Analyse des termes
Le sentiment est un affect éprouvé, immédiat et variable, tandis que la morale prétend fournir des règles valables pour tous. Fonder la morale sur le sentiment expliquerait sa force motrice, mais menacerait son universalité.
Problématique
Le sentiment peut-il fonder une obligation valable pour tous ?
Le plan en trois parties
I
Le sentiment est bien à l'origine de nos jugements moraux
- C'est le sentiment, non la raison, qui distingue le vice et la vertu.Hume, Traité de la nature humaine, III
- La pitié nous fait souffrir du mal d'autrui avant toute délibération.Schopenhauer, Le Fondement de la morale
- La conscience, sentiment inné du bien, parle plus sûrement que les raisonnements.Rousseau, Émile, IV
TransitionSi le sentiment était seul juge, la morale changerait avec les humeurs et les affections. Son caractère partial en interdit l'universalité.
II
Mais un sentiment ne commande pas : il varie et il préfère
- L'affect est partial : il s'émeut du proche et reste froid devant le lointain.Smith, Théorie des sentiments moraux
- Une action motivée par la seule inclination, même généreuse, n'a pas de valeur morale.Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs, I
- Les sentiments moraux ont une histoire : ils sont le produit d'un dressage.Nietzsche, La Généalogie de la morale
TransitionÉcarter le sentiment laisserait pourtant la loi sans force d'entraînement. Il reste à penser leur articulation plutôt que leur exclusion réciproque.
III
Le sentiment moral doit être éduqué par la raison, non écarté
- Le respect est un sentiment que la raison produit : il unit la loi et le mobile.Kant, Critique de la raison pratique
- L'impartialité s'apprend en adoptant le point de vue d'un spectateur désintéressé.Smith, Théorie des sentiments moraux
- L'attention aux situations concrètes complète la règle sans la dissoudre.Gilligan, Une voix différente
Ouverture
Une morale universelle peut-elle se passer d'émouvoir ceux à qui elle s'adresse ?