On dit couramment qu'un homme est plus libre qu'un autre, ce qui suppose une échelle ; mais on dit aussi qu'on est libre ou qu'on ne l'est pas. Le sujet oppose une liberté quantitative, mesurable, et une liberté tout ou rien.
La liberté admet-elle des degrés, comme une puissance qui augmente et diminue, ou est-elle indivisible, si bien qu'on la possède entièrement ou pas du tout ?
Le plan en trois parties
La liberté semble indivisible
- Le pouvoir d'affirmer ou de nier est entier : la volonté ne connaît pas de moitié.Descartes, Méditation quatrième
- On est autonome ou hétéronome ; l'obéissance partielle à sa propre loi n'a pas de sens.Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs
- L'homme sans nature est intégralement responsable de ce qu'il fait de ce qu'on a fait de lui.Sartre, L'existentialisme est un humanisme
Mais l'expérience atteste des degrés
- Le choix sans raison est un degré inférieur du libre arbitre, la clairvoyance un degré supérieur.Descartes, Méditation quatrième
- On passe progressivement de la passivité à la puissance d'agir en comprenant ses affects.Spinoza, Éthique, V
- Les capacités réelles se mesurent, et avec elles la liberté effective.Sen, Repenser l'inégalité
Deux libertés, deux mesures
- La liberté négative se mesure en obstacles levés, la liberté positive en capacité de se gouverner.Berlin, Deux conceptions de la liberté
- La liberté politique, comme participation, croît avec les institutions qui la portent.Montesquieu, De l'esprit des lois, XI
- L'imputabilité, elle, ne se gradue pas : on répond de son acte ou l'on n'en répond pas.Ricœur, Soi-même comme un autre
Si la liberté effective se mesure, faut-il en faire un indicateur politique, au risque de réduire à un chiffre ce qui engage la dignité des personnes ?