La question porte sur le fondement d'une obligation : au nom de quoi, c'est-à-dire en vertu de quelle autorité ou de quelle valeur. Préserver suppose de maintenir en l'état ce qui pourrait disparaître.
Le devoir de préserver la nature se fonde-t-il sur notre intérêt, sur la valeur propre du vivant, ou sur ce que nous devons aux générations à venir ?
Le plan en trois parties
Au nom de notre propre intérêt
- La nature transformée est la source de toute richesse : l'épuiser, c'est ruiner la production elle-même.Marx, Le Capital I
- Le projet de maîtrise visait la santé et le confort : il se contredit s'il détruit ses propres conditions.Descartes, Discours de la méthode VI
- La culture nous protège de la détresse : un milieu dévasté la rend à nouveau insupportable.Freud, Malaise dans la culture
Au nom de ce que valent les vivants eux-mêmes
- L'intégrité, la stabilité et la beauté de la communauté biotique fournissent un critère indépendant de nos usages.Aldo Leopold, Almanach d'un comté des sables
- Chaque être s'efforce de persévérer dans son être : cette puissance n'a pas besoin de notre approbation.Spinoza, Éthique III
- D'autres ontologies attribuent aux non-humains une intériorité : notre naturalisme n'est pas l'unique mesure.Descola, Par-delà nature et culture
Au nom de ceux qui viendront
- Agir de façon que les effets de notre action soient compatibles avec la permanence d'une vie humaine authentique.Hans Jonas, Le Principe responsabilité
- Le monde est ce qui doit durer plus longtemps que les vivants : le léguer intact est la condition de la politique.Arendt, Condition de l'homme moderne
- Un contrat naturel étendrait le droit à ce qui ne peut ni signer ni réclamer.Michel Serres, Le Contrat naturel
Peut-on avoir des obligations envers des êtres qui n'existent pas encore ?