« Avoir à » énonce une tâche ou un devoir, et « se libérer du passé » suppose que celui-ci exerce sur nous une contrainte, héritée, sociale ou psychique. La tension oppose le passé comme chaîne dont il faudrait s’affranchir et le passé comme sol sans lequel aucune identité ne tient.
Le passé est-il une servitude dont nous devons nous affranchir, ou la condition même d’une liberté qui ne part jamais de rien ?
Le plan en trois parties
Le passé pèse : il fixe, il répète, il empêche d’agir
- Un excès de mémoire historique paralyse l’action : la vie a besoin d’oubli pour commencer quelque chose.Nietzsche, Seconde considération inactuelle
- Le sujet névrosé souffre de réminiscences : le passé refoulé se répète au lieu de passer.Freud, Études sur l’hystérie
- Les hommes font leur histoire sous le poids des conditions héritées : la tradition pèse comme un cauchemar sur le présent.Marx, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte
Mais un sujet sans passé n’est plus personne : la mémoire fait l’identité
- L’identité personnelle s’étend aussi loin que la conscience peut remonter dans ses propres actes.Locke, Essai sur l’entendement humain
- Le passé ne cesse jamais d’agir : il se conserve intégralement et pousse le présent qu’il nourrit.Bergson, Matière et mémoire
- Nos souvenirs sont soutenus par des cadres collectifs : se couper du passé, c’est se couper des siens.Halbwachs, Les cadres sociaux de la mémoire
Il ne s’agit pas de se libérer du passé, mais de s’en libérer comme fardeau en l’assumant comme héritage
- Le travail de mémoire, distinct de la répétition compulsive, permet que le passé devienne passé.Ricœur, La mémoire, l’histoire, l’oubli
- Le pardon défait l’irréversibilité de l’acte accompli sans l’effacer : il libère sans amnésier.Arendt, Condition de l’homme moderne
- L’homme est ce qu’il fait de ce qu’on a fait de lui : le passé devient situation d’un projet libre.Sartre, Saint Genet
Une société qui décrète l’amnistie libère-t-elle ses citoyens du passé, ou seulement ses institutions de la peine de le regarder ?