La nature désigne ce qui se produit et se maintient sans intervention humaine ; avoir besoin, c'est dépendre d'autrui pour subsister. Le sujet est paradoxal : ce qui se définit par son autosuffisance semblerait aujourd'hui dépendre de nos décisions politiques.
Lorsque nous prétendons protéger la nature, protégeons-nous la nature elle-même, ou seulement le monde habitable que nous avons tiré d'elle ?
Le plan en trois parties
Par définition, la nature n'a besoin de personne
- Est naturel ce qui porte en soi son principe de mouvement : la nature n'attend aucun ouvrier extérieur pour produire ses formes.Aristote, Physique II
- La nature n'agit pas en vue de nous : lui prêter des besoins, c'est projeter sur elle nos propres fins.Spinoza, Éthique I, appendice
- Rien ne naît de rien et rien ne se perd : l'ordre des choses est un jeu de causes qui se passe de tout secours.Lucrèce, De la nature des choses
Mais la nature que nous connaissons n'existe plus sans nous
- Le projet moderne a fait de la nature un fonds de matière disponible, si bien qu'il n'existe presque plus de milieu qui n'ait été retravaillé.Descartes, Discours de la méthode VI
- La technique moderne ne prolonge pas la nature, elle la somme de livrer son énergie : elle la constitue en stock.Heidegger, La question de la technique
- Devenus une force géologique, nous sommes entrés dans un rapport de dépendance réciproque qui appelle un contrat.Michel Serres, Le Contrat naturel
Ce n'est pas la nature qui a besoin de nous, c'est nous qui répondons d'elle
- La nature survivra à nos ravages ; ce qui est fragile, c'est la possibilité d'une vie humaine sur terre, et c'est elle qui nous oblige.Hans Jonas, Le Principe responsabilité
- Élargir la communauté morale aux sols, aux eaux et aux vivants déplace la question du besoin vers celle de l'appartenance.Aldo Leopold, Almanach d'un comté des sables
- Ce que nous protégeons est moins la nature brute que le monde durable où des générations peuvent se succéder.Arendt, Condition de l'homme moderne
Une nature entièrement prise en charge par nos soins mériterait-elle encore son nom ?