustin, Confessions, XI
- La durée est un présent gros de tout le passé : l’habiter, c’est porter son histoire, non l’effacer.Bergson, L’Évolution créatrice
- L’existence résolue assume sa finitude et donne à chaque instant son poids : la présence suppose l’anticipation.Heidegger, Être et Temps
Celui qui dit vivre au présent vit-il l’instant, ou se dispense-t-il seulement de répondre de son passé et de son avenir ?