« Faire le bonheur » implique que l'État détermine le contenu du bonheur et l'impose. Le sujet oppose l'État libéral, qui garantit des droits, à l'État providence ou paternel, qui prend en charge le bien-être.
Le bonheur des citoyens est-il une fin légitime de l'action politique, ou l'État en outrepasse-t-il la compétence dès qu'il s'en mêle ?
Le plan en trois parties
Il semble que l'État doive assurer le bonheur de ceux qu'il gouverne
- Le législateur doit mesurer ses lois au plus grand bonheur du plus grand nombre : c'est le seul critère public d'évaluation.Bentham, Introduction aux principes de la morale et de la législation
- La cité n'existe pas seulement pour vivre mais pour bien vivre : la fin de la politique est la vie bonne.Aristote, Politique, I
- Sans biens premiers garantis — libertés, revenus, bases du respect de soi — aucun projet de vie n'est réalisable.Rawls, Théorie de la justice
Mais un État qui prétend faire le bonheur devient despotique
- Un gouvernement paternel, qui traite les sujets comme des enfants incapables de savoir ce qui leur convient, est le plus grand despotisme concevable.Kant, Théorie et pratique
- Le bonheur étant indéterminé, l'imposer revient à imposer la conception d'un groupe à tous les autres.Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs
- Un pouvoir tutélaire peut rendre les hommes doux et contents en les dispensant de penser : le despotisme démocratique naît du confort.Tocqueville, De la démocratie en Amérique, II
L'État doit rendre le bonheur possible sans le définir
- La fin de l'État est la liberté : garantir la sécurité et la libre pensée, c'est donner à chacun les moyens de son propre bonheur.Spinoza, Traité théologico-politique
- La participation aux affaires communes est elle-même une félicité publique, que l'État peut ouvrir sans la prescrire.Arendt, Essai sur la révolution
- Le rôle du législateur est de rendre les citoyens capables de vertu par l'éducation et les habitudes : il forme, il n'impose pas un contenu de vie.Aristote, Éthique à Nicomaque, X
Si l'État garantit seulement les conditions du bonheur, jusqu'où peut-il aller sans imposer une idée du bien ?