« Affaire de raison » signifie deux choses : que la raison en détermine le contenu, et qu'elle suffise à l'obtenir. Le sujet oppose une conception rationnelle du bonheur, qui en fait un objet de savoir, à une conception sensible ou affective qui la laisse hors de sa portée.
La raison peut-elle déterminer ce qu'est le bonheur et les moyens d'y parvenir, ou le bonheur relève-t-il d'une part de nous que la raison ne commande pas ?
Le plan en trois parties
Le bonheur est bien l'affaire de la raison : il se pense et se calcule
- La sagesse consiste à mesurer les plaisirs entre eux et à trier les désirs : le bonheur est le résultat d'un raisonnement, non d'un tempérament.Épicure, Lettre à Ménécée
- Le bonheur suppose de distinguer ce qui dépend de nous de ce qui n'en dépend pas : cette distinction est un exercice de la raison.Épictète, Manuel
- La fonction propre de l'homme est l'activité de la partie rationnelle de l'âme : le bonheur accompli est la vie contemplative.Aristote, Éthique à Nicomaque, X
Mais la raison échoue à déterminer le bonheur
- Le bonheur est un idéal de l'imagination, fondé sur l'expérience : aucun concept rationnel ne peut en fixer le contenu, si bien que nul ne sait ce qu'il doit souhaiter.Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs
- Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point : nos attachements les plus heureux ne se déduisent pas.Pascal, Pensées
- Le bonheur suppose une vie affective que le calcul rationnel mutile : le désir n'est pas une erreur à corriger mais l'essence même de l'homme.Spinoza, Éthique, III
Le bonheur relève d'une raison élargie, qui comprend les affects au lieu de les nier
- Connaître ses affects par leurs causes, c'est les transformer : la raison n'oppose pas sa force au désir, elle lui donne une autre forme.Spinoza, Éthique, V
- La sagesse pratique n'est pas une science exacte mais un jugement ajusté au particulier : le bonheur demande du discernement, non des démonstrations.Aristote, Éthique à Nicomaque, VI
- Il faut savoir vivre à propos, c'est-à-dire accorder la raison à notre condition ordinaire plutôt que rêver une vie de pur esprit.Montaigne, Essais, III
Si la sagesse est un jugement ajusté plutôt qu'un savoir, peut-elle encore s'enseigner autrement que par l'exemple ?