Mesurer suppose une unité commune et une comparabilité. Le sujet interroge donc l'existence d'un étalon du bonheur, question devenue politique avec les indicateurs de bien-être. Il faut distinguer quantité et qualité.
Le bonheur est-il une grandeur comparable et mesurable, ou une qualité singulière que toute mesure trahit ?
Le plan en trois parties
Le bonheur semble mesurable
- L'arithmétique des plaisirs compare intensité, durée, certitude et étendue : le bonheur devient calculable.Bentham, Introduction aux principes de la morale et de la législation
- La sagesse antique elle-même procède par comparaison des plaisirs et des peines : elle suppose une commensurabilité.Épicure, Lettre à Ménécée
- Une politique a besoin d'indicateurs : sans mesure, aucune décision publique ne peut se justifier devant les citoyens.Rawls, Théorie de la justice
Mais toute mesure manque l'essentiel
- Les plaisirs diffèrent en qualité : aucun nombre de satisfactions basses n'équivaut à une joie supérieure.Mill, L'Utilitarisme
- Le concept de bonheur étant indéterminé, l'unité de mesure serait arbitraire : on mesurerait une convention.Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs
- La richesse croissante s'accompagne d'une inquiétude croissante : les indicateurs matériels contredisent l'expérience vécue.Tocqueville, De la démocratie en Amérique, II
On ne mesure pas le bonheur, on évalue les conditions qui le rendent possible
- On peut constater ce qui augmente ou diminue la puissance d'agir : c'est une évaluation réelle, mais des effets et non des états.Spinoza, Éthique, III
- On peut juger si une cité rend possibles les activités excellentes : c'est apprécier des conditions, non compter des contentements.Aristote, Politique, I
- Confondre l'indicateur et la chose produit une société qui optimise le confort en désapprenant la liberté.Tocqueville, De la démocratie en Amérique, II
Si l'on ne mesure que des conditions, comment éviter qu'un indicateur commode finisse par définir ce que nous devons désirer ?