« Suivre sa raison » signifie régler sa conduite sur des principes universalisables plutôt que sur l'affect ; « agir moralement » suppose que l'acte ait une valeur et non seulement une efficacité. La tension oppose une morale du principe, froide et universelle, à une morale du sentiment, chaleureuse mais partiale.
La raison est-elle la source de l'obligation morale, ou seulement l'instrument d'une exigence dont l'origine est ailleurs ?
Le plan en trois parties
Seule la raison peut fonder une morale universelle
- Le critère moral est formel : une maxime vaut si elle peut devenir loi pour tous.Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs, II
- La raison délivre des inclinations changeantes et donne à l'action une règle constante.Épictète, Manuel
- La délibération rationnelle ajuste l'action à la situation : c'est la vertu de prudence.Aristote, Éthique à Nicomaque, VI
Mais la raison seule ne meut personne
- La raison établit des faits ; c'est le sentiment qui rend une action désirable ou odieuse.Hume, Traité de la nature humaine
- La pitié, mouvement immédiat, précède toute réflexion et fonde le rapport moral à autrui.Schopenhauer, Le Fondement de la morale
- Une rationalité purement procédurale peut servir l'administration du crime.Arendt, Eichmann à Jérusalem
La morale se joue dans l'articulation d'une exigence rationnelle et d'une attention singulière
- Le respect est un sentiment produit par la raison : il n'y a pas à choisir entre les deux.Kant, Critique de la raison pratique
- L'appel d'autrui oblige avant toute délibération, mais appelle ensuite la justice, donc le raisonnement.Levinas, Éthique et infini
- L'éthique du care rappelle que la règle abstraite doit se compléter d'une attention à la vulnérabilité concrète.Gilligan, Une voix différente
Une morale peut-elle être enseignée si elle suppose à la fois des principes et une sensibilité ?