Le sujet met à l'épreuve la thèse classique selon laquelle nul ne veut le mal volontairement. « Vouloir » doit être distingué de « subir » et de « provoquer sans le savoir » : c'est l'intention qui est en jeu.
Le malheur ne peut-il être que subi, ou existe-t-il une volonté qui se prend elle-même pour cible ?
Le plan en trois parties
Nul ne veut son malheur : tous cherchent le bonheur
- Tous les hommes recherchent d'être heureux, jusque dans ceux qui vont se pendre : le suicidaire cherche encore une délivrance.Pascal, Pensées
- Nul n'est méchant volontairement : qui fait le mal se trompe sur son bien, il ne le veut pas comme mal.Platon, Gorgias
- Chaque être s'efforce de persévérer dans son être : vouloir sa destruction contredirait l'essence du désir.Spinoza, Éthique, III
Pourtant nous agissons souvent contre notre propre bien
- La conscience ne gouverne pas seule : des forces refoulées poussent à répéter ce qui fait souffrir.Freud, Au-delà du principe de plaisir
- L'idéal ascétique fait de la souffrance un mérite : une volonté peut se retourner contre elle-même et jouir de son propre tourment.Nietzsche, Généalogie de la morale
- On s'attache à ce qui nous domine, et la servitude volontaire montre qu'un homme peut désirer ce qui le diminue.La Boétie, Discours de la servitude volontaire
On ne veut pas le malheur, mais on peut préférer autre chose au bonheur
- La dignité vaut mieux que la satisfaction : on peut accepter d'être malheureux plutôt que de se mépriser.Kant, Critique de la raison pratique
- Assumer sa liberté implique d'affronter l'angoisse : le sujet choisit un sens plutôt qu'un confort, sans vouloir pour autant souffrir.Sartre, L'existentialisme est un humanisme
- La lucidité sur l'absurde coûte la consolation, et pourtant elle se choisit : c'est une préférence pour le vrai, non un goût du malheur.Camus, Le Mythe de Sisyphe
Si l'on peut préférer autre chose au bonheur, celui-ci mérite-t-il encore d'être appelé le souverain bien ?