Le sacrifice est l'abandon volontaire d'un bien réel au profit d'une valeur jugée supérieure ; l'exiger ferait de la morale une perte. La question est de savoir si le renoncement est l'essence de la moralité ou un cas extrême dont elle se passe ordinairement.
La morale se mesure-t-elle à ce qu'elle nous coûte ?
Le plan en trois parties
La valeur morale semble proportionnelle au renoncement
- C'est quand l'inclination contredit le devoir que la valeur morale devient visible.Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs, I
- La vie morale suppose un renoncement pulsionnel constant.Freud, Le Malaise dans la culture
- Se détacher de ce qui ne dépend pas de nous est le prix de la liberté intérieure.Épictète, Manuel
Mais faire du sacrifice le critère, c'est confondre douleur et valeur
- L'idéal ascétique retourne la vie contre elle-même et se fait vénérable à bon compte.Nietzsche, La Généalogie de la morale, III
- Le bien se mesure à l'accroissement réel du bien-être, non à la souffrance consentie.Mill, L'Utilitarisme
- L'homme vertueux accomplit le bien avec plaisir : le sacrifice signale une vertu inachevée.Aristote, Éthique à Nicomaque, II
Ce que la morale exige, ce n'est pas le sacrifice mais le désintéressement
- Agir par devoir, c'est agir sans se prendre soi-même pour fin, ce qui n'est pas se détruire.Kant, Critique de la raison pratique
- La responsabilité pour autrui me décentre sans exiger que je disparaisse.Levinas, Éthique et infini
- L'élan de la morale ouverte entraîne plutôt qu'il n'arrache : il est joie et non perte.Bergson, Les Deux Sources de la morale et de la religion
Peut-on admirer moralement celui qui se sacrifie sans nécessité ?