« Concerner » signifie à la fois affecter de fait et obliger moralement. Le sujet distingue donc l'atteinte sensible — la pitié — et la responsabilité. « Les autres » inclut les proches et les inconnus.
Le malheur d'autrui est-il un fait extérieur dont je peux me détourner, ou une réalité qui m'atteint et m'oblige ?
Le plan en trois parties
Le malheur d'autrui semble ne pas me concerner
- Ce qui ne dépend pas de nous doit nous laisser tranquilles : le sage compatit en paroles sans se laisser troubler intérieurement.Épictète, Manuel
- Chacun se fait une idée singulière du bonheur et du malheur : je ne peux éprouver ce qu'un autre éprouve.Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs
- La distance rend l'émotion inopérante : nous plaignons les catastrophes lointaines sans rien changer à notre vie.Pascal, Pensées
Pourtant nous sommes atteints avant même de vouloir l'être
- La pitié est un mouvement naturel antérieur à la réflexion, que la société corrompt mais ne crée pas.Rousseau, Discours sur l'origine de l'inégalité
- Nous imitons les affects de nos semblables : voir souffrir un être qui nous ressemble nous fait souffrir.Spinoza, Éthique, III
- Le visage d'autrui m'oblige avant tout contrat : la responsabilité ne se choisit pas, elle m'est assignée.Levinas, Totalité et Infini
Être concerné n'est pas souffrir avec, mais répondre
- Le critère moral est le plus grand bonheur du plus grand nombre : le malheur d'autrui compte dans le calcul, que je le sente ou non.Bentham, Introduction aux principes de la morale et de la législation
- Des institutions justes traitent le malheur d'autrui comme une question publique, et non comme un appel à la seule sensibilité.Rawls, Théorie de la justice
- La tristesse partagée diminue la puissance d'agir de tous : ce qui aide vraiment autrui, c'est d'augmenter sa puissance, non de pleurer avec lui.Spinoza, Éthique, IV
Si le malheur d'autrui m'oblige, jusqu'où mon bonheur peut-il rester légitime ?