Analyse des termes
Commander, c'est exiger un comportement, alors que le respect semble un sentiment qui s'éprouve ou ne s'éprouve pas. Il faut distinguer les marques extérieures de respect, qui peuvent être prescrites, et le respect intérieur de la personne.
Problématique
Le respect relève-t-il du sentiment spontané ou de l'obligation morale ?
Le plan en trois parties
I
Un sentiment ne se commande pas
- L'affect suit des causes qui ne dépendent pas de notre volonté.Spinoza, Éthique, III
- L'estime que nous portons à autrui dépend de l'impression qu'il produit sur nous.Hume, Traité de la nature humaine
- Une déférence exigée n'est qu'un rituel social, souvent sans adhésion intérieure.Durkheim, L'Éducation morale
TransitionL'objection vaut pour l'estime ou l'admiration, non pour le respect moral, qui s'adresse à la personne comme telle. Le sens du mot doit donc être précisé.
II
Mais le respect moral n'est pas une affection : c'est la reconnaissance d'une loi
- Le respect est l'effet de la loi morale sur la sensibilité, non une inclination.Kant, Critique de la raison pratique
- La personne, fin en soi, doit être respectée quelles que soient ses qualités.Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs, II
- Respecter autrui, c'est d'abord s'interdire de le traiter comme un moyen, ce qui se commande.Kant, Doctrine de la vertu
TransitionCommander le respect ne le fait pourtant pas naître dans les esprits. Il reste à comprendre comment une obligation peut devenir une disposition.
III
Le respect s'éduque plus qu'il ne se commande
- L'appel du visage suscite une obligation avant toute injonction extérieure.Levinas, Éthique et infini
- Le respect s'apprend par des institutions qui reconnaissent chacun comme sujet de droit.Hegel, Principes de la philosophie du droit
- L'attention portée à la situation concrète d'autrui transforme la règle en disposition vécue.Gilligan, Une voix différente
Ouverture
Peut-on respecter quelqu'un dont on méprise les actes ?