Le temps est à la fois ce qui use et ce qui permet : il détruit les biens, mais rend possibles la durée, la mémoire et le projet. Le sujet demande s'il est l'ennemi du bonheur ou son milieu nécessaire.
Le temps empêche-t-il le bonheur en emportant ses objets, ou le rend-il au contraire possible en lui donnant une étendue ?
Le plan en trois parties
Le temps paraît détruire ce qui fait le bonheur
- Nous ne vivons jamais : le passé et l'avenir nous occupent, le présent nous échappe, et le bonheur avec lui.Pascal, Pensées
- La conscience de la mort rend toute possession précaire : elle transforme chaque bien en perte annoncée.Épicure, Lettre à Ménécée
- Le désir se renouvelle sans fin dans le temps, et la satiété n'apporte que l'ennui : la durée est le lieu même du supplice.Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation
Mais sans le temps, il n'y aurait pas de bonheur du tout
- Le bonheur exige une vie complète : c'est une durée, non un instant, qui permet d'en juger.Aristote, Éthique à Nicomaque, I
- La joie de créer suppose une durée réelle où quelque chose se fait : le temps est l'étoffe de l'invention.Bergson, L'Énergie spirituelle
- L'amitié et la confiance se construisent : elles demandent du temps et n'ont de valeur que parce qu'elles ont duré.Aristote, Éthique à Nicomaque, VIII
Ce qui fait obstacle n'est pas le temps, mais notre rapport à lui
- La mort n'est rien pour nous : c'est notre anticipation, non le temps lui-même, qui empoisonne le présent.Épicure, Lettre à Ménécée
- Éprouver les choses sous l'aspect de l'éternité, ce n'est pas sortir du temps mais cesser d'en attendre ce qu'il ne peut donner.Spinoza, Éthique, V
- Vouloir que tout revienne éternellement, c'est transformer la fuite du temps en épreuve d'approbation de sa vie.Nietzsche, Le Gai Savoir
Si le bonheur dépend de notre rapport au temps, faut-il apprendre à vivre au présent ou à donner un sens à son passé ?