La question porte sur la raison d'un devoir, non sur les moyens de le remplir. Protéger suppose une menace et une valeur : reste à savoir si cette valeur est la nôtre ou celle de la nature.
Protégeons-nous la nature pour nous, pour elle, ou parce que rien ne nous autorise à la détruire ?
Le plan en trois parties
Pour nous : la nature est la condition de notre survie
- Le pouvoir technique atteint désormais les conditions mêmes de la vie humaine : c'est cette vulnérabilité qui commande.Hans Jonas, Le Principe responsabilité
- La maîtrise voulue par les modernes n'a de sens que si elle sert la santé et la durée : une maîtrise qui se détruit se renie.Descartes, Discours de la méthode VI
- Sans monde durable, aucune succession de générations n'est possible.Arendt, Condition de l'homme moderne
Pour elle : la nature vaut indépendamment de nos intérêts
- La communauté morale s'étend aux sols, aux eaux, aux plantes et aux animaux : leur intégrité est un critère du juste.Aldo Leopold, Almanach d'un comté des sables
- Ne pas juger la nature à l'aune de nos fins, c'est cesser de la mesurer à son utilité.Spinoza, Éthique I, appendice
- Le vivant pose ses propres normes : il n'attend pas de nous sa valeur.Canguilhem, Le Normal et le Pathologique
Parce que le rapport de domination est lui-même à réformer
- Au contrat exclusivement social il faut ajouter un contrat naturel, qui fasse du monde un partenaire et non un objet.Michel Serres, Le Contrat naturel
- L'essence de la technique n'est rien de technique : protéger suppose de changer notre manière de faire paraître les choses.Heidegger, La question de la technique
- La sensibilité au beau de la nature prépare l'âme à la moralité : protéger, c'est d'abord apprendre à voir.Kant, Critique de la faculté de juger
Un devoir envers ce qui ne peut rien nous réclamer est-il encore un devoir de justice ?