Être séparé, c'est former un ordre à part, soumis à d'autres lois. Le sujet oppose le sentiment quotidien d'une distance entre l'homme et le reste du vivant à l'évidence biologique de notre appartenance à ce vivant.
La séparation que nous éprouvons d'avec la nature est-elle une donnée de notre être, ou une construction de notre culture ?
Le plan en trois parties
Tout semble nous séparer de la nature
- L'homme n'a pas de nature fixe : il se fait, et cette indétermination le distingue des espèces réglées par leur instinct.Rousseau, Discours sur l'origine de l'inégalité
- Une règle universelle, la prohibition de l'inceste, marque le seuil où l'ordre des règles succède à l'ordre des instincts.Lévi-Strauss, Les Structures élémentaires de la parenté
- Nous n'habitons pas un milieu mais un monde d'objets durables que nous avons fabriqués et qui s'interpose entre nous et la terre.Arendt, Condition de l'homme moderne
Cette séparation est une illusion d'orgueil
- Se croire un empire dans un empire, c'est refuser que nos affects obéissent aux mêmes lois que le reste des choses.Spinoza, Éthique III, préface
- Entre l'homme et les animaux supérieurs, la différence est de degré et non de nature : la continuité est de règle.Darwin, La Filiation de l'homme
- Ce que la culture ajoute s'enracine dans un corps vivant qui pose ses propres normes : il n'y a pas deux ordres, mais des degrés d'organisation.Canguilhem, Le Normal et le Pathologique
Ni séparés ni confondus : nous sommes dans la nature sur un mode singulier
- Chez l'homme, tout est fabriqué et tout est naturel : aucun geste n'est purement biologique, aucun n'échappe au corps.Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception
- La coupure nature/culture est une manière parmi d'autres, historiquement située, de découper le réel.Descola, Par-delà nature et culture
- La séparation est moins un fait qu'un acte : la culture est la façon dont un vivant prend distance avec ce qui le détermine.Kant, Idée d'une histoire universelle
Si la frontière entre nature et culture est un choix de pensée, sur quoi fonder alors nos devoirs envers les autres vivants ?