Le sujet ne porte pas sur l'art mais sur les artistes, c'est-à-dire sur ceux qui produisent des œuvres avec une intention. « Nous rendre heureux » suppose un effet durable, plus fort que le simple agrément esthétique, et interroge la fonction sociale de l'art.
L'art procure-t-il un bonheur véritable, ou seulement une consolation et un plaisir qui en imitent la forme ?
Le plan en trois parties
L'art paraît nous rendre heureux en suspendant le désir
- La contemplation esthétique délivre momentanément du vouloir-vivre : devant l'œuvre, on cesse de désirer, donc de souffrir.Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation
- La tragédie opère une purgation des passions : le spectateur éprouve crainte et pitié pour s'en alléger.Aristote, Poétique
- Le plaisir esthétique est désintéressé et pourtant universellement communicable : il nous accorde entre nous, ce qu'aucun plaisir sensible ne fait.Kant, Critique de la faculté de juger
Mais ce bonheur est fragile, et peut n'être qu'un divertissement
- Tout ce qui détourne l'homme de sa condition le console sans le guérir : l'œuvre peut occuper au lieu de rendre heureux.Pascal, Pensées
- L'industrie culturelle produit une satisfaction standardisée qui reconduit les rapports de domination sous les traits du loisir.Adorno et Horkheimer, La Dialectique de la raison
- Les grandes œuvres n'apaisent pas : elles inquiètent, ouvrent des plaies, et ce trouble n'a rien de la tranquillité du bonheur.Nietzsche, La Naissance de la tragédie
L'art ne donne pas le bonheur : il donne la joie, qui l'augmente
- La joie est le passage à une plus grande puissance d'agir : l'œuvre ne comble pas, elle intensifie, et c'est autrement précieux.Spinoza, Éthique, III
- La joie signale toujours qu'une création a réussi : elle n'est pas le plaisir du repos mais le signe d'une vie qui s'accroît.Bergson, L'Énergie spirituelle
- L'œuvre ouvre un monde commun où des hommes séparés se rencontrent : ce bonheur-là est public et non privé.Arendt, La Crise de la culture
Si la joie vaut mieux que la tranquillité, faut-il préférer une vie intense à une vie paisible ?