« Dépendre de nous » désigne ce dont nous sommes la cause et que nous pouvons maîtriser. Le sujet oppose le bonheur comme fortune — ce qui nous échoit — et le bonheur comme œuvre de la volonté et du jugement.
Sommes-nous les auteurs de notre bonheur, ou en sommes-nous seulement les bénéficiaires quand les circonstances y consentent ?
Le plan en trois parties
Le bonheur dépend largement de circonstances qui nous échappent
- La vie heureuse requiert des biens extérieurs : la santé, les ressources, les amis, que nul ne se donne à lui-même.Aristote, Éthique à Nicomaque, I
- Les conditions sociales déterminent largement ce que nous pouvons espérer : parler de choix individuel en ignorant ces conditions est une illusion.Marx, Critique de la philosophie du droit de Hegel
- Le psychisme obéit à des déterminations inconscientes : la civilisation elle-même impose un renoncement dont nous ne décidons pas.Freud, Malaise dans la civilisation
Mais l'essentiel du bonheur tient à notre jugement, qui dépend de nous
- Nos jugements et nos désirs dépendent de nous ; le corps, la réputation, les charges, non : y placer son bien, c'est se livrer au hasard.Épictète, Manuel
- Rien n'est à nous que notre volonté : d'où la résolution de désirer seulement ce qui est en notre pouvoir.Descartes, Discours de la méthode, III
- Il faut vouloir être heureux et y mettre du sien : le bonheur est le fruit d'un effort quotidien, comme un art.Alain, Propos sur le bonheur
Le bonheur dépend de nous à condition de ne plus prétendre le maîtriser
- Ce qui dépend de nous, c'est la vie que nous menons ; le bonheur en est le fruit, non l'objet direct de la volonté.Aristote, Éthique à Nicomaque
- Comprendre la nécessité qui nous détermine, loin d'abolir notre puissance, l'augmente : la liberté est cette compréhension.Spinoza, Éthique, V
- Consentir à ce qui arrive et l'aimer n'est pas se résigner : c'est la forme la plus haute d'appropriation de ce qui ne dépendait pas de nous.Nietzsche, Le Gai Savoir
Si le bonheur dépend en partie des circonstances, la justice sociale n'est-elle pas la première condition du bonheur privé ?