Le naturel est ce qui advient sans nous, l'artificiel ce que nous produisons ; préférer suppose une hiérarchie de valeur. Le sujet interroge un réflexe contemporain qui associe spontanément naturel et bon.
La valeur d'une chose dépend-elle de son origine naturelle, ou seulement de ce qu'elle vaut pour nous ?
Le plan en trois parties
Le naturel paraît préférable
- L'homme sorti des mains de la nature n'est ni méchant ni corrompu : c'est l'artifice social qui le dénature.Rousseau, Discours sur l'origine de l'inégalité
- Vivre selon la nature, c'est accorder sa conduite à l'ordre du monde plutôt qu'à des désirs fabriqués.Épictète, Manuel
- Le beau naturel plaît sans intérêt et manifeste une harmonie que l'artifice ne produit pas de lui-même.Kant, Critique de la faculté de juger
Cette préférence est un préjugé
- Chacun appelle naturel ce qui est de son usage : la prétendue nature est souvent une coutume.Montaigne, Essais I, 31
- La coutume est une seconde nature qui détruit la première : nous ne savons plus distinguer l'acquis du donné.Pascal, Pensées
- La nature n'est ni bonne ni mauvaise, elle est indifférente : en tirer une norme est un sophisme.Spinoza, Éthique I, appendice
Juger les choses sur ce qu'elles font, non sur leur origine
- L'artifice humain produit un monde durable, condition de toute vie commune : il n'est pas un pis-aller.Arendt, Condition de l'homme moderne
- La justice est artificielle et pourtant indispensable : l'artifice peut être ce qui nous rend meilleurs.Hume, Traité de la nature humaine
- Chez l'homme, tout est fabriqué et tout est naturel : l'alternative elle-même est mal posée.Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception
Le succès commercial du mot naturel dit-il autre chose que notre inquiétude devant nos propres productions ?