Un devoir suppose une obligation d'un sujet envers un autre, et l'on voit mal comment être à la fois celui qui oblige et celui qui est obligé. La formule n'a de sens que si le sujet est divisé entre une personne et son existence empirique.
Le sujet moral peut-il être son propre créancier, ou tout devoir suppose-t-il l'altérité ?
Le plan en trois parties
L'idée paraît contradictoire
- Qui s'oblige lui-même peut se délier lui-même : l'obligation s'annule.Hobbes, Léviathan
- L'obligation naît de la vie commune et de la pression du groupe, non du rapport à soi.Durkheim, L'Éducation morale
- L'obligation vient de l'autre qui me fait face, non de moi.Levinas, Éthique et infini
Mais l'homme est en lui-même une personne qu'il peut avilir
- L'humanité en ma propre personne doit être respectée comme une fin, jamais seulement comme un moyen.Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs, II
- Le mensonge à soi-même détruit la source même de la véracité.Kant, Doctrine de la vertu
- L'homme peut se rendre esclave de ses passions : se gouverner est une exigence morale.Épictète, Manuel
Les devoirs envers soi sont la condition des devoirs envers autrui
- Se tenir soi-même pour responsable est ce qui rend possible de répondre devant les autres.Sartre, L'existentialisme est un humanisme
- L'estime de soi et la sollicitude pour autrui sont deux faces d'une même visée éthique.Ricœur, Soi-même comme un autre
- Prendre soin de soi n'est pas un repli : c'est entretenir la capacité de prendre soin des autres.Gilligan, Une voix différente
Une société peut-elle légitimement m'imposer des devoirs envers moi-même ?