Détruire, c'est faire cesser d'exister ; la nature, prise comme totalité, semble par définition indestructible. Le sujet oppose ce sens cosmologique au sens écologique, où ce sont des milieux et des espèces qui disparaissent.
Ce que nous appelons destruction de la nature est-il l'anéantissement d'un ordre, ou la disparition d'un certain état du monde qui nous était favorable ?
Le plan en trois parties
Non : la nature comme totalité est indestructible
- Rien ne naît de rien et rien ne retourne au néant : la matière change de forme, elle ne s'annule pas.Lucrèce, De la nature des choses
- La substance infinie ne peut être détruite par ses modes : nous en sommes une partie, non le maître.Spinoza, Éthique
- Les lois de la nature valent aussi pour nos destructions, qui sont encore des processus naturels.Darwin, La Filiation de l'homme
Oui : des milieux et des vivants disparaissent irréversiblement
- Ce qui se détruit, c'est l'intégrité d'une communauté biotique et l'équilibre qui la rendait viable.Aldo Leopold, Almanach d'un comté des sables
- Des vivants qui instituaient leurs normes cessent d'exister : la perte est celle de formes irremplaçables.Canguilhem, Le Normal et le Pathologique
- Notre puissance atteint désormais les conditions globales de la vie : c'est une nouveauté historique.Hans Jonas, Le Principe responsabilité
Ce que nous détruisons, c'est le monde habitable et l'idée même de nature
- Le monde commun, fait pour durer, est ce que la destruction atteint vraiment.Arendt, Condition de l'homme moderne
- Une nature entièrement transformée cesse d'être ce qui advient sans nous : la catégorie elle-même s'efface.Descola, Par-delà nature et culture
- Quand tout est disponible et produit, plus rien ne nous fait face : c'est le rapport qui est détruit.Heidegger, La question de la technique
Si tout devenait artificiel, aurions-nous encore un mot pour désigner ce qui n'a pas été fait par nous ?