Être à sa place suppose un ordre où chaque être occuperait un rang assigné. Le sujet demande si l'homme occupe une telle place, ou s'il est précisément l'être qui n'en a pas et doit s'en faire une.
L'inadaptation de l'homme au monde naturel est-elle un défaut à corriger, ou la condition même de sa culture ?
Le plan en trois parties
L'homme est mal ajusté à la nature
- Épiméthée ayant épuisé les qualités pour les bêtes, l'homme naît nu et doit voler le feu : la technique compense un manque.Platon, Protagoras
- L'intelligence humaine est la faculté de fabriquer des outils à faire des outils : elle supplée ce que l'instinct ne donne pas.Bergson, L'Évolution créatrice
- L'homme est l'animal dont le type n'est pas encore fixé : rien en lui n'est achevé.Nietzsche, Par-delà bien et mal
Il occupe pourtant une place déterminée dans l'ordre naturel
- La nature ne fait rien en vain : l'homme y a sa fonction, et son langage même suppose une disposition naturelle à la vie commune.Aristote, Politique I
- Sa filiation animale l'inscrit dans une généalogie continue, sans rang privilégié.Darwin, La Filiation de l'homme
- Se croire hors de l'ordre commun est l'illusion que dénonce le naturalisme : nos affects suivent les lois générales.Spinoza, Éthique III, préface
Sa place est celle d'un être qui doit se la donner
- La nature a voulu que l'homme tire tout de lui-même : sa place est un travail, non un don.Kant, Idée d'une histoire universelle
- N'ayant pas d'essence donnée, il n'est rien d'autre que ce qu'il se fait, et cette liberté est aussi une charge.Sartre, L'existentialisme est un humanisme
- Prendre sa place aujourd'hui, c'est accepter la limite que nous impose ce que nous pouvons détruire.Hans Jonas, Le Principe responsabilité
Une place qu'on se donne peut-elle être juste, ou seulement soutenable ?