Un devoir « envers » quelqu'un suppose un destinataire capable d'être lésé, et la nature n'est ni une personne ni un sujet de droit au sens classique. La question est donc de savoir si l'obligation morale peut déborder le cercle des êtres raisonnables.
La nature peut-elle être le destinataire d'une obligation, ou nos devoirs écologiques ne sont-ils que des devoirs envers les hommes ?
Le plan en trois parties
Il semble qu'on n'ait de devoirs qu'envers des êtres raisonnables
- Seule la personne, capable d'autonomie, possède une dignité et oblige absolument.Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs, II
- L'obligation naît d'un accord entre êtres capables de s'engager réciproquement.Hobbes, Léviathan
- Les catégories de bien et de mal n'appartiennent pas aux choses, mais à nos manières de les juger.Spinoza, Éthique, IV, préface
Mais la puissance technique a changé l'échelle de nos actes
- Une action qui peut compromettre l'existence future de l'humanité appelle un impératif nouveau.Jonas, Le Principe responsabilité
- La capacité de souffrir, et non la raison, délimite le cercle de la considération morale.Singer, La Libération animale
- La brutalité envers le vivant émousse la sensibilité morale de celui qui l'exerce.Kant, Leçons d'éthique
Nos devoirs envers la nature sont des devoirs envers ce qui rend une vie humaine possible
- L'obligation vise la permanence d'une vie authentiquement humaine sur terre.Jonas, Le Principe responsabilité
- Les besoins fondamentaux, y compris l'enracinement dans un milieu, fondent des obligations inconditionnelles.Simone Weil, L'Enracinement
- L'attention à la vulnérabilité, et non le seul contrat, élargit le champ du souci moral.Gilligan, Une voix différente
Protéger la nature au nom des hommes futurs, est-ce encore la respecter pour elle-même ?