Apprendre suppose un contenu transmissible et un apprenant capable de progrès. Le sujet interroge donc le statut du bonheur : savoir, savoir-faire, ou disposition naturelle que nulle éducation ne procure.
Le bonheur relève-t-il d'un apprentissage, c'est-à-dire d'un savoir et d'une habitude, ou d'un tempérament et d'une chance que l'on ne transmet pas ?
Le plan en trois parties
Le bonheur ne semble pas s'apprendre
- Son concept est indéterminé : on ne peut enseigner les moyens d'une fin que nul ne sait définir.Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs
- Le bonheur dépend en partie de biens extérieurs et de la fortune, que nul maître ne distribue.Aristote, Éthique à Nicomaque, I
- Les dispositions affectives sont largement héritées et inconscientes : on n'enseigne pas un tempérament.Freud, Malaise dans la civilisation
Mais toutes les sagesses se sont présentées comme des enseignements
- Épicure écrit à Ménécée pour lui enseigner ce qu'il faut penser des dieux, de la mort et du désir : le bonheur y est une doctrine.Épicure, Lettre à Ménécée
- Sénèque montre que les hommes veulent tous vivre heureux mais ignorent ce qui rend la vie heureuse : c'est donc un savoir manquant, donc enseignable.Sénèque, De la vie heureuse
- La vertu s'acquiert par l'exercice et l'habitude, comme on devient citharède en jouant de la cithare : elle s'apprend en la pratiquant.Aristote, Éthique à Nicomaque, II
On n'apprend pas le bonheur, on apprend à vivre
- Ce qui s'apprend est un jugement ajusté aux situations, non une règle applicable partout : c'est une expérience, non une leçon.Aristote, Éthique à Nicomaque, VI
- Chacun doit trouver sa mesure : les Essais montrent un homme apprenant à vivre à propos, et non délivrant une recette valable pour tous.Montaigne, Essais, III
- Le chemin qui mène à la béatitude est difficile et rare, mais il peut se parcourir : c'est un travail sur soi, non une information reçue.Spinoza, Éthique, V
Si le bonheur s'apprend par l'exercice, l'école devrait-elle en faire une matière ?