Peut-on atteindre le bonheur ? Désir, vertu et vie bonne dans le programme de Philosophie Terminale
À propos de cette page
Ce lexique sur « Le bonheur » en terminale donne les définitions précises dont on a besoin au bac : chaque terme avec ses synonymes, ses antonymes et les distinctions à ne pas manquer. Au programme : Ce que le mot recouvre : bonheur, plaisir, joie, bien-être, Le bonheur est-il le souverain bien ? Calliclès contre Aristote, Peut-on calculer le bonheur ? d’Épicure à l’utilitarisme, Le bonheur dépend-il de nous ? stoïciens, Descartes, Alain. Le sens de chaque mot est repris selon l'époque et selon le point de vue des philosophes, parce qu'une définition bien posée ouvre une partie de dissertation. Les repères du programme (légal/légitime, en fait/en droit…) sont expliqués avec l'usage qu'on en fait dans une copie. Lexique gratuit rédigé par un professeur particulier à Marseille pour les élèves de terminale.
Bonheur
État de satisfaction durable, global et stable, dans lequel un sujet ne souhaite pas que sa vie soit autre qu’elle n’est.
Synonymes
Félicité — insiste sur la plénitude et la perfection de l’état, là où le bonheur admet des degrés
Contentement — désigne l’accord avec ce que l’on a, sans l’exigence de durée propre au bonheur
Antonymes
Malheur — n’est pas seulement l’absence de bonheur : il suppose un événement subi, une infortune
Ennui — n’est pas une souffrance mais un vide ; chez Schopenhauer, c’est l’autre bord du pendule
À ne pas confondre
Plaisir — le plaisir est local, corporel et ponctuel ; le bonheur prétend à la totalité d’une vie
Bien-être — le bien-être est matériel et mesurable ; il conditionne le bonheur sans s’y réduire
Selon l'époque et le point de vue — Étymologie : « bon heur », du latin augurium, le présage — d’abord la chance · Grecs : eudaimonia, une vie objectivement accomplie, non un sentiment · Âge classique : Pascal en fait l’objet d’une fuite, Descartes une affaire de volonté · Kant : un idéal de l’imagination, exclu du fondement de la morale · Aujourd’hui : un état psychologique déclaré, mesuré par des enquêtes de satisfaction.
Ce que le mot permet d'écrire — Le mot ouvre à lui seul la distinction décisive entre bonheur ressenti et vie réussie. Il permet d’écrire « en un premier sens… mais en un autre sens… » sur tout sujet du type « Décide-t-on d’être heureux ? » ou « Le bonheur nous échappe-t-il inévitablement ? ».
Plaisir
Affect agréable, localisé et passager, qui accompagne la satisfaction d’un besoin ou d’un désir.
Synonymes
Jouissance — désigne un plaisir intense et possessif, souvent lié à la consommation de l’objet
Agrément — plaisir faible et esthétique, sans la dimension de manque comblé
Antonymes
Douleur — affect corporel, alors que le déplaisir peut être purement moral
Souffrance — engage la durée et la signification, là où la douleur peut être instantanée
À ne pas confondre
Bonheur — on additionne des plaisirs, on ne fabrique pas un bonheur : la durée manque à la somme
Joie — le plaisir est un état du corps, la joie un mouvement de l’âme vers plus de puissance
Selon l'époque et le point de vue — Grecs : Aristippe en fait la fin (hédonisme), Épicure le redéfinit comme absence de trouble · Épicure distingue plaisirs en mouvement et plaisirs en repos · Modernes : Bentham le rend calculable, Mill lui ajoute une qualité · Freud : principe de plaisir, contrarié par le principe de réalité.
Ce que le mot permet d'écrire — Sert à désamorcer l’assimilation hédoniste du sujet : montrer que le bonheur ne se réduit pas à une somme de plaisirs, c’est déjà la moitié d’une première partie.
Joie
Chez Spinoza, affect par lequel l’esprit passe à une perfection plus grande ; plus largement, sentiment vif lié à un accroissement de puissance.
Synonymes
Allégresse — désigne la manifestation extérieure et collective de la joie
Béatitude — est une joie devenue constante, qui ne suppose plus de passage
Antonymes
Tristesse — chez Spinoza, passage à une perfection moindre, donc diminution de puissance
Mélancolie — tristesse sans objet identifiable, qui affecte le corps entier
À ne pas confondre
Bonheur — la joie est un mouvement, le bonheur un état : on ne peut pas être « en joie » en permanence
Plaisir — le plaisir n’affecte qu’une partie du corps, la joie l’individu tout entier
Selon l'époque et le point de vue — Antiquité : les stoïciens nomment chara la joie du sage, distincte de la passion · Spinoza : définition dynamique, laetitia, dans l’Éthique III · Bergson : la joie signale toujours une création, une réussite de la vie · Usage courant : synonyme intensif de plaisir, ce qui efface la nuance.
Ce que le mot permet d'écrire — Permet une troisième partie élégante : si le bonheur comme état stable est introuvable, reste la joie comme activité — Spinoza, Bergson, Camus.
Désir
Tendance consciente vers un objet représenté comme source de satisfaction, et vécue comme un manque.
Synonymes
Envie — comporte une comparaison avec autrui et un ressentiment que le désir n’implique pas
Appétit — chez Spinoza, le désir sans la conscience qu’on en a
Antonymes
Aversion — tendance négative, mouvement de recul devant un objet
Indifférence — absence de tendance, non refus : c’est l’ataraxie des sceptiques
À ne pas confondre
Besoin — le besoin est naturel, limité et sa satisfaction est nécessaire ; le désir est illimité et culturel
Volonté — la volonté est une faculté de décision qui peut s’opposer au désir
Selon l'époque et le point de vue — Platon : le désir comme manque (Banquet), d’où le tonneau percé du Gorgias · Épicure : tri des désirs en naturels/nécessaires · Hobbes : marche perpétuelle du désir, sans fin dernière · Spinoza : « le désir est l’essence même de l’homme » — il n’est plus un manque mais une puissance · René Girard : le désir est mimétique, emprunté à autrui.
Ce que le mot permet d'écrire — Article central de la notion : selon qu’on définit le désir comme manque ou comme puissance, le bonheur devient impossible (Schopenhauer) ou accessible (Spinoza). À mobiliser sur « Désirons-nous seulement ce que les autres désirent ? ».
Besoin
Exigence naturelle dont la non-satisfaction met en péril la conservation ou l’équilibre de l’être vivant.
Synonymes
Nécessité — désigne le caractère contraignant, non la tendance qui pousse à agir
Exigence vitale — insiste sur la biologie et exclut les besoins dits sociaux
Antonymes
Superflu — ce dont on peut se passer sans dommage, mais qui définit souvent le confort
Caprice — désir arbitraire et changeant, sans fondement dans la nature
À ne pas confondre
Désir — le besoin cesse quand il est comblé ; le désir renaît et se déplace
Luxe — le luxe est un besoin socialement construit, ce que Rousseau appelle un besoin factice
Selon l'époque et le point de vue — Épicure : les désirs naturels et nécessaires sont peu nombreux et faciles à satisfaire · Rousseau : dans l’état de nature, les besoins n’excèdent pas les forces, d’où un bonheur possible · Marx : les besoins sont historiques et produits par le mode de production · Aujourd’hui : la publicité transforme le superflu en besoin ressenti.
Ce que le mot permet d'écrire — Sert à montrer qu’un bonheur fondé sur la satisfaction est possible si l’on réduit l’écart entre besoins et forces — l’argument de Rousseau dans l’Émile.
Eudémonisme
Doctrine qui fait du bonheur la fin dernière de l’action humaine et le critère du bien.
Synonymes
Morale du bonheur — formule descriptive, sans l’ancrage antique du terme grec eudaimonia
Antonymes
Déontologisme — fonde la morale sur le devoir et non sur les conséquences heureuses de l’acte
Pessimisme — nie non la valeur du bonheur mais sa possibilité
À ne pas confondre
Hédonisme — l’hédonisme identifie le bonheur au plaisir ; tout eudémonisme ne le fait pas (Aristote)
Utilitarisme — l’utilitarisme est un eudémonisme collectif : il vise le bonheur du plus grand nombre
Selon l'époque et le point de vue — Antiquité : quasi unanime — Aristote, épicuriens, stoïciens, tous eudémonistes malgré leurs désaccords · Chrétienté : Augustin déplace la fin vers la béatitude en Dieu · Kant : rupture, le bonheur ne peut fonder la loi morale · XIXe : l’utilitarisme le réhabilite sous forme de calcul social.
Ce que le mot permet d'écrire — Le mot permet de nommer un adversaire et donc d’articuler une antithèse : « toute la tradition eudémoniste suppose que… ; or Kant objecte que… ».
Hédonisme
Doctrine selon laquelle le plaisir est le bien suprême et la mesure de toute valeur.
Synonymes
Philosophie du plaisir — expression neutre, sans la prétention systématique de la doctrine
Antonymes
Ascétisme — fait du renoncement au plaisir la voie du salut ou de la sagesse
Stoïcisme — vise l’absence de passion, non le plaisir, même s’il aboutit aussi à la sérénité
À ne pas confondre
Épicurisme — Épicure est hédoniste, mais son plaisir est négatif : absence de trouble, non jouissance
Libertinage — pratique de la transgression des mœurs, sans doctrine du souverain bien
Selon l'époque et le point de vue — Aristippe de Cyrène : le plaisir immédiat et corporel est la fin · Calliclès dans le Gorgias : version politique de l’intensité maximale · Épicure : correction majeure, le plaisir stable de l’ataraxie · Bentham : hédonisme calculateur et universel.
Ce que le mot permet d'écrire — Indispensable pour éviter l’erreur la plus fréquente : distinguer hédonisme cyrénaïque et hédonisme épicurien montre au correcteur qu’on a lu la Lettre à Ménécée.
Ataraxie
Absence de trouble de l’âme ; état de tranquillité obtenu par la suppression des opinions vaines et des craintes.
Synonymes
Sérénité — terme moderne, psychologique, sans la doctrine physique qui le soutient chez Épicure
Aponie — désigne l’absence de douleur du corps, dont l’ataraxie est le pendant pour l’âme
Antonymes
Trouble — agitation causée par les craintes et les désirs vains, non par la douleur physique
Inquiétude — chez Pascal et Tocqueville, un mouvement permanent sans objet précis
À ne pas confondre
Apathie — l’apathie stoïcienne est l’absence de passions ; l’ataraxie épicurienne admet des plaisirs
Indifférence — le sage épicurien jouit, il ne se désintéresse pas de tout
Selon l'époque et le point de vue — Épicure : fin du quadruple remède, atteinte par la physique atomiste qui congédie les dieux et la mort · Pyrrhon et les sceptiques : l’ataraxie suit la suspension du jugement · Stoïciens : terme voisin, mais fondé sur l’assentiment à l’ordre du monde · Aujourd’hui : récupéré par les discours de développement personnel, ce qui en efface la rigueur.
Ce que le mot permet d'écrire — Permet de répondre positivement à « Existe-t-il des techniques pour être heureux ? » : l’épicurisme est précisément une technique, physique et éthique, pas une humeur.
Béatitude
Bonheur parfait, sans mélange et sans fin, qui ne dépend plus d’aucune condition extérieure.
Synonymes
Félicité suprême — insiste sur le degré, sans la connotation métaphysique ou religieuse
Salut — désigne la délivrance qui y conduit, non l’état lui-même
Antonymes
Damnation — terme théologique symétrique, absence définitive de la vision de Dieu
Servitude — chez Spinoza, l’état de celui qui subit ses passions faute de les comprendre
À ne pas confondre
Bonheur — le bonheur reste fragile et conditionné ; la béatitude ne peut être perdue
Plaisir — la béatitude n’est pas une récompense sensible, mais un mode de connaissance
Selon l'époque et le point de vue — Augustin : le cœur humain est inquiet jusqu’à ce qu’il repose en Dieu · Thomas d’Aquin : la béatitude parfaite est la vision de Dieu, la béatitude imparfaite est possible ici-bas · Spinoza : sécularisation radicale — la béatitude est la connaissance du troisième genre, « non le prix de la vertu, mais la vertu même ».
Ce que le mot permet d'écrire — Excellente troisième partie sur « Comment être heureux, si rien ne dure ? » : la béatitude spinoziste est la seule forme de bonheur qui échappe au temps sans recourir à l’au-delà.
Divertissement
Chez Pascal, tout ce qui détourne l’homme de la considération de sa condition et le sauve provisoirement de l’ennui.
Synonymes
Distraction — usage courant et faible : la distraction amuse, le divertissement détourne
Amusement — désigne l’objet plaisant, non la fonction existentielle qu’il remplit
Antonymes
Repos — chez Pascal, il n’est pas un bien : il découvre le vide au lieu de le combler
Recueillement — tourne l’attention vers soi, exactement ce que le divertissement empêche
À ne pas confondre
Loisir — le loisir grec (scholè) est le temps libre de la contemplation, donc l’inverse du divertissement
Travail — le travail peut divertir au sens pascalien : il occupe et évite de penser
Selon l'époque et le point de vue — Pascal : concept forgé dans les Pensées, la chasse vaut mieux que la prise · XVIIIe : le divertissement devient un bien social, la sociabilité des salons · Nietzsche : le « dernier homme » a inventé le bonheur sous forme de petits plaisirs · Aujourd’hui : industries du divertissement, flux continu d’images.
Ce que le mot permet d'écrire — Arme décisive dans une antithèse : sur « Décide-t-on d’être heureux ? », montrer que ce que nous décidons, c’est souvent de ne pas nous regarder.
Vertu
Disposition acquise et stable à bien agir ; excellence propre d’un être dans l’exercice de sa fonction.
Synonymes
Excellence — traduit le grec aretè, sans la connotation morale moderne
Mérite — désigne ce qui est dû à celui qui agit bien, non la disposition elle-même
Antonymes
Vice — disposition acquise au mal, donc aussi durable que la vertu
Faiblesse — l’acratique sait le bien et ne le fait pas : ce n’est pas un vicieux
À ne pas confondre
Bonheur — pour Aristote la vertu est constitutive du bonheur ; pour Kant elle en rend seulement digne
Devoir — le devoir est une obligation ponctuelle, la vertu une constance du caractère
Selon l'époque et le point de vue — Aristote : la vertu est un juste milieu entre deux excès, acquise par l’habitude · Stoïciens : la vertu suffit au bonheur · Spinoza : la vertu est la puissance d’agir, non l’obéissance · Kant : elle est la force de la maxime dans l’accomplissement du devoir.
Ce que le mot permet d'écrire — Permet de formuler la question centrale de la notion : la vertu est-elle le moyen, la composante ou la condition du bonheur ? Trois réponses, trois parties possibles.
Souverain bien
Bien ultime, recherché pour lui-même et jamais en vue d’autre chose, auquel tous les autres biens sont subordonnés.
Synonymes
Fin dernière — terme technique aristotélicien, qui souligne l’ordre des fins plus que la valeur
Bien suprême — traduction plus faible, qui perd l’idée de hiérarchie complète
Antonymes
Bien relatif — bien qui ne vaut qu’en vue d’un autre, comme l’argent
Moyen — n’a de valeur que par sa fin, alors que le souverain bien se suffit
À ne pas confondre
Bonheur — les Anciens les identifient ; Kant les sépare, puisque son souverain bien unit vertu et bonheur
Plaisir — faire du plaisir le souverain bien, c’est l’hédonisme, une thèse parmi d’autres
Selon l'époque et le point de vue — Aristote : le bonheur est le souverain bien car toujours choisi pour lui-même · Épicure : le plaisir stable · Stoïciens : la vertu seule · Augustin : Dieu · Kant : l’union de la vertu et d’un bonheur proportionné, objet d’un postulat.
Ce que le mot permet d'écrire — Formule qui permet une introduction rapide et technique : poser que la question « qu’est-ce que le bonheur ? » est la question du souverain bien, et que les réponses divergent sur le contenu, pas sur la forme.
Utilitarisme
Doctrine morale et politique selon laquelle une action est bonne dans la mesure où elle maximise le bonheur du plus grand nombre.
Synonymes
Conséquentialisme — genre plus large : juge par les conséquences, sans nécessairement viser le bonheur
Antonymes
Déontologisme — juge l’acte par sa conformité au devoir, quelles qu’en soient les suites
Éthique de la vertu — juge le caractère de l’agent plutôt que l’acte ou ses effets
À ne pas confondre
Égoïsme — l’utilitarisme impose de compter le bonheur d’autrui à égalité avec le sien
Hédonisme — l’hédonisme est individuel et qualitatif, l’utilitarisme collectif et calculateur
Selon l'époque et le point de vue — Bentham (1789) : principe d’utilité et arithmétique des plaisirs · Mill (1861) : introduction d’une hiérarchie qualitative · XXe : objection classique, l’utilitarisme peut justifier le sacrifice d’une minorité · Amartya Sen : préférer les capacités réelles au bonheur déclaré.
Ce que le mot permet d'écrire — Indispensable sur les sujets qui croisent bonheur et justice — « Peut-on être heureux quand les autres ne le sont pas ? », « Peut-on préférer la justice à son bonheur personnel ? ».
Sagesse
Savoir pratique de la conduite de la vie, qui unit connaissance du vrai et maîtrise de soi.
Synonymes
Prudence — la phronèsis d’Aristote porte sur l’action particulière, la sagesse sur la vie entière
Tempérance — n’est qu’une vertu parmi d’autres, la maîtrise des désirs
Antonymes
Folie — perte du rapport au réel, non simple erreur de conduite
Démesure — l’hybris grecque : franchir la limite, faute politique autant que morale
À ne pas confondre
Savoir — on peut tout savoir et mal vivre : la sagesse est un savoir qui transforme celui qui l’a
Bonheur — la sagesse est la voie, le bonheur le terme — sauf chez les stoïciens, où ils coïncident
Selon l'époque et le point de vue — Grecs : la philosophie se définit comme amour de la sagesse, donc non-possession · Épicure et les stoïciens : la sagesse est un exercice quotidien, avec règles et méditations · Montaigne : « notre grand et glorieux chef-d’œuvre, c’est vivre à propos » · Modernes : la figure du sage s’efface au profit du savant.
Ce que le mot permet d'écrire — Utile pour distinguer bonheur et vie bonne : on peut juger une vie sage et malheureuse, ce qui ruine l’identification hâtive des deux notions.
Bien-être
État de satisfaction des besoins matériels et physiques, mesurable par des indicateurs objectifs.
Synonymes
Confort — porte sur les conditions matérielles seules, sans la dimension de santé
Prospérité — désigne la richesse d’un ensemble social, non l’état d’un individu
Antonymes
Misère — privation matérielle extrême, qui rend le bonheur pratiquement impossible
Malaise — inconfort diffus, qui peut coexister avec un bien-être matériel élevé
À ne pas confondre
Bonheur — le bien-être est une condition, souvent nécessaire, jamais suffisante
Santé — la santé est un état du corps, le bien-être un rapport subjectif à ses conditions de vie
Selon l'époque et le point de vue — Aristote : les biens extérieurs sont nécessaires mais non constitutifs du bonheur · XVIIIe : le bonheur devient objet de politique publique, « idée neuve en Europe » · Tocqueville : l’inquiétude des Américains « au milieu de leur bien-être » · Aujourd’hui : indices de développement humain, paradoxe d’Easterlin.
Ce que le mot permet d'écrire — Le terme permet d’introduire des faits dans une copie de philosophie : le paradoxe d’Easterlin vaut mieux que dix lignes d’affirmations sur la société de consommation.
Les repères du programme
Ces couples de mots sont les outils qui font les plans : savoir les employer vaut mieux que connaître un auteur de plus.
Objectif / subjectif
Est objectif ce qui appartient à l’objet et vaut indépendamment de celui qui juge ; est subjectif ce qui dépend du sujet, de son état et de son point de vue.
Ce qu'il débloque — Débloque tous les sujets qui demandent si le bonheur peut être défini, mesuré ou enseigné : s’il est purement subjectif, aucune science ni aucune politique du bonheur n’est possible.
Exemple — Sur « Le bonheur est-il affaire de raison ? », il permet d’opposer Bentham, pour qui le bonheur déclaré est la seule donnée disponible, et Aristote, pour qui l’on peut se croire heureux sans l’être.
Absolu / relatif
Est absolu ce qui vaut par soi, sans rapport à autre chose ; est relatif ce qui n’existe que par comparaison ou par rapport à des conditions.
Ce qu'il débloque — Sert à tester l’universalité du bonheur : y a-t-il un bonheur valable pour tous, ou seulement des bonheurs relatifs à une époque, à une culture, à un tempérament ?
Exemple — Sur « Peut-on être heureux quand les autres ne le sont pas ? », il éclaire Tocqueville : la satisfaction est relative à ce que possèdent les autres, donc jamais stabilisée.
Idéal / réel
L’idéal est ce qui est conçu par l’esprit comme modèle achevé ; le réel est ce qui existe effectivement, toujours partiel et mêlé.
Ce qu'il débloque — C’est le repère kantien de la notion : il permet de soutenir que le bonheur n’est pas un objet du monde mais une représentation que nous formons, et dont le contenu varie avec chacun.
Exemple — Sur « Le bonheur nous échappe-t-il inévitablement ? », il autorise une réponse nuancée : ce qui échappe, ce n’est pas la satisfaction, c’est l’idéal que nous projetons sous ce nom.
Cause / fin
La cause produit l’effet et le précède ; la fin est ce en vue de quoi on agit, donc postérieure dans l’existence mais première dans l’intention.
Ce qu'il débloque — Permet de poser la question directrice de la notion : le bonheur est-il la fin de toutes nos actions, ou seulement leur effet, éventuellement inattendu ?
Exemple — Sur « Décide-t-on d’être heureux ? », il fonde l’objection majeure : viser le bonheur comme fin est peut-être le plus sûr moyen de le manquer, car il vient par surcroît.
Obligation / contrainte
L’obligation est une nécessité morale que le sujet se reconnaît et peut transgresser ; la contrainte est une force extérieure à laquelle il ne peut se soustraire.
Ce qu'il débloque — Indispensable pour articuler bonheur et morale : montre pourquoi le devoir kantien ne peut être fondé sur la recherche du bonheur, et pourquoi le bonheur ne peut être imposé.
Exemple — Sur « Peut-on préférer la justice à son bonheur personnel ? », il permet de distinguer le sacrifice librement consenti d’un bonheur confisqué par l’État.
Universel / particulier / singulier
L’universel vaut pour tous les cas sans exception, le particulier pour un sous-ensemble, le singulier pour un seul individu irremplaçable.
Ce qu'il débloque — Sert à évaluer les recettes du bonheur : une technique valable pour tous suppose que le bonheur ait un contenu universel, ce que Kant conteste.
Exemple — Sur « Existe-t-il des techniques pour être heureux ? », il permet d’accorder à Épicure des règles universelles de tri des désirs, tout en réservant au singulier le choix des objets.
Contingent / nécessaire / possible
Est nécessaire ce qui ne peut pas ne pas être, contingent ce qui pourrait être autrement, possible ce dont l’existence n’implique pas contradiction.
Ce qu'il débloque — Repère décisif dès que le sujet parle d’« inévitable » : il oblige à distinguer une impossibilité de droit et une simple difficulté de fait.
Exemple — Sur « Le bonheur nous échappe-t-il inévitablement ? », il sépare Schopenhauer, pour qui l’échec est nécessaire puisque le désir est manque, et Freud, pour qui le bonheur reste possible mais seulement épisodique.
En théorie / en pratique
La théorie est un ensemble cohérent de propositions ; la pratique est l’action effective, soumise aux circonstances et au temps.
Ce qu'il débloque — Permet de juger les doctrines du bonheur non sur leur cohérence mais sur leur applicabilité — ce qui est le point faible du stoïcisme et la force d’Alain.
Exemple — Sur « Comment être heureux, si rien ne dure ? », il permet de reconnaître la justesse théorique de l’ataraxie tout en montrant, avec Alain, que le bonheur se gagne par des exercices quotidiens.
Bloqué sur ce chapitre ?
Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.